‹ Correspondance (volume 4)Chapitre 106 sur 115 · RÈGLES POUR FAIRE D'UN GRAND EMPIRE UN PETIT · texte numérisé non relu

RÈGLES POUR FAIRE D'UN GRAND EMPIRE UN PETIT

Mémoire présenté à un nouveau ministre à son entrée en fonctions.

Un ancien sage s'estimait en ceci que , s'il ne savait pas jouer du violon, il savait comment d'une petite cité on en fait une grande. La science que je veux révéler, moi qui ne suis qu'un moderne ignorant, est justement le contraire.

Je m'adresse à tous les ministres qui ont l'administration de vastes empires, que leur étendue même rend fafigant de gouverner, parce que la multiplicité des affaires ne laisse pas de temps pour jouer du violon.

1. Et d'abord, messieurs, considérez qu'un grand Empire, comme un gros gâteau, est plus facile à entamer par les bords. Portez donc d'abord votre attention sur les provinces les plus éloignées , afin qu'une fois débarrassés de celles-là, le reste suive par ordre.

2. Pour que la possibilité d'une séparation existe toujours, prenez un soin particulier afin que les provinces ne soient jamais incorporées à la métropole, qu'elles n'aient pas les mêmes droits, les mêmes privilèges commerciaux, et enfin qu'elles soient gouvernées par des lois plus sévères, toutes de votre fabrique, sans qu'on leur donne jamais aucune part au choix des législateurs. En faisant et en maintenant avec soin de pareilles distinctions, vous agirez (je suis ma comparaison du gâteau) comme un sage fabricant de pain d'épices, qui, pour faciliter la division, fend à moitié sa pâte là où il veut qu'une fois cuite elle se casse en morceaux.

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