Il s'agit probablement d'un mariage
rivée à Londres; je ne vois pas que cette lettre vous soit parvenue.
Je ne suis pas un correspondant paresseux, quoique ma maladie m'ait arriéré avec mes amis. Si j'avais été bien portant, j'aurais couru les boutiques et j'aurais acheté quelques jolies choses pour vous et ma chère bonne Sally (dont les petites mains, dites-vous, soulageaient votre migraine); il me faut attendre le prochain paquebot. J'ai seulement acheté un manteau de soie cramoisie pour vous, c'est la nouvelle mode; la soie noire est pour Sally. Billy lui envoie une plume écarlate, avec manchon et palatine, et une boite de linge à la mode pour sa toilette. Dans la boîte est un thermomètre pour M. Taylor, et un autre pour M. Schlatter; vous les leur remettrez soigneusement. Il y a aussi une montre pour M. Schlatter ; j'écrirai à ces messieurs. C'est M. Neates qui envoie la soie noire; il l'a mise dans un paquet à lui.
Voici douze jours que j'ai commencé à écrire cette lettre et, quoique je continue d'aller bien, je n'ai pas encore recouvré mes forces, mon embonpoint et ma vivacité. Chaque jour, par mesure de précaution, je bois une infusion de quinquina dans du vin, et j'espère que ma fièvre ne reviendra pas. Quand le jour est beau, ce qui est rare, je sors vers midi. L'agréable conversation que je trouve parmi les savants, et l'attention que me témoignent des personnes de distinction, sont les principales choses qui m'adoucissent une absence pénible, loin de ma famille et de mes amis. Mais tout cela ne me retiendrait pas ici une semaine, si je n'avais d'autres raisons de rester, mon devoir envers mon pays et l'espoir de lui rendre service.
Rappelez-moi affectueusement, je vous prie, à tous ceux qui nous aiment, et à tous ceux que nous aimons. Je n'en finirais pas de les nommer. Je suis, ma chère enfant, votre mari qui vous aime, B. F.
A LA MÊME
Détails sur Londres. — Cadeaux.
Londres, 19 février 1758.
Ma chère enfant,
Je vous ai écrit dernièrement, plusieurs fois, et longuement. Hier soir j'ai reçu vos lettres du 1er et du 6 janvier; elles m'ont donné le grand plaisir d'apprendre que vous vous portez bien, vous et ma petite famille. J'espère que vous continuez d'être en bonne santé, et que c'est ainsi que j'aurai le bonheur de vous retrouver. La lettre que vous dites m'avoir envoyée par le capitaine Robinson ne m'est point parvenue ; j'ai reçu celle dont M. Hunt était chargé, et j'y ai répondu.
Je regrette la perte de mon ami Parsons. La mort commence à faire brèche dans notre petite junte de vieux amis, qu'elle avait longtemps épargnée; il faut nous attendre qu'elle nous prendra bientôt, l'un après l'autre.
J'avais déjà suivi, sans le connaître, le bon conseil que vous me donnez d'avoir une voiture. Chaque fois que je sortais, je m'enrhumais; mais dans ce quartier de la ville où beaucoup de gens ont leurs voitures à eux, les voitures de louage sont les plus mauvaises de Londres ; on ne peut imaginer rien de plus misérable, de plus sale, de plus délabré; on n'y peut monter quand on est proprement vêtu, et on rougirait d'en descendre à la porte d'une honnête maison. Quant à brûler du bois, cela ne servirait à rien, à moins d'en fournir les voisins et la cité tout entière. La ville n'est rien qu'une grande maison enfumée, chaque rue est une cheminée, l'air est rempli de suie de charbon de terre et, pour respirer un peu d'air pur, il faut s'éloigner de plusieurs milles et gagner les champs.
Faites mes remerciments au docteur Bond pour le soin qu'il prend de vous. Je lui ai écrit par ce vaisseau.
M. Htmter et Polly parlent de retourner ce printemps. M. Hunter est merveilleusement revenuà la santé. Tous deux désirent se rappeler à votre souvenir. Polly a reçu votre lettre et y a répondu; j'ai mis sa réponse dans une des mes lettres. Sa fille Rachel , qui joue du clavecin et qui criante agréablement, envoie à Sally une de ses chansons qui m'a plu.
Je vous envoie par le capitaine Budden une grande caisse etune petite boite. Dans la grande caisse est une autre petite boite qui contient de la porcelaine anglaise : ce sont des melons et des feuilles pour un dessert de fruit et de crème ou chose semblable. Il y a aussi un bol, fait à Bow, près d'ici, et qui est remarquable par la netteté des figures, quelques tasses à café de même fabrique, et un bol commun qui vient de Worcester. Pour montrer la différence du travail, j'y ai mis un échantillon de toutes les porcelaines d'Angleterre, et un vieux bassin, vrai chine, qui est racommodé, et d'une couleur bizarre.
La même boite contient quatre salières d'argent, fort laides, mais à. la dernière mode, un petit outil pour éplucher les pommes, un autre pour faire de petits navets avec de grands, six nappes à déjeuner, en toile écrue et ouvrée. On les met sur la table à thé, car personne ici ne déjeune sur une table nue et on place sur la nappe un grand plateau à thé avec les tasses. Il y a aussi un petit panier; c'est un cadeau que mistriss Stevenson fait à Sally; et pour vous une paire de jarretières, qui ont été tricotées par une jeune demoiselle, miss Mary Stevenson. Elle a eu la bonté de m'en faire une paire de pareilles; ce sont les seules que j'ai pu porter, parce qu'elles n'ont pas besoin de serrer à la jambe : les côtes les empêchent de glisser. On vous les envoie comme une curiosité, à cause de la forme, beaucoup plus que pour leur valeur. Goody Smith * pourra,