‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 99 sur 138 · A M. LE VEILLARD · texte numérisé non relu

A M. LE VEILLARD

Philadelphie, 15 arrU 1787.

Je suis tont à fait dd votre avis : que nous n'aurons point accompli ToBuvre de notre indépendance, tant que notre dette publique ne sera pas liquidée. La Pensylvanie est au courant; quant aux Ëtats qui sont arriérés, ils cherchent en ce moment le moyen de rétablir l'équilibre, mais ils ne sont pas tous également actifs, ni également heureux en affaires. Cependant je suis convaincu que, dans quelques années, tout sera payé.

Les Anglais n'ont point encore rendu, conformément au traité, les postes qu'ils occupaient sur nos frontières. Le prétexte qu'ils allèguent est que nos négociants n'ont point encore payé leurs dettes. Je fus un peu piqué, lorsque j'appris un semblable procédé, et je fis à ce sujet quelques remarques que je vous envoie*. Il y a près d'un an qu'elles sont écrites, mais je ne les al pas encore publiées, craignant d'encourager quelques-uns des nôtres à négliger leur devoir. C'est donc uniquement pour vous distraire, ainsi que notre excellent ami le duc de la Rochefoucauld, que je vous envoie ce morceau.

Quant à ma maladie, dont vous vous informez avec tant de bonté, je n'ai pas douté un seul moment que ce ne fût la pierre , et je sens qu'elle a grossi ; mais en somme elle ne me fait pas plus souffrir qu'à Passy. Quand on vît longtemps, et qu'on veut boire jusqu'au fond le calice de la vie , il faut s'attendre à y trouver la lie ; et pour moi, quand je réfléchis à la quantité de terribles maladies auxquelles la nature humaine est sujette, je m'estime heureux qu'il ne me soit échu en partage que la goutte et la pierre.

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