L'évêque de Saint-Asaph
ou tard obligé de les reconnaître. La loi déclaratoire* a eu aussi son utilité; elle a prévenu ou du moins diminué les cris poussés contre le ministère qui a révoqué Pacte du timbre, comme s'il avait abdiqué le droit qu'a ce pays de gouverner l'Amérique. Elle ne pouvait servir à autre chose, et je me rappelle que lord Mansfield dit à la Chambre des lords que cebill était futile. Assurément, quand deux parties se disputent à propos de leurs droits, la déclaration d'une des parties ne peut lier l'autre.
On a, dit-on, le projet de faire l'union de l'Angleterre et de l'Irlande 2. Lord Harcourt serait chargé d'en faire la proposition à la première assemblée du Parlement irlandais. Toute la partie Est de l'Irlande est opposée à ce projet; elle suppose que si Dublin cessait d'être le siège du gouvernement, ce serait la déchéance de la ville, parce que son port n'a rien que d'ordinaire, tandis que les ports de l'Ouest et du Midi qui sont réellement bons et bien mieux situés pour le commerce, s'élèveraient sur ses ruines. Par la même raison , les populations de l'Ouest et du Sud sont favorables à la mesure, et on croit qu'elle pourra passer. Mais ce sont là des affaires difficiles et qui demandent d'ordinaire plus de temps que ne l'imaginent ceux qui les premiers en ont l'idée. M. Crowley, auteur de divers projets d'union entre l'Angleterre et les colonies, et qui est fort répandu chez les ministres, me dit que l'union avec l'Irlande n'est qu'un premier pas vers l'union générale. Il veut que cette union soit faite par le Parlement anglais, sans consulter les colonies, et il ose répondre que si les termes proposés sont équitables, toutes les colonies y viendront l'une après l'autre : je crois qu'en ce point il s'avance un peu.
1. C'est une loi qui, en cédant sur le fait de l'impôt, affirmait le droit du Parlement.
2. L'Irlande avait jusque-là un parlement séparé et un gouvernement distinct.
On dit ici que les fameuses lettres de Boston1 étaient en grande partie, sinon en totalité, adressées à feu M.Whately. Elles me sont tombées entre les mains, et j'ai cru de mon devoir de les montrer à quelques personnes d'importance en Amérique. En leur faisant voir que les mesures dont ils se plaignent doivent être attribuées en grande partie aux observations et aux suggestions de leurs propres concitoyens, j'ai compté que leur ressentiment contre la Grande- Bretagne tomberait comme est tombé le mien, et que la réconciliation deviendrait plus facile* A Boston, on a tenu secret le nom de celui qui a envoyé ces lettres, pour cacher plus aisément le nom de ceux qui les ont reçues et communiquées. Peut-être vaut-il autant que ce secret continue. Pour moi, qui suis du pays, je trouve ces lettres plus odieuses que vous ne les supposez, mais vous ne les avez pas toutes lues, et peut-être ne connaissez-vous pas même les remarques que le Conseil y a faites. J'ai écrit pour décliner l'offre de l'agence , à cause de mon prochain retour en Amérique. Le docteur Lee me remplace. Je garderai seulement la place tant que je resterai ici; ce sera peut-être encore un hiver.
Je suis bien affligé d'apprendre la mort de mon bon vieil ami le docteur Evans. J'ai perdu tant d'amis depuis que j'ai quitté l'Amérique, que je commence à craindre de ne plus être à mon retour qu'un étranger parmi des étrangers. S'il en est ainsi, il me faudra revenir à mes amis d'Angleterre.
Je suis toujours votre père affectionné. B. F.