Par souscriptions volontaires
chanson tout autant qu'autrefois; et en même temps je goûte mieux qu'autrefois les graves observations et les sages sentences qu'on rencontre dans la conversation des vieilles gens; je suis donc sûr que la Junte me sera aussi agréable que jamais. J'espère qu'on ne l'abandonnera pas, aussi longtemps que nous pourrons nous y traîner ensemble.
Je vous remercie des fréquentes visites que vous avez la bonté de faire à ma petite famille. Dans peu de temps, je l'espère, j'aurai le plaisir de lavoir et de remercier mes amis, en personne.
Je suis, cher ami, avec la plus sincère estime, votre affectionné, B. P.
A MISS MARY STEVENSON
Craven Street, 20 octobre 1761.
La bonne maman de ma chère Polly me charge d'écrire deux ou trois lignes pour s'excuser d'avoir si longtemps oublié d'écrire. Elle reconnaît avoir reçu deux agréables lettres de sa fille bien aimée, avec une autre lettre pour Sally Franklin qui a été fort approuvée (hoi'mis un seul mot), et envoyée à son adresse.
Les raisons que la maman donne pour ne pas écrire, c'est que durant le jour son temps est entièrement pris par les soins de sa maison et par le plaisir de rester au lit le matin. Et ses yeux sont si mauvais que le soir elle ne voit pas assez pour écrire, étant d'ailleurs occupée à jouer aux cartes. Elle espère donc qu'une personne qui est la bonté même, lui pardonnera certainement, en face d'excuses aussi sérieuses.
Quant au secrétaire, qui est un aussi grand coupable, il n'a pas un mot à dire pour sa défense, il demande grâce,
n'ayant pour lui que d'être avec une grande estime et une sincère considération, le constant ami de sa chère Polly,
A LORD KAMES
Uart de penser. — V éducation. — Vart de la vertu.
Londres, novembre 176U Mon cher lord,
Il y a longtemps que je ne me suis donné le plaisir de vous écrire. En avançant en âge, je trouve que je deviens plus indolent, et plus enclin à remettre les choses au lendemain. En vérité je suis un mauvais correspondant; mais à quoi sert la confession, si Ton ne se corrige pas?
En venant si tard vous offrir mes remerciments pour votre précieuse Introduction à l'Art de penser, puis-je avoir le droit de vous demander où en sont vos Éléments de cri* tique? Ce sera pour moi une grande satisfaction que de lire cette œuvre, quand elle paraîtra. Avec votre premier livre, vous semez largement dans les jeunes âmes les germes du bon sens moral. En grandissant, en étant transplantés dans la vie, ces germes orneront le caractère et feront le bonheur des individus. Laissez-moi dire que je n'ai jamais vu plus de choses solides et utiles comprises dans un aussi petit volume, et cependant la méthode et l'expression sont si claires que la brièveté n'occasionne aucune obscurité. Dans votre prochain livre, en attirant la jeunesse à la pratique de la science, vous lui fortifierez le jugement, vous lui élargirez l'entendement, vous la rendrez plus capable d'être utile.
Pour obtenir le nombre d'hommes intelligents qui est nécessaire à la prospérité d'une nation, il y a beaucoup plus à attendre d'unplp.n ^éducation de la jeunesse que d'un plan de réforme. Dans certaines situations, un seul homme
a souvent le pouvoir de rendre à son pays un immense service ; un écrivain ne peut pas concevoir le bien qu'il peut faire, quand il entreprend des œuvres de ce genre. Je désire donc beaucoup que ce livre soit publié aussitôt que vos grandes occupations vous permettront d'y mettre la dernière main.
Avec ces sentiments, vous ne douterez pas que je n'aie la sérieuse intention de terminer mon Art de la vertu. Ce n'est pas une œuvre imaginaire. J'en ai fait le plan dès 1732. Depuis lors j'ai essayé et j'ai fait essayer plusieurs fois de ma méthode, avec succès. Les matériaux ont grossi ; il ne reste plus qu'à donner la forme; je me propose d'y employer mes premiers loisirs après mon retour dans mon autre patrie.
.... Je suis honteux d'avoir été un membre aussi inutile de votre Société philosophique, depuis qu'elle m'a fait l'honneur de me nommer. Mais je pense qu'il ne se passera pas longtemps sans qu'elle entende parler de moi. Je serais charmé de voir l'essai sur le feu qu'a lu le docteur Cullen. Quand pouvons-nous en espérer la publication? Vous savez que pour moi je suis plongé dans la/wmee, et je crois qu'il n'est pas difficile de la conduire, quand on est familier avec les principes. Mais comme les causes sont diverses, il faut aussi divers remèdes, et à la distance où nous sommes, on ne peut envoyer une prescription au malade, sans avoir un clair exposé de son état. Si quelque jour vous preniez la peine de m'envoyer une description détaillée de vos cheminées qui fument, peut-être pourraije vous offrir quelque chose de propre à les guérir. Mais sans doute vous avez des docteurs aussi habiles, et moins loin de chez vous.
Oserai-je prendre la liberté de recommander à la bienveillance de Votre Seigneurie le porteur de cette lettre, M. Morgan. Il se propose de résider quelque temps à Edimbourg pour se perfectionner dans l'étude de la nié-
decine; je crois qu'un jour il fera bonne figure dans sa profession, et fera honneur à l'école où il étudiera, si du moins beaucoup de travail et d'application, joints aune intelligence et une sagacité naturelle, permettent de faire un tel présage. C'est le fils d'un de mes amis et voisins de Philadelphie, je l'ai suivi dès son enfance, et je suis sûr que les excellentes qualités, les bons sentiments, la prudente conduite qui lui ont valu l'estime et l'affection de tous ceux qui l'ont connu dans son pays, ne le rendent pas indigne des égards, des avis et de la faveur que Votre Seigneurie aurait la bonté de lui témoigner.
Mon fils (avec qui je viens de faire un tour en Hollande et dans les Flandres) se joint à moi pour offrir ses meilleurs vœux à vous, à lady Kames et à vos aimables enfants. Si loin que nous soyons de vous, nous espérons avoir souvent des nouvelles de votre santé et du bonheur de votre famille. Avec la plus sincère estime et la plus parfaite considération, je me dis, mon cher ami, votre bien affectionné, B. F.
A MISS MARY STEVENSON
Lundi matin, 8 mars 1762, Chère Polly,
Votre bonne maman vient de me dire qu'elle s'étonne de n'avoir pas reçu une ligne de vous depuis si longtemps. Elle en demande la raison; je n'ai rien dit, sachant au fond de l'âme que, faute de vous avoir écrit, j'ai perdu tout droit à une telle faveur, et cependant aucunes lettres ne me donnent plus de plaisir que les vôtres, et je désire souvent avoir de vos nouvelles ; mais l'indolence me gagne avec les années; écrire est de plus en plus un ennui pour moi.
Avez-vous fini votre cours de philosophie? Plus de doutes
à résoudre? Plus de questions à faire? S'il en est ainsi, vous aurez maintenant tout le loisir de vous perfectionner aux cartes. Adieu, ma chère enfant, croyez-moi toujours votre ami. B. F.
P. S. Maman me charge de vous dire qu'elle est fort souffrante, et à moitié percluse de rhumatismes. Je vous envoie deux ou trois Gazettes de médecine françaises, que je viens de recevoir de Paris ; il y a une traduction de la lettre que vous avez copiée pour moi. Quand vous les aurez lues, vous me les renverrez avec mes lettres françaises sur l'Électricité.
A MISTRISS DEBORAH FRANKLIN
Sur la mort de sa belle-mère.
Londres, 24 mars 1762.
Ma chère enfant,
Je m'afflige bien sincèrement avec vous de la mort de notre bonne mère ; je sens trop en quelle détresse et quelle affliction cette perte vous a jetée. Votre consolation sera de vous dire que vos soins ne lui ont jamais manqué, et qu'elle a vécu aussi longtemps que cette vie pouvait lui donner quelque jouissance raisonnable. C'est pour moi une satisfaction de pouvoir me dire que, pendant la longue suite d'années où elle m'a appelé son fils, je n'ai jamais manqué, ni au respect que je lui devais, ni à mes devoirs envers elle. Les circonstances de sa mort sont malheureuses il est vrai; mais tous, tant que nous sommes, il faut toujours que quelque chose nous amène à notre fin, et peu d'entre nous verront d'aussi longs jours. Mes amitiés au frère John Read, à la sœur et à la cousine Debby, et au jeune cousin Johnny Read, dites leur bien toute ma sympathie et mon affection.
Je vous écris ceci à la hâte, M. Beatty sort de chez moi ; il est venu me dire qu'il partait pour Portsmouth, en route pour T Amérique. Je termine toutes mes affaires pour préparer mon retour ; je reviendrai ou avec la flotte de Virginie, ou avec le paquebot du mois de mai prochain, je ne suis point encore décidé. Je prie Dieu qu'il nous accorde une heureuse réunion.
Nous sommes tous en bonne santé : Billy vous présente ses devoirs. M. Strahan a reçu votre lettre ; il s'étonne de n'avoir pu vous persuader de passer les mers. Mistriss Stevenson me charge de ses compliments; elle comptait que Sally répondrait à la lettre de sa fille , lettre qui était partie avec l'aiguille d'or. J'ai reçu par le dernier paquebot une lettre de vous, ainsi qu'une lettre de notre ami M. Hughes. Si j'en ai le temps, j'essaierai de lui écrire une ligne ; si je ne le fais pas, ayez la bonté de lui dire que je ferai tout mon possible pour le servir en cette affaire. Dites à M. Charles Norris que je lui envoie un jardinier par le navire de Bolitho; je vous répondrai en détail par ce même vaisseau. Je ne puis maintenant ajouter qu'une seule chose, c'est que je suis, comme toujours, ma chère Debby, votre époux affectionné, B. F.
Au moment de partir, Franklin reçut de David Hume une lettre où il était question de l'ingénieuse invention des paratonnerres, que l'on devait à Franklin; la lettre se terminait ainsi :
« Je suis très-fâché que vous songiez à quitter déjà notre hémisphère. L'Amérique nous a envoyé beaucoup de bonnes choses, de For, de l'argent, le sucre, le tabac, l'indigo, etc., mais vous êtes le premier philosophe, et à vrai dire, le premier grand homme de lettres dont nous lui ayons l'obligation. C'est notre faute si nous ne l'avons pas
gardé ; il paraît que nous ne nous entendons pas avec Salomon, suivant lequel la sagesse est plus précieuse que l'or; car nous avons grand soin de ne jamais renvoyer une once de ce dernier, quand une fois nous le tenons en nos doigts. »