‹ Correspondance (volume 4)Chapitre 102 sur 115 · A M. WINTHROP · texte numérisé non relu

A M. WINTHROP

Conseils de prudence.

Londres, 25 juillet 1773.

Cher monsieur,

Je suis charmé de vous voir élu au conseil , et appelé à prendre part à nos affaires publiques. Vos talents, votre intégrité, votre sage attachement aux libertés de notre

pays, seront fort utiles pour conduire notre petite barque au port, en ce temps d'orage. Il semble, d'après les journaux de Boston, qu'il y a parmi nous des esprits violents qui veulent une rupture immédiate. Mais je compte que le pays aura la sagesse de voir que le progrès de nos forces nous mène rapidement vers une situation où l'on ne pourra plus nous refuser justice. Une lutte prématurée peut nous mutiler et nous tenir un siècle encore dans l'esclavage. Entre amis tout affront ne vaut pas un duel; entre nations toute injure ne vaut pas une guerre, et de même, entre gouvernants et gouvernés, toute erreur de gouvernement, tout empiétement des droits ne vaut pas une rébellion.

A mon avis, il nous suffit, pour le moment, de maintenir nos droits en toute occasion, sans jamais les abandonner, et en même temps il faut ne rien négliger pour les bien faire comprendre et apprécier par le peuple ; il faut entretenir l'harmonie entre les colonies, afin que l'unanimité de sentiments les rende plus respectables. Mais n'oublions pas que l'Angleterre protestante (notre mère, quoique aujourd'hui une mère fort cruelle), mérite d'être conservée et que de notre union avec elle dépendent en grande partie son poids dans la balance de l'Europe et sa sécurité. Si nous nous comportons ainsi, je suis persuadé qu'en peu d'années nous obtiendrons toutes les concessions et toutes les garanties que nous pouvons souhaiter ou désirer pour nos précieuses libertés. Avec une grande et sincère estime, je suis, etc. B. F.

A THOMAS CUSHING

Publication des lettres d'Hutchinson.

Londres, '25 juillet 1773.

Monsieur,

J'ai reçu vos lettres des 14 et 16 juin , contenant plusieurs copies des résolutions du comité, sur les lettres

d'Hutchinson. Je vois, par votre récit, que vous n'avez pu prévenir ce qui s'est fait. Quant aux prétendues copies venues d'Angleterre, je sais que cela n'est pas possible. C'était un expédient pour dégager l'Assemblée. J'espère que la possession des originaux, et les résolutions qrie vous avez prises, auront de bons effets pour la province, et alors je serai fort content.

Vous me mandez qu'à l'exception du docteur Gooper et d'un membre du comité, tout le monde ignore que c'est moi qui ai envoyé ces lettres. Je ne les ai accompagnées d'aucune prière de cacher mon nom ; j'ai cru qu'il était de mon devoir, comme agent, de faire ce que j'ai fait, et je ne me suis pas inquiété des suites, quoique je ne doute pas que, non-seulement les parties intéressées, mais encore l'administration, n'en soient fort blessées. Cependant, puisque les lettres sont aujourd'hui copiées et imprimées, contrairement à la promesse que j'avais faite, je suis fort aise que mon nom n'ait pas été prononcé , et , comme je ne vois pas de quel avantage il pourrait être au public, je désire garder l'anonyme, quoique je n'en aie guère l'espoir. Quant à vos lettres, vous pouvez être sûr que je n'en parlerai pas, à moins que je ne sois forcé d'exhiber celle-ci pour me justifier auprès de la personne à qui j'avais fait la promesse, car autrement elle pourrait se croire le droit de me faire des reproches pour avoir manqué à mon engagement. Aujourd'hui que se trouve découverte la duplicité de ces gouverneurs qui, tout en feignant de respecter et d'aimer leurs provinces, en sapent secrètement les privilèges , il est impossible que la couronne puisse tirer le moindre parti de leurs services; elle ne peut plus avoir d'intérêt à employer des agents qui ont; encouru la haine universelle. La conséquence de tout ceci, pensera-t-on, c'est qu'on leur ôtera leur place. Oui ; mais peut-être pour leur donner des titres ou des pensions, si vos impôts suffisent à les payer.

Je suis, avec grande estime, monsieur, votre très-obéissant et très-humble serviteur. B. F.

A WILLIAM FRANKLIN

Résolutions des townships1 de la Nouvelle- Angleterre. — Projet oV union avec V Irlande.

Londres, 1er septembre 1773.

Cher fils,

J'ai sous les yeux vos lettres du 5 et 6 juillet. Le paquebot d'août n'est pas encore arrivé. L'opinion que le docteur Cooper, de New- York, émet sur l'auteur du sermon, quelque honorable qu'elle soit pour moi, est une injure pour le bon évêque 2. Je dois dire, en toute justice et vérité, que je ne savais rien de son intention de prêcher sur ce sujet, je n'avais pas vu un mot de son sermon avant qu'il fût imprimé. Peut-être quelques conversations que nous avons eues ensemble ont-elles tourné ses idées de ce côté, mais voilà tout.

Je crois que les résolu Lions qu'ont prises les townships de la Nouvelle-Angleterre auront l'effet désiré ; elles prouveront que le mécontentement était général, que le sentiment que nous avons de nos droits est unanime , et qu'on n'a pas eu seulement affaire à une poignée de démagogues, comme les gouverneurs se plaisent à le dire. Ces résolutions ne seront donc pas inutiles, quand bien même elles ne décideraient pas le gouvernement à reconnaître nos droits. Elles prouveront que notre peuple se contente de les proclamer et de les maintenir, espérant qu'on sera tôt

1. Le Township américain est une division municipale qui répond à peu près à notre canton.

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