II PRÉFACE
tôt les yeux fixes sur ce représentant d'un monde inconnu. Ce fut lui, on peut le dire, qui apprit à nos pères ce qu'était l'Amérique, et qui sut les intéresser aux destinées de cet empire qui naissait de l'autre côté de l'Océan.
Durant dix années, Franklin fut en Europe l'avocat de la liberté. Son Examen devant la Chambre des communes, ses pamphlets ingénieux et mordants, traduits et répandus sur le continent, conquéraient l'opinion charmée, et habituaient l'Europe à l'idée d'une séparation entre l'Angleterre et ses colonies, séparation qui profiterait à la liberté du commerce et des mers. Pour être juste avec Franklin, il faut dire que cette séparation, il ne la voulait pas. Sans se faire d'illusion sur l'avenir, il croyait que dans l'intérêt de l'Angleterre et de l'Amérique il fallait éviter un brusque déchirement. Il comparait l'empire britannique à un vase de porcelaine, brillant mais fragile, et qu'on ne peut réparer s'il vient par hasard à se briser. En Angleterre, le parti ministériel le considéra toujours comme un ennemi, qui ne rêvait que révolte et sédition ; sa correspondance prouve combien ce soupçon étail injuste. Franklin voulait sincèrement l'union des deux pays, mais il la voulait à des conditions égales, il préférait la commune liberté à la séparation, et la