A JARED ELLIOT
Philadelphie, 12 avril 1753.
Le Babillard l nous parle d'une fille qui devint fi ère tout à coup, sans que personne pût en deviner la raison. On sut enfin qu'elle avait une paire de jarretières de soie toutes neuves. Pour
i. The Tatler, journal de Steele.
En Ecosse, Franklin fit la connaissance des hommes distingués qui illustraient alors ce. pays, Hume, le docteur Robertson, et lord Kames, avec lequel il se lia d'une étroite amitié. Lord Kames est oublié aujourd'hui; mais au dernier siècle ce n'était pas seulement un magistrat estimé, c'était un écrivain célèbre. Ses Éléments de critique, publiés en 1772, son Esquisse d'une histoire de l'homme, publiée en 1773, ont été plusieurs fois réimprimés. C'est dans ce dernier Givrage que parut pour la première fois la Parabole de l'amour fraternel que, suivant toute apparence, Franklin em-
quevous ne vous étonniez pas trop, quand vous remarquerez en moi quelque chose de pareil, je crois que je ne cacherai pas mes jarretières neuves sous mon jupon, et je prendrai la liberté de vous les montrer sous la forme d'un paragraphe contenu dans la dernière lettre de notre ami Collinson. C'est que.... Je devrais mortifier ma vanité au lieu d'y céder, et ne pas transcrire ce paragraphe, mais je n'y tiens pas.
« Si l'un de tes amis, m'écrit Collinson, remarque que tu portes la tête un peu plus haut que par le passé, qu'il sache qu'après tout il est bien permis de dresser un peu la crête quand le grand monarque de France ordonne à l'abbé Mazas d'écrire dans les termes les plus polis à la Société Royale, afin qu'elle transmette expressément les remercîments et les compliments du roi à M. Franklin de Pensylvanie, pour ses utiles découvertes en électricité, et l'invention des tiges pointues qui préviennent les terribles effets du tonnerre. Maintenant que j'ai mis une plume à ton bonnet, je puis finir en te souhaitant de la porter longtemps. Tout à toi, Pierre Collinson. »
En relisant ce paragraphe, j'ai peur de n'avoir pas autant de raison d'être fier que ma jeune fille; une plume au bonnet n'est pas chose aussi utile, ni aussi profitable au porteur qu'une paire de bonnes jarretières. Mais l'orgueil de chacun a ses satisfactions particulières, et si Sa Majesté m'avait envoyé un bâton de maréchal, j'en serais moins fier que de voire estime et de l'honneur de me dire sincèrement, cher monsieur, votre ami dévoué et votre humble serviteur,
prunta de Jeremy Taylor, qui l'avait lui-même empruntée du Bostan de Sadi.
En juin 1760, après trois années de démarches, l'affaire de Pensylvanie fut enfin décidée par le Bureau de commerce, et les lords Propriétaires soumis, pour leurs terres, à payer l'impôt commun. Lord Mansfield avait contribué à cette décision, moins par faveur pour la colonie que par esprit de légiste. Les légistes ont toujours été grands partisans de l'égalité par amour de l'uniformité d'obéissance beaucoup plus que par tendresse pour la liberté. Lord Mansfield n'était pas fâché d'étendre la prérogative royale aux dépens des Propriétaires et des colons.
De nouvelles affaires, où la colonie était intéressée, retinrent Franklin en Angleterre durant l'année 1761. Suivant sa coutume, il employa l'été à faire un voyage, et, cette année-là, il visita le continent et revint pour assister au couronnement de George III.
Au commencement de 1762, Franklin songea sérieusement à retourner en Amérique. M. Strahan, son ami, essaya plus d'une fois de le décider à s'établir en Angleterre, et il écrivit même à mistriss Franklin pour tâcher de la faire consentir à ce projet.
« Il a insisté plusieurs fois, écrivait Franklin à sa femme1, pour que je restasse en Angleterre et pour que je vous engageasse à venir ici avec Sally. Il m'a fait plusieurs propositions avantageuses, et qui sont fondées en raison. Sa famille est fort agréable ; mistriss Strahan est une femme bonne et sensible, les enfants sont d'un aimable caractère, surtout le jeune homme,