‹ Correspondance (volume 4)Chapitre 110 sur 115 · A UN GRAVEUR · texte numérisé non relu

A UN GRAVEUR

Impressions sur porcelaine. — Usage qu'on en peut faire pour donner des leçons de morale.

Londres, 3 novembre 1773.

Monsieur,

Les spécimens de votre nouvel art de graver, que vous avez eu la bonté de m'envoyer m'ont été fort agréables.

La gravure sur porcelaine est admirable. J'espère que vous trouverez tout l'encouragement que vous méritez, et que, contre l'usage, l'invention, sera profitable à l'inventeur.

Puisque nous parlons d'inventions, j'ignore quel est celui qui prétend avoir inventé l'art d'imprimer sur poterie avec des planches de cuivre. Je ne veux disputer cet honneur à personne, et j'avoue que l'idée d'imprimer, non pas directement avec les planches, mais avec l'estampe, et par conséquent sur des surfaces qui ne sont point plates, va bien plus loin que la première pensée que j'ai eue. Mais j'ai quelque raison de croire que j'ai donné l'idée de ce perfectionnement. Il y a plus de vingt ans que j'ai écrit d'Amérique au docteur Mitchell, en lui proposant d'imprimer avec des planches de cuivre des dessins sur carreaux plats pour l'ornement des cheminées. Je décrivais la façon dont la chose se pouvait faire, et je conseillais d'emprunter aux libraires les planches qui avaient servi à imprimer un petit volume in-folio , intitulé : La vertu morale en dessins.

En Amérique on se sert beaucoup de carreaux de faïence hollandaise sur lesquels on a misérablement griffonné des histoires bibliques. J'aurais voulu qu'on employât ces estampes morales, qui à l'origine ont été prises des figures poétiques d'Horace, et qu'en les imprimant sur des carreaux de cheminée, on les mit constamment sous les yeux de nos enfants assis au coin du feu, donnant ainsi aux parents l'occasion de faire entrer des sentiments moraux dans le cœur de leurs enfants, en leur expliquant ces emblèmes. Je promettais que si on exécutait ces impressions, la demande en serait grande. Le docteur Mitchell me répondit qu'il avait communiqué mon idée aux principaux potiers des environs de Londres , et qu'ils l'avaient rejetée comme impraticable. Ce ne fut que quelques années plus tard que je vis une tabatière émaillée; j'étais sûr que le dessin en était pris d'une planche de cuivre ,

mais la courbure de la forme m'étonna beaucoup, et je ne compris pas comment on avait pu faire l'impression,

On me dit que les premiers fabricants de porcelaine à Philadelphie refusent de continuer. Auront-ils des successeurs? je l'ignore.

M. Banks se prépare à publier les découvertes botaniques de son voyage. Il emploie dix graveurs pour les planches; c'est un grand connaisseur, aussi n'est-il pas toujours satisfait de l'expression donnée par la gravure, l'eau-forte, ou le mezzotinto, surtout lorsqu'il y a du velouté, ou une multitude de petits points sur une feuille. Je lui ai envoyé la plus grande de vos épreuves, celle qui contient un grand nombre de tiges. Je ne l'ai pas encore vu et n'ai pu lui demander si votre façon de graver ne lui conviendrait pas mieux que la méthode ordinaire pour quelques-unes de ses plantes. Avec grand estime je suis, Monsieur, etc.

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