CHAPITRE IV
Jalousie du commerce anglais. — Origine de VActe du Timbre. — Opposition de Franklin. — Effet de Pacte du timbre en Amérique. — Examen de Franklin devant le Parlement d'Angleterre. — Rappel de l'acte du timbre. — Voyage en Allemagne et en France.
Nous voici arrivés à une époque qui date dans la vie de Franklin. A cinquante-neuf ans, à Fâge où tant d'hommes se reposent, il allait entrer dans une nouvelle carrière politique sur un plus grand théâtre d'action . Ce n'est plus l'obscur agent d'une petite colonie que nous allons voir, mais le représentant de l'Amérique ; et ce rôle, Franklin le jouera pendant vingt ans, aux applaudissements de tous les amis de la liberté.
En faisant sortir la France du Canada, en laissant les Anglais seuls maîtres de l'Amérique, la paix de 1763 avait à la fois rendu les colons plus difficiles à gouverner et l'ADgleterre plus exigeante. Longtemps maintenus dans l'obéissance par la crainte qu'ils avaient
des Français et le besoin d'être soutenus par la métropole, les colons s'étaient soumis patiemment au monopole commercial de l'Angleterre, et, de son côté, l'Angleterre avait ménagé les libertés intérieures des colonies, car sans parler du marché avantageux que lui offrait l'Amérique, les milices coloniales étaient sa meilleure défense contre les Français. Mais après 1763, les fabricants et armateurs anglais commencèrent à se plaindre de la prétendue concurrence que leur faisait l'Amérique. Sur ce point, l'égoïsme acceptait les contes les plus ridicules. De son côté, le gouvernement anglais songeait à tirer un re?enu des colonies et à réduire leur indépendance politique. Dès son arrivée à Londres, Franklin eut à lutter contre cet esprit de vertige qui devait amener l'indépendance des colonies et l'humiliation de l'Angleterre.
a l'éditeur d'un journal.
Sur les nouvelles que donnent les journaux.
Lundi, 20 mai 1765.
Monsieur,
Dans votre numéro de mercredi dernier, un ingénieux correspondant, qui s'intitule le Spectateur et qui date de Pimlico*) témoigne en apparence son bon vouloir aux journalistes, qu'il appelle un corps utile de cette grande cité; mais, suivant moi, c'est un artifice pour les rendre ridicules, eux et leurs écrits; et s'il parvenait à ses fins il en résulterait un grand dommage pour le public aussi bien que pour ces bonnes gens.