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C'est la servante de la maison

si elle veut, m'en tricoter de pareilles. Faites-lui mes amitiés.

Dans la grande caisse, vous trouverez, outre la petite boite, un tapis de salon. Il y a assez d'étoffe pour faire un grand tapis, ou pour en faire deux petits. Il faut coudre les lais ensemble, en ayant soin d'abattre les lisières de façon à ce que les figures se joignent exactement. Il y a aussi une bordure pour ce tapis. Ceci est de mon goût. Vous trouverez également deux grands couvre-pieds en fine toile de Flandres, quatre couvertures superfines, deux belles nappes damassées avec leurs napperons et quarante-huit aunes de toile de Hollande. Cela, vous l'aviez commandé.

Il y a encore cinquante-six yards de coton, curieusement imprimé avec des planches de cuivre (c'est une nouvelle invention), pour faire des rideaux, et sept yards pour couvrir des chaises, imprimés de la même façon et très-jolis. Ceci est de mon goût, mais mistriss Strevenson me dit que j'ai eu tort de ne pas prendre les deux articles de la même couleur. Vous trouverez aussi sept yards d'indienne fond bleu pour vous faire une robe. J'ai acheté l'étoffe à la lumière, et elle me plaisait; elle me plait moins au jour. Si elle n'est pas de votre goût, faites-en cadeau à sœur Jenny. Il y a pour vous une plus belle robe, seize yards de tissu à fleurs, du goût de mistriss Stevenson; cela coûte neuf guinées, et je pense que c'est une merveille. Il n'y en avait pas davantage, autrement vous en auriez eu de quoi vous faire un négligé.

Il y a aussi des mouchettes, avec leur plateau et l'éteignoir, le tout en acier; je vous les envoie pour la beauté du travail. L'éteignoir ne convient qu'aux bougies de spermaceti, c'est une nouvelle invention qui garde la mouchure sur la bougie. Vous trouverez aussi un peu de musique que Billy a acheté pour sa sœur, et quelques pamphlets pour notre président et pour Susy Wright. Une boite d'acajou et

une autre en chagrin, avec des microscopes et autres instruments d'optique, sont pour M. Alison, s'ils lui conviennent; sinon mettez-les dans ma chambre jusqu'à mon retour. J'y joins la facture, j'ai déjà écrit à M. Alison pour lui dire pourquoi j'ai dépassé ses ordres. Il y a encore deux collections de livres, le Monde et le Connaisseur] c'est un cadeau que je fais à Sally. Faites-lui toutes mes tendresses.

J'oublie de vous parler d'une autre de mes fantaisies : ce sont deux couvertures de soie très-fines. C'est une invention nouvelle; on les a prises sur un vaisseau français; auparavant, on n'en avait jamais vu de pareilles en Angleterre. On appelle cela des couvertures, mais je pense qu'elles feraient fort bien comme courte-pointes. Je n'avais pas le choix; vous m'excuserez donc s'il y a quelques taches sur les plis; votre voisin Foster les fera passer.

En vous parlant de la porcelaine j'ai oublié de mentionner une grande cruche à bière, pour mettre à rafraichir. A première vue, j'en suis tombé amoureux; elle ressemblait à une bonne petite mère, propre et pimpante dans sa robe de calicot bleu et blanc, bonne, aimable; bref, elle m'a rappelé àl'esprit.... quelqu'un. J'y ai mis les tasses à café emballées dans le meilleur sel gemme, sel qui a un goût particulier et excellent; c'est pour la table, et on ne l'écrase pas.

J'espère que Sally s'applique à son français et à sa musique, et que je trouverai qu'elle a fait de grands progrès. Je voulais acheter un clavecin, qui m'aurait coûté quarante guinées, M. Stanley m'en a détourné; nous en cherchons un autre, qui ait servi et qu'on ait trouvé bon. On ne peut pas compter sur un instrument neuf, même sortant des meilleures mains.

La dernière lettre que Sally a adressée à son frère est la meilleure qu'elle ait écrite depuis longtemps. Je voudrais seulement qu'elle fit un peu plus d'attention à son ortho-

graphe. J'espère qu'elle continue d'aimer à aller au temple, et qu'elle a lu et relu : Le complet devoir de V homme et la Bibliothèque des Dames.

Mettez vos lunettes pour regarder les figures du bol de porcelaine et des tasses à café, elles méritent l'examen.

J'ai fait vos compliments à mistriss Stevenson. Elle est vraiment très-obligeante, elle prend grand soin de ma santé et est pleine d'attention quand je suis indisposé; mais je vous ai désirée mille fois auprès de moi, vous, et ma petite Sally, avec ses mains et ses pieds toujours prêts à aller, à venir, et à me donner ce que je désirerais.

Quand on est malade, il y a une grande différence entre être soigné avec cette tendre attention qui vient d'un sincère amour et

(La fin de la lettre est perdue).

A LA MÊME

Londres, 10 juin 1756.

Ma chère enfant,

J'étais à Cambridge avec Billy, quand Snead a mis à la voile ; je ne vous ai donc pas écrit par lui, comme j'en avais l'intention. Je ne m'attendais pas à un départ si prompt; je suis un peu loin des vaisseaux, et M. Partridge m'avait écrit par erreur que Snead ne partirait pas cette semaine, de sorte que, nous trouvant fort bien accueillis ici, dans les collèges1, nous ne nous sommes pas pressés de revenir au logis, comme nous l'aurions pu faire. Peut-être ce vaisseau vous arrivera-t-il presque en même temps.

Je pense que personne n'a jamais eu de correspondants

1. Les universités d'Oxford et de Cambridge sont composées d'un certain nombre de collèges ou fondations particulières.

plus exacts que je n'en ai en M. Hughes et en vous. Il m'est impossible de m'acquitter ou de me tenir au courant. J'ai . reçu la lettre de change que vous aviez eue de M. Nelson; elle est payée. J'ai vu aussi le compte du lord Propriétaire. C'est un vif chagrin pour moi que d'apprendre que vous êtes aussi souvent indisposée, mais tous deux nous devenons vieux et quoique nos constitutions ne soient pas trop mauvaises, il faut nous attendre qu'elles céderont par degrés aux infirmités de l'âge.

Dans une caisse à l'adresse de la Bibliothèque, j'ai mis quelques mains du meilleur papier à lettres, d'excellentes plumes, de bonne cire, le tout pour mistriss Moore. Je la prie d'accepter ce petit présent; j'ai reçu tant de politesses de sa sœur et de son frère Scott que je ne pourrai jamais m'acquitter. A la première occasion je ferai le même cadeau à Sally.

Par le capitaine Lutwidge j'ai envoyé à ma chère fille un chapeau blanc, à la dernière mode, un manteau, et quelques autres petites choses qui, je l'espère, arriveront en bon état. Aujourd'hui je lui envoie une paire de boucles, faites en pierre de composition française, et qui brillent presqu'autant que des diamants. Elles coûtent trois guinées et on dit qu'à ce prix elles ne sont pas chères. J'imagine que je trouve son portrait plus ressemblant qu'à première vue; je le regarde souvent avec plaisir, car tout au moins il me rappelle Sally. Votre portrait est chez le peintre qui m'en fait une copie, et me peindra ensuite de même grandeur. Mais quant aux portraits de famille, on dit qu'ils ne sont jamais bien, et qu'ils ne sont plus à la mode; je vois que le peintre ne veut rien faire de cette façon. Malgré cela, quand j'aurai le portrait de Franky et celui de Sally par le jeune Hesselius, je verrai ce qu'on pourra faire. Je voudrais bien savoir comment Ben Lay a réussi dans votre portrait.

C'est faire sagement que de ne pas vous engager dans les

querelles politiques. Des femmes ne devraient jamais s'en mêler, sinon pour rapprocher leurs maris, leurs frères, leurs parents, quand ils sont de parti contraire. Quand votre sexe reste froid, il sert à refroidir le nôtre, et à rétablir plus promptement l'harmonie entre concitoyens, chose si désirable après de longues et d'amères dissensions.

Le cousin Dunlap * m'a écrit qu'il avait acheté l'imprimerie de Chattin. Je souhaite que cela lui soit avantageux, sans faire de tort à M. Hall*. Pour encourager Dunlap comme imprimeur à Philadelphie, je ne puis rien faire de contraire aux anciens engagements que j'ai pris avec mon fidèle associé. Je compte que vous aurez bien soin de ne rien faire qui prête à dire que je fais sous main et par vous, ce que je n'oserais faire ouvertement. J'espère que M. Dunlap vivra en bonne intelligence avec M. Hall, et je suis charmé d'apprendre qu'il lui a demandé ses conseils et son amitié, mais j'ai pensé qu'il était juste et nécessaire de défendre à M. Dunlap de se servir de mes lettres, sans le consentement de M. Hall. Si cela vous est agréable, on peut mettre le bureau de poste dans la maison de M. Dunlap; notre bon ami M. Hughes l'a proposé.

Je vous ai écrit de dire à Ambruster5 qu'il ne se serve plus de mon nom dans son journal; je n'y ai pas d'intérêt particulier, sinon comme étant un des commanditaires. Je n'ai aucun espoir de revenir avant le printemps prochain, ainsi ne m'attendez pas. Mais rendez-moi aussi heureux que vous pourrez, en m'envoyant des pommes pour moi et mes amis, et quelques-uns de vos petits jambons.

1. C'était un Irlandais qui venait d'épouser une parente de mistriss Franklin.

2. M. David Hall avait été l'associé et était le successeur de Franklin.

3. C'était un Allemand qui imprimait des livres allemands à Philadelphie, et qui, pendant quelque temps, publia un journal en allemand.

Billy fait partie de Middletemple, et sera appelé au bar. reauà ce terme-ci ou au suivant1. Je vous écris ceci pour répondre à votre demande particulière. Je suis heureux que vous aimiez le manteau que je vous ai envoyé. C'est M. Gollinson, notre ami, qui a expédié la soie noire, je ne l'ai jamais vue. Votre réponse à M. Strahan est justement ce qu'elle devait être2. Elle m'a beaucoup plu. Il s'imaginait que sa rhétorique et son éloquence vous feraient certainement traverser les mers.

J'ai fait relier tout exprès pour vous et pour Goody Smith deux exemplaires du livre de Common prayer, imprimés en gros caractère, et pour que la grosseur du texte ne rendit pas le volume trop épais, j'ai dit qu'on retirât les prières du baptême, du mariage et autres cérémonies où vous n'avez pas occasion journalière d'assister. Gela vous permettra à toutes deux d'attendre encore quelque temps avant de porter des lunettes à l'église.

Si le tintement des sonnettes vous effraie, attachez un fil d'archal d'une sonnette à l'autre; cela conduira l'étincelle sans tintement ni bruit. Je pense pourtant qu'il vaudrait mieux laisser les sonnettes libres de tinter, pour que vous puissiez savoir quand elles sont électrisées, et que vous soyez à même de vous tenir à distance, si cela vous fait peur5.

L'hiver dernier, j'ai écrit à Josey Crocker de venir passer un an ici, et de travailler dans les meilleures boutiques pour le perfectionner dans son état. Voilà pourquoi

1. Les avocats anglais sont partagés en différentes corporations, Lincoln's, Middletemple, etc.; les termes sont les divisions de l'année judiciaire.

2. M. Strahan avait écrit à mistriss Franklin pour la décider à venir Rétablir en Angleterre.

3. En 1753 Franklin avait élevé sur son toit une tige de fer pour attirer l'électricité de l'air. Il avait placé deux sonnettes de façon à ce qu'elles tintassent, quand la tige était électrisée.

je ne lui ai pas envoyé d'outils; mais s'il doit se marier je ne lui conseille pas de venir. Je lui enverrai les outils immédiatement. Vous avez très-bien disposé des pommiers; j e regrette avec vous la perte de vos noix.

Je vois que la façon dont le Gouverneur traite sa femme met de mauvaise humeur toutes les dames. Si c'est à cause du mauvais exemple, ce sera bientôt fini, car les lords Propriétaires cherchent un autre gouverneur ; ils sont décidés à se défaire de celui-ci, et on offre sa place. Un de ceux à qui on en a parlé a envoyé un ami pour me demander quelques renseignements. Les Propriétaires lui ont dit qu'ils avaient là-bas une maison de ville et une maison de campagne, dont il pourrait se servir sans payer de loyer; que tout était là-bas si bon marché qu'avec cinq cents livres sterling par an, il vivrait aisément avec une bonne table, voiture, etc., et que son revenu serait au moins de neuf cents livres. S'il était moins élevé, les Propriétaires s'engageaient à le parfaire jusqu'à ce chiffre. Pour assurer cette personne qu'avec cinq cent livres sterling elle vivrait en gentilhomme, et qu'elle aurait une voiture, les Propriétaires l'ont adressée à M. Hamilton, qui, ce semble, lui a fait la même histoire; mais M. Morris, que cette personne a consulté, lui a fait un tout autre récit, et elle ne sait plus que croire. Cette personne est un M. Graves, avocat du Temple. Il a hésité longtemps, on me dit qu'il refuse. Je désire que ce ne soit pas la vérité, car il a la réputation d'être une bonne pâte d'homme, quoique à vrai dire, tant que les instructions * continueront, il importe peu qui sera notre gouverneur. On voulait me cacher que les Propriétaires cherchassent un nouveau gouverneur, parce qu'ils désirent que M. Denny ne sache rien, jusqu'à ce que la no-

1. C'est-à-dire tant que les propriétaires donnent au gouverneur des instructions dont il ne lui est pas permis de s'écarter, quel que soit le vote de l'assemblée coloniale.

mination soit faite, et son remplaçant près de s'embarquer. Cachez donc aussi la nouvelle, si cela vous amuse, et régalez-en tous vos amis.

Je n'ai pas besoin de vous dire d'assister la marraine dans ses embarras; je sais quelles sont vos bonnes dispositions, et vous penserez combien cela m'est agréable. Je n'ai pas trouvé le peloton de fil que vous m'annonciez, comme filé de votre propre main. Peut-être était-il trop t fin pour qu'on le vît. Je suis charmé que le petit Franky commence à parler. Gela vous amusera de l'avoir souvent avec vous.

Je pense que j'ai maintenant répondu à toutes vos lettres; les recevoir et les lire me donne toujours un grand plaisir, puisque je ne puis être avec vous en personne. Mes compliments, mes respects, mes amitiés à tous mes amis, et croyez-moi toujours, ma chère Debby, votre mari affectionné, B. F.

P. S. Mistriss Stevenson et sa fille me prient de présenter leurs compliments, et d'offrir leurs services à vous et à Sally. Je pense partir bientôt pour la campagne, je passerai une grande partie de l'été en différents comtés d'Angleterre. Je compte sur ces voyages pour rétablir ma santé.

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