PREFACE. III
séparation à la servitude. Son opinion était alors celle de toute l'Amérique; mais, par malheur pour l'Angleterre, ce que le roi Georges et ses ministres comprenaient le moins, c'était l'obéissance raisonnée d'un pays libre. Un peuple qui défend ses droits était à leurs yeux un peuple de rebelles ; il leur fallait non pas des citoyens, mais des contribuables et des valets. Furieux de rencontrer toujours Franklin devant eux, ils l'insultèrent et résolurent d'écraser les colonies : ils ne firent qu'assurer la gloire de l'homme et l'indépendance de l'Amérique.
Aujourd'hui que les États-Unis prennent une si grande place dans le monde, l'histoire de leur origine a peut-être plus d'intérêt pour nous qu'elle n'en avait il y a un siècle. En lisant les lettres de Franklin on y trouvera les plus curieux renseignements, et on y apprendra en même temps que ce nouvel empire doit sa grandeur non pas à la fortune, mais à la sagesse, au talent et au courage de ses premiers fondateurs. C'est une leçon morale qui seule suffirait pour recommander la correspondance de Franklin.
A côté de ces lettres politiques dont je n'ai pas besoin de faire ressortir plus longtemps l'importance historique, il en est d'autres qu'on ne lira pas avec moins de plaisir. Ce sont les lettres privées, où