A quelle cause cela est-il dû
R. Au concours de plusieurs causes : aux entraves mises dernièrement sur le commerce, ce qui empêche d'introduire dans les colonies l'or et l'argent de l'étranger, à la prohibition de s'y faire du papier-monnaie pour l'usage intérieur du pays, et ensuite à la demande d'une nouvelle et lourde taxe, le droit de timbre, tandis qu'au même moment on ôte aux colonies le jury, et qu'on refuse de recevoir et d'entendre leurs humbles pétitions.
43.) D. Ne croyez- vous pas que l'on se soumettrait à l'acte du timbre, s'il était modifié, si Ton en supprimait les dispositions fâcheuses, et si l'on réduisait le droit à quelques articles de peu d'importance?
R. Non. Jamais on ne s'y soumettra.
44.) Quelle est, d'après vous, la raison pour laquelle la population s'accroît plus rapidement en Amérique qu'en Angleterre ?
R. Parce que l'on s'y marie plus jeune, et plus généralement.
48). D. Pourquoi cela?
R. Parce que tout jeune ménage, s'il est laborieux, peut
aisément obtenir des terres en propriété et y élever une famille.
49.) D. Les dernières classes du peuple ne sont-elles pas plus à leur aise en Amérique qu'en Angleterre?
R. Oui, j'entends les gens sobres et actifs, car ils sont mieux payés pour leur travail.
50.) D. Que penseriez-vous d'un nouvel impôt, assis sur le même principe que l'acte du timbre? Comment les Américains le recevraient-ils?
R. Juste comme celui-ci : Ils ne le payeraient pas.
51.) D. N'avez-vous pas été informé des résolutions par lesquelles cette chambre et la chambre des lords ont affirmé que le Parlement a droit de taxer le peuple d'Amérique ?
R. Oui. J'ai entendu parler de résolutions de ce genre.
52). Quelle sera Fopinion des Américains sur ces résolutions?
R. Ils les regarderont comme inconstitutionnelles et injustes.
53). D. Avant 1763, était-ce l'opinion en Amérique que le Parlement n'avait pas le droit d'y établir des taxes et des impôts?
R. Je n'ai jamais entendu faire la moindre objection au droit d'établir des taxes pour régler le commerce; mais, quant au droit d'établir des taxes intérieures, on n'a jamais supposé qu'il appartint au Parlement, puisque nous n'y sommes pas représentés.
54.) D. Sur quoi vous fondez-vous pour penser que le peuple d'Amérique fasse cette distinction?
R. Dans toutes les conversations où je me suis trouvé présent, chacun m'a paru convaincu que nous ne pouvions être imposés dans un parlement où nous n'étions pas représentés. Mais le payement des droits mis par acte du Parlement comme règlement de commerce n'a jamais été contesté.
55.) D. Pourriez- vous citer quelque acte de vos assemblées ou de vos gouvernements qui ait fait cette distinction?
R. Je n'en connais point. Je crois qu'on n'a jamais eu l'occasion de faire un tel acte, tant que vous n'avez pas entrepris de nous imposer. C'est cette entreprise qui a été pour nos assemblées l'occasion de déclarer cette distinction qui, je crois, a pour elle toutes les assemblées de notre continent et l'unanimité de tous les membres dans chacune de ces assemblées.
56.) D. Qui a donc pu, avant cette époque, donner occasion à des conversations sur ce sujet?
R. Ce fut une proposition que l'on fit en 1754, et qui, je pense, venait d'ici. On disait que dans le cas d'une guerre que Ton appréhendait alors, les gouverneurs des colonies se réuniraient, ordonneraient des levées de troupes, des constructions de forts, et prendraient toutes les autres mesures nécessaires à la défense générale, qu'ils tireraient sur le trésor d'Angleterre pour l'acquittement des dépenses, qu'ensuite on s'en rembourserait sur les colonies par une taxe générale qui leur serait imposée par acte du parlement. Cette nouvelle fit beaucoup causer, l'opinion générale fut que le Parlement ne voudrait ni ne pourrait nous imposer tant que nous n'y serions pas duement représentés. Une telle mesure ne serait ni juste ni conforme aux principes de la constitution anglaise.
57) D. Ne savez-vous pas qu'un jour, à New-York, on mit en délibération si l'on ne prierait pas le Parlement, d'établir dans cette colonie des impôts, afin de suppléer au déficit occasionné par le refus ou la négligence que rassemblée avait mis à lever les sommes nécessaires à l'entretien du gouvernement civil?
R. Je n'ai jamais ouï parler de ce fait.
58) D. On a mis cette demande en délibération à New- York. Imaginez-vous que les colonies puissent supposer
que le droit du Parlement à imposer des taxes en Amériques n'ait été que local, et restreint au cas d'un déficit, dans une colonie particulière, par suite du refus de son assemblée de lever les sommes nécessaires?
R. On ne supposera jamais que l'assemblée se refuse à lever les fonds nécessaires à l'entretien de son propre gouvernement. Une assemblée capable d'un pareil refus manquerait de sens commun, ce que l'on ne peut pas supposer. Je pense qu'il ne s'est jamais passé rien de semblable à New- York, il y a erreur ou méprise. Je sais qu'en vertu d'instructions ministérielles venues d'ici, on a fait quelques tentatives, pour obliger les assemblées à assurer des appointements fixes aux gouverneurs, ce qu'elles ont refusé sagement; mais je ne pense pas que jamais assemblée, ni de New-York ni d'aucune autre colonie, ait refusé d'entretenir le gouvernement par des allocations convenables et votées annuellement, en faveur des officiers publics.
59) D. Mais si un gouverneur, agissant en vertu d'instructions, convoquait une assemblée pour lever les subsides nécessaires, et que l'assemblée les refusât, ne pensez-vous pas qu'il serait alors utile à la colonie et nécessaire au gouvernement, que le Parlement établit l'impôt?
R. Je ne pense pas que cela fût nécessaire. Si une assemblée pouvait être assez absurde pour refuser les subsides nécessaires à l'entretien du gouvernement colonial, on ne pourrait pas rester longtemps dans une telle situation ; les désordres et la confusion qui s'ensuivraient auraient bientôt mis l'assemblée à la raison.
60) D. S'il en arrivait autrement, ne faudrait-il pas que ce fût la Grande-Bretagne qui eût le droit d'appliquer un remède à ces maux?
R. Contre un droit, dont on n'userait que dans un tel cas, je n'aurais pas d'objections à faire, en supposant qu'on n'en usât que pour le bien du peuple de la colonie.
61) D. Mais qui serait juge du cas, la Grande-Bretagne ou les colonies?
R. Ceux qui ressentent les effets en sont les meilleurs juges.
62) D. Vous dites que les colonies se sont toujours soumises aux taxes extérieures, et ne s'élèvent contre le droit du Parlement qu'à l'égard des taxes intérieures. Pourriezvous montrer qu'il y ait une différence entre ces deux impôts pour la colonie sur laquelle on les établirait?
R. Je crois que la différence est très-grande. Une taxe extérieure est un droit mis sur des marchandises importées. Ce droit s'ajoute aux frais de première acquisition et aux autres charges ; quand la marchandise est offerte en vente, il entre dans le prix. Si le peuple ne veut pas de la marchandise à ce prix, il la refuse et n'est pas obligé de payer. Mais une taxe intérieure est exigée du peuple, malgré lui, s'il ne l'a pas consentie par ses propres représentants. L'acte du timbre dit que nous ne ferons point de commerce, point d'échange, point d'achat ni de donation, que nous ne recouvrerons aucune dette, que nous ne pourrons ni nous marier ni faire nos testaments, à moins de payer telles ou telles sommes ; c'est nous extorquer notre argent par force, ou nous ruiner, si nous refusons de payer.
63) D. Mais supposons que la taxe extérieure ou le droit soit mis sur les objets de première nécessité que l'on importe dans votre colonie, ne sera-ce pas en effet la même chose qu'un impôt intérieur?
R. Je ne connais point un seul article d'importation dans les colonies du nord dont elles ne puissent se passer, ou qu'elles ne puissent fabriquer elles-mêmes.
64) D. Ne pensez-vous pas que le drap d'Angleterre leur est absolument nécessaire?
R. Non, cela n'estpoint absolument nécessaire. Avec du travail et une sage économie elles peuvent très-bien se fournir elles-mêmes de tout ce qu'il leur faut.
65) D. Ne faudrait-il pas beaucoup de' temps pour établir, aux colonies , ce genre de manufactures, et en attendant, n'auraient-elles pas beaucoup à souffrir?
R. Je crois que non. Les colons ont fait déjà des progrès surprenants. Et je suis persuadé qu'avant d'avoir usé leurs vieux habits, ils en auront de neufs de leur propre fabrique.
65) D. Est-il possible qu'ils trouvent assez de laine dans l'Amérique du Nord?
R. On a pris des mesures pour avoir de la laine. On s'est entendu pour ne plus manger d'agneau, et l'année dernière on en a tué très-peu. Si l'on persiste cela fera bientôt une prodigieuse différence dans la quantité des laines. D'ailleurs, l'établissement de grandes manufactures telles qu'on en voit ici, dans vos villes de draperies, n'est pas nécessaire, car il ne s'agit pas d'en faire une branche de commerce. En Amérique chacun filera et tissera pour soi-même, dans sa propre maison.
66) D. Dans un ou deux ans, y aura-t-il assez de laine et de fabrication?
R. Je crois qu'en trois ans cela se fera.
67) D. La rigueur de l'hiver dans les colonies du nord ne nuit-elle pas à la qualité de la laine?
R. Non; la laine y est belle et bonne.
68) D. Dans les colonies plus méridionales, dans la Virginie, par exemple, ne savez-vous pas que la laine est grossière et n'est guère qu'une sorte de crin?
R. Je ne sais point cela; je ne l'ai jamais ouï dire. Cependant j'ai quelquefois été en Virginie. Je ne puis dire que j'y aie jamais fait particulièrement attention à la laine, mais je présume qu'elle est bonne, quoiqu'il ne me soit pas possible de l'affirmer. Au reste, la Virginie et les colonies au sud ont moins besoin de laine. Leurs hivers sont courts et peu rigoureux; les colons peuvent très-bien s'habiller le reste de l'année avec leur lin et leur coton.
69) D. Dans les colonies du nord n'est-on pas obligé de nourrir le bétail à l'étable pendant tout l'hiver?
R. Dans quelques-unes des colonies les plus septentrionales, on y est obligé pendant une partie de l'hiver.
70) D. En considérant les résolutions du Parlement comme justes en droit, pensez-vous que le rappel de l'acte du timbre suffise pour satisfaire les Américains?
R. Je le pense.
71) D. Sur quoi fondez-vous votre opinion?
R. Sur ce que l'affirmation du droit les occupera très-peu si l'on n'essaye jamais de mettre le droit en pratique. Les colonies se regarderont probablement comme étant dans la même situation que l'Irlande ; elles savent que vous prétendez au même droit sur l'Irlande, mais que vous ne l'exercez jamais. Elles peuvent croire que vous ne l'exercerez pas plus en Amérique qu'en Irlande, à moins de circonstances tout à fait extraordinaires.
72\ D. Mais, qui sera juge de ces circonstances extraordinaires? N'est-ce pas le Parlement?
R. Quoique le Parlement en soit juge, les colonies penseront qu'il ne pourra jamais exercer ce droit tant qu'elles n'y seront point représentées, et que si jamais ces circonstances se rencontrent, on leur donnera des représentants.
73) D. N'avez-vous pas entendu dire que pendant la dernière guerre le Maryland a refusé de contribuer pour sa quote-part à la défense commune?
R. On a été fort injuste avec le Maryland. Le Maryland, à ma connaissance, n'a jamais refusé de contribuer ni de voter des subsides pour la couronne. Tous les ans durant la guerre, les assemblées ont voté des sommes considérables, et des bills pour en assurer la levée. Conformément à la constitution de la province, les bills ont été envoyés au Conseil ou Chambre haute , pour y être adoptés, afin de pouvoir être présentés au gouverneur, et
promulgués comme lois. Malheureusement des querelles entre les deux chambres, nées surtout des vices de la constitution, ont fait avorter tous les bills, à l'exception d'un ou deux. Le conseil du propriétaire1 les a rejetés. Il est vrai que le Maryland n'a pas contribué pour sa part, mais ce fut suivant moi la faute du gouvernement et non du peuple.
74) D. Dans les autres provinces, n'a-t-on pas parlé de s'adresser au Parlement pour les forcer à contribuer?
R. J'ai entendu dire cela; mais comme il était bien connu que le peuple ne méritait aucun blâme, jamais cette demande ne fut faite, non plus qu'aucune démarche à ce sujet.
75) D. La proposition n'a-t-elle pas été faite dans une réunion publique ?
R. Non, que je sache.
76) D. Vous souvenez-vous de l'abolition du papiermonnaie dans la Nouvelle-Angleterre par un acte de l'assemblée?
R. Je me souviens de cette abolition dans le Massachusetts,
77) D. Le lieutenant gouverneur Hutchinson n'a-t-il pas pris à cette mesure une part principale?
R. Je l'ai ouï dire.
78) D. N'était-ce pas alors une loi très-impopulaire?
R. Je le présume, quoique je ne puisse rien assurer en ce point, car j'habitais loin de cette province.
79) D. La rareté de l'or et de l'argent n'était-elle pas un argument allégué contre l'abolition du papier-monnaie ?
R. Je le suppose.
80) D. Quelle est l'opinion actuelle sur cette loi? Est-elle aussi impopulaire qu'au début?
I. Les propriétaires étaient les héritiers de lord Baltimore, fondateur de la colonie sous Charles Ier.
R. Je crois que non.
81) D. N'a-t-on pas quelquefois envoyé d'ici aux gouverneurs des instructions fort oppressives et fort impolitiques?
R. Oui.
82) D. N'y a-t-il pas eu des gouverneurs qui s'en sont écartés pour ce motif?
R. Oui, je l'ai entendu dire.
83) D. Les Américains ont-ils jamais disputé au Parlement le droit de régler le commerce?
R. Non.
Sk) D. Peut-on, autrement que par l'emploi d'une force armée, mettre à exécution l'acte du timbre?
R. Je ne vois pas comment une force armée pourrait être employée à cet effet.
85) D. Pourquoi pas?
R. Supposez que des troupes soient envoyées en Amérique, elles ne trouveront personne en armes : que feront-elles? Elles ne peuvent forcer un homme à prendre du papier timbré, s'il veut s'en passer. Elles ne trouveront pas de rébellion ; il est vrai qu'elles pourront en créer une.
86) D. Si l'acte n'est pas révoqué, quelles en seront, suivant vous, les conséquences?
R. La perte totale du respect et de l'affection que les Américains portent à ce pays, et celle de tout le commerce qui tient à ce respect et à cette affection.
87) D. Le commerce pourrait-il être atteint?
R. Si l'acte n'est point révoqué, vour verrez qu'avant peu les colons ne vous prendront plus qu'une très-faible quantité de vos produits.
88) D. Leur est-il possible de s'en passer?
R. Je pense qu'ils peuvent très-bien s'en passer.
89) D. Est-ce leur intérêt?
R. Les objets que les colons tirent d'Angleterre sont ou
de première nécessité, ou de pur agrément, ou de luxe. Les premiers, tels que les draps, etc., peuvent, sans trop de travail, se fabriquer à l'intérieur; les seconds, on peut s'en passer jusqu'à ce qu'on soit venu à bout de les produire sur place ; et quant aux derniers, qui sont de beaucoup les plus nombreux dans le commerce, on s'en privera immédiatement. Ce sont des articles de mode qu'on achète et que l'on consomme parce qu'ils sont de mode dans un pays respecté, mais que désormais on rejettera avec dégoût. Déjà, d'un commun accord, les colons ont banni l'emploi de tous les objets de mode dans les deuils, et des articles représentant plusieurs milliers de livres sterling ont été retournés comme invendables.
90) D. Est-il de l'intérêt des Américains de fabriquer le drap chez eux?
R. Je pense que maintenant l'on a meilleur marché à le faire venir d'Angleterre , pour l'avoir de même finesse et qualité; mais si l'on tient compte d'autres considérations, des entraves apportées au commerce et de la difficulté des remises, l'intérêt sera de tout fabriquer.
91) D. En supposant qu'un règlement intérieur fût joint à un impôt, comment le recevrait-on?
R. Je pense qu'on y résisterait.
92) D. Ainsi donc, on ne se soumettrait à aucun règlement joint à un impôt?
R. L'opinion des colons est que, lorsque des subsides sont nécessaires à la couronne, on doit, conformément au vieil usage établi, en faire la demande aux assemblées, qui les accorderont librement, comme elles l'ont toujours fait. lis pensent que leur argent ne doit pas être donné sans leur consentement par des personnes vivant au loin et qui ne connaissent ni leur situation ni leurs ressources. Accorder des subsides à la couronne est le seul moyen qu'ils aient de se recommander à leur souverain, et ils regardent comme extrêmement dur et injuste, qu'un corps où ils
n'ont aucun représentant se fasse à lui-même un mérite de donner et d'accorder ce qui appartient, non pas à lui, mais à eux, et qu'il les prive d'un droit auquel ils attachent un prix et une importance extrêmes, puisqu'il est la garantie de tous leurs autres droits.
93) D. Mais la poste, à l'établissement de laquelle ils se sont soumis depuis long-temps, n'est-elle pas un impôt en même temps qu'un règlement ?
R. Non. L'argent payé pour le port d'une lettre n'est pas de la nature des impôts. Ce n'est qu'un quantum meruit pour un service rendu. Personne n'est obligé de payer, s'il préfère ne pas recevoir le service. On est libre encore, comme avant l'établissement des postes, d'envoyer ses lettres par un domestique, par un exprès, par un ami, si l'on croit cette voie moins chère ou plus sûre.
94) D. Mais, aux colonies, ne considère-t-on pas comme un impôt les règlements de la poste, portés dans l'acte de l'année dernière?
R. Par ces règlements le port des lettres a généralement été diminué de près de trente pour cent par toute l'Amérique. On ne peut certainement pas considérer cette diminution comme un impôt.
95) D. Si le Parlement établissait un excise qu'on pourrait également éviter de payer en ne consommant pas les articles imposés, les colons y feraient-ils des objections?
R. Certainement! car une excise ne se lie à aucun service rendu; c'est un pur subside que, suivant les colons, on doit leur demander et qu'ils doivent accorder, s'ils ont à le payer. Personne n'a droit d'accorder pour eux ce subside, s'il n'a pas reçu à cet effet leurs pouvoirs.
96) D. Vous dites qu'ils ne contestent pas au parlement le droit d'imposer les objets d'importation; quelle différence voyez-vous entre un droit d'importation sur les denrées et un droit d;excise sur leur consommation?
R, J'y vois une différence essentielle. Je vous ai dit
pourquoi les colons ne pensent pas que vous ayez droit d'établir une excise à l'intérieur de leur pays. Mais la mer est à vous ; vous y maintenez par vos flottes la sûreté de la navigation. Vous la purgez des pirates. Vous pouvez donc avoir sur les marchandises transportées à travers cette partie de vos domaines, un droit naturel et équivalent à un péage, à une taxe, afin de contribuer à la dépense des vaisseaux qui font la police de la route.
97) D. Ce raisonnement serait-il applicable à un impôt sur V exportation des produits de leurs terres? Les colons s'opposeraient ils à ce droit?
R. S'il renchérissait les produits au point d'en diminuer la demande au dehors, à coup sûr ils réclameraient contre un tel impôt; ce n'est pas votre droit qu'ils attaqueraient, mais ils se plaindraient de la lourdeur de l'impôt et vous demanderaient de l'alléger.
98) D. Le droit payé sur l'exportation du tabac n'est-il pas de cette sorte?
R. On ne le paye, je crois, que sur le tabac transporté par cabotage d'une colonie dans l'autre. Encore est-ce un fonds affecté à l'entretien du collège de Williamsburg en Virginie.
99) D. Les assemblées des Antilles n'ont-elles pas les mêmes droits naturels que celles de l'Amérique du Nord?
R. Indubitablement.
100) D. Et n'y a-t-il pas là un droit sur l'exportation de leurs sucres?
R. Je ne connais pas bien les Antilles; mais je crois que le droit de quatre et demi pour cent sur l'exportation des sucres a été consenti par leurs propres assemblées.
101) D. De combien est, dans votre province, l'impôt personnel sur les gens non mariés?
R. Il est, je crois, de quinze shillings pour chaque homme au-dessus de vingt et un ans.
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102) D. Quel est le montant annuel de toutes les taxes en Pensylvanie?
R. A peu près vingt mille livres sterling.
103) D. En supposant que l'acte du timbre soit maintenu et qu'on en renforce l'exécution, imaginez-vous que la mauvaise humeur pousserait les Américains à payer les mauvais produits de leurs manufactures aussi chers que les nôtres, et à les consommer de préférence?
R. Oui, je le crois. On payera aussi volontiers pour satisfaire une passion qu'une autre, on payera pour satisfaire son ressentiment comme aujourd'hui pour contenter sa vanité.
104) D. Les habitants de Boston cesseront-ils leur commerce ?
R. Les marchands sont en très-petit nombre, comparés à la population tout entière ; il faudra bien qu'ils suspendent leur commerce, si personne ne leur achète leurs marchandises.
105) D. De qui se compose la population dans les colonies?
R. De fermiers, laboureurs ou planteurs.
106) D. Laisseront -ils pourrir les produits de leurs terres?
R. Non. Mais ils ne cultiveront plus autant. Ils fabriqueront plus et laboureront moins.
107) D. Voudront-ils vivre sans justice civile et supporter tous les inconvénients d'une telle situation pendant un temps considérable plutôt que d'employer du papier timbré, en supposant, toutefois, que la distribution de ce papier soit protégée par une force suffisante et qu'on puisse s'en procurer?
R. Je regarde cette supposition comme inadmissible. Il est impossible d'organiser la distribution de façon à ce que chacun puisse se procurer des timbres. L'acte porte que des sous-distributeurs seront établis dans les villes, districts
et villages de chaque province, et cela serait nécessaire. Mais les distributeurs principaux , qui devaient avoir un bénéfice considérable, n'ont pas jugé que cette fonction valût la peine d'être continuée. Je regarde comme impossible de trouver des sous-distributeurs solvables qui, pour un chétif bénéfice, voudront braver les haines et courir les dangers que cet emploi leur attirera. Parvînt-on à en trouver, il me paraîtrait impraticable de protéger les papiers timbrés sur tant de points éloignés et reculés.
108) D. Mais dans les lieux où ils pourraient être protégés, le peuple n'aimerait-il pas mieux en faire usage que de se condamner à ne faire valoir aucun de ses droits et à ne pouvoir recouvrer en justice aucune dette?
R. Il est difficile de dire ce qu'on ferait. Je ne puis juger de ce que les autres penseraient et feraient que par ce que je sens. J'ai beaucoup de créances en Amérique, j'aimerais mieux n'en jamais poursuivre le recouvrement en justice que de me soumettre à l'acte du timbre. Ce seront des dettes d'honneur. Mon opinion est que l'on demeurerait dans cet état, ou que l'on trouverait quelque moyen de s'en tirer, peut-être par un accord universel de procéder en justice sans papier timbré.
109) D. A quel chiffre évaluez-vous la force militaire nécessaire pour protéger la distribution du papier timbré dans toute l'Amérique ?
R. Il faudrait beaucoup de monde. Je ne saurais dire combien, si l'Amérique songeait à une résistance générale.
110) D. Combien y a-t-il en Amérique d'hommes capables de porter les armes ou de milice disciplinée?
R. Il y a, je suppose, au moins
(On s'opposa à cette question. Franklin se retira. Il fut ensuite rappelé.)
111) D. Le droit de timbre en Amérique serait-il un impôt qui pèserait également sur tout le pays?
R. Je ne le pense pas.
112) D. Pourquoi?
R. La plus grande partie de son produit viendrait des poursuites pour recouvrement de dettes et serait payée par ceux qui sont trop pauvres pour acquitter leurs dettes avec facilité. Ce serait donc une lourde taxe sur le pauvre et une taxe qui le frapperait précisément parce qu'il est pauvre.
113) D. Mais cette augmentation de frais ne serait-elle pas un moyen de diminuer le nombre des procès?
R. Je ne crois pas; car tous les frais retombant sur le débiteur et étant payés par lui, cela ne découragerait pas le créancier d'intenter son action.
114) D. Cela n'aurait-il pas le même résultat qu'une usure excessive?
R. Oui, comme oppression du débiteur.
115) D. Dans l'Amérique du Nord, combien y a-t-il annuellement de bâtiments chargés de graine de lin pour l'Irlande?
R. Je ne puis dire le nombre de bâtiments; mais je sais qu'en 1752 dix mille barils de graine de lin, contenant chacun sept boisseaux, ont été exportés de Philadelphie pour l'Irlande. Je suppose que cette quantité s'est beaucoup accrue depuis ce temps, et on sait que l'exportation de New-York est égale à celle de Philadelphie.
116) D. Que devient le lin qui produit cette graine?
R. On l'emploie a fabriquer des toiles communes ou de qualité moyenne.
117) D. Y a-t-il des moulins à scies en Amérique?
R. Je crois qu'il y en a trois, mais qu'un seul marche maintenant. Je suppose qu'ils seront tous employés si l'interruption du commerce se prolonge.
118) D. Y a-t-il des moulins à foulon? R. Beaucoup.
119) D. N'avez-vous pas su que, pendant la guerre, il a été passé, des marchés pour une grande quantité de bas à
l'usage de l'armée, et que ces bas ont été fabriqués à Philadelphie?
R. Je l'ai ouï dire.
120) D. Si l'acte du timbre était révoqué, les Américains ne s'imagineraient-ils pas qu'ils peuvent obliger le Parlement à révoquer tous les impôts extérieurs en vigueur maintenant?
R. Il est difficile de dire ce que penseront des gens qui vivent à une si grande distance.
121) D. Mais à quel motif supposez-vous qu'ils attribueront le rappel de l'acte?
R. Je suppose qu'ils penseront qu'on l'a révoqué par conviction de ses inconvénients, et ils compteront que, tant que les mêmes inconvénients subsisteront, vous n'essayerez point d'en établir un second.
122) D. Qu'entendez-vous par ces inconvénients?
R. J'entends par là plusieurs choses : la pauvreté et l'impuissance de ceux qui auraient à payer l'impôt; le mécontentement général qu'il occasionerait, et l'impossibilité de le lever.
123) D. Si l'acte était rappelé, et que le Parlement témoignât son ressentiment aux opposants, les colonies acquiesceraient -elles à l'autorité du Parlement? Que croyez-vous qu'elles feraient?
R. Je ne doute nullement que si le Parlement rapporte l'acte du timbre les colonies reconnaîtront son autorité.
124) D. Mais si le Parlement jugeait à propos de constater son droit par une loi qui imposerait une taxe légère contrairement à l'opinion des colonies , se soumettraientelles à la payer?
R. L'attitude des Américains a été jugée trop en gros. La conduite des assemblées a été très-différente de celle de la foule, et il les faut distinguer, car elles n'ont ensemble aucun rapport. Les assemblées se sont bornées à déclarer paisiblement ce qu'elles regardent comme étant leur droit.
Elles n'ont pris aucune mesure pour résister; elles n'ont Pas bâti un fort, pas levé un homme , pas fait une provision. Selon elles, les chefs d'émeutes doivent être punis, elles-mêmes les puniraient si elles le pouvaient. Tout homme sérieux et sensé désire le châtiment des émeutiers, puisque autrement il n'y a pour les gens paisibles aucune sûreté ni dans leur personne ni dans leurs biens. Mais quant à un impôt intérieur, si faible qu'il soit, qui serait mis sur les Américains parle Parlement d'Angleterre où ils ne sont pas représentés, je pense qu'on ne s'y soumettra jamais; on résistera jusqu'au bout. Les Américains ne voient aucune nécessité à ce que vous leviez sur eux de l'argent par vos impôts; car ils sont et ont toujours été prêts à s'imposer eux-mêmes, et à fournir, suivant leurs moyens, de larges subsides, sur la réquisition de la couronne.
Non-seulement ils ont contribué suivant leurs moyens, mais encore, pendant la dernière guerre, ils ont été bien au delà ; ils ont payé plusieurs centaines de mille livres outre leur part contributive, ainsi que vous-mêmes en avez jugé. Ces subsides, ils les ont accordés librement et de suite, sur la simple promesse que le secrétaire d'État recommanderait au Parlement de les indemniser. Cette recommandation a été faite au Parlement de la manière la plus honorable pour eux,
Dans vos journaux, dans vos pamphlets, dans vos harangues l'Amérique a été injuriée ; on Pa représentée comme ingrate, déraisonnable, injuste; on a dit qu'elle avait entraîné votre nation dans des dépenses énormes pour sa défense, et que maintenant elle refusait de rien payer. Pendant la dernière guerre, les colonies ont levé, payé, habillé près de vingt-cinq mille hommes, nombre égal à celui des troupes envoyées d'Angleterre, et bien supérieur à celui que l'Amérique devait fournir. En faisant cela les colonies se sont fortement endettées, et pour payer cette dette, tous leurs
impôts et tous leurs biens sont engagés pour plusieurs années.
Le gouvernement a paru au début très-sensible à ce dé voûment. Les colonies ont été recommandées au Parlement. Chaque année, le roi a envoyé à la chambre un message exprimant : « que Sa Majesté avait été vivement touchée du zèle et de l'énergie déployés par ses fidèles sujets de l'Amérique du Nord pour la défense des justes droits et des possessions de Sa Majesté ; qu'elle recommandait à la chambre de prendre ceci en considération , et de la mettre en état de les dédommager convenablement ». Vous trouverez ces messages dans vos procès-verbaux, à chaque année & la dernière guerre; et il a été, en conséquence, accordé annuellement deux cent mille livres à la Couronne pour être distribuées en indemnité aux colonies.
Voilà certes la plus forte preuve que, loin d'avoir refusé de supporter leur part du fardeau, les colonies ont dépassé leur contingent. Si elles avaient fait moins, ou si elles n'avaient rien fait de plus que leur devoir, il n'y aurait eu ni occasion ni motif de les indemniser. A la vérité les remboursements n'ont pas égalé l'excédant de leurs dépenses, mais elles n'en n'ont jamais murmuré : elles ont pensé que la royale approbation donnée à leur zèle et à leur fidélité et l'approbation de cette chambre étaient choses plus précieuses que la plus riche indemnité. Il n'était donc pas besoin de cet acte du timbre pour arracher de l'argent à un peuple qui en donne volontiers. On n'a point refusé de donner de l'argent pour subvenir aux besoins qui ont provoqué cet acte ; aucune réquisition n'a été faite ; les colons se sont toujours montrés disposés et prêts à faire tout ce que l'on pouvait raisonnablement attendre d'eux; c'est sous ce jour qu'ils désirent être considérés.
125. D. Mais supposez que la Grand-Bretagne fût engagée dans une guerre européenne, l'Amérique du Nord contribuerait-elle à la soutenir?
R. Je crois qu'elle y contribuerait autant que le permettraient ses moyens. Elle se considère comme une part de l'empire britannique, et comme unie à lui par un commun intérêt. Ici on peut regarder les Américains comme des étrangers, mais, eux, ils ne se considèrent points comme tels. Ils sont zélés pour l'honneur et la prospérité de ce pays, et tant qu'on en usera bien avec eux, ils seront toujours prêts à vous aider suivant leur faibles forces. En 1739, on leur a demandé de concourir à l'expédition contre Garthagène, ils ont envoyé trois mille hommes à votre armée. Il est vrai que Garthagène est en Amérique, mais elle est aussi loin des colonies du nord que si elle était en Europe. Ils ne distinguent point entre les diverses guerres, quant au devoir qu'ils ont de vous y assister.
Je sais que l'on parle ici de la dernière guerre, comme si elle avait été entreprise pour la défense, ou dans l'intérêt de l'Amérique. Selon moi, c'est une erreur complète. La guerre a commencé à l'occasion des limites du Canada et de la Nouvelle-Ecosse, pour des territoires sur lesquels, à la vérité, la couronne élevait des prétentions, mais qui n'étaient réclamés par aucune des colonies anglaises; aucune de ces terres n'avait été concédée à un colon ; nous n'avions donc aucun intérêt particulier dans cette querelle. Quant à i'Ohio, les différends ont commencé à propos de votre droifc de commerce en pays indien , droit que le traité d'Utrecht vous avait reconnu et que les Français ont violé. Ils avaient saisi les trafiquants et leurs marchandises qui venaient de vos manufactures; ils avaient pris un fort qu'une compagnie de vos marchands et leurs facteurs et correspondants y avaient construit pour la sûreté de la traite. Braddock fut envoyé avec une armée pour reprendre ce fort (dont la prise avait été regardée ici comme un nouvel envahissement du territoire du roi,) et pour protéger votre commerce. Ce ne fut qu'après la défaite de ce général qu'il y eut une attaque contre les colonies; jusque là
elles étaient restées en pleine paix tant avec les Français qu'avec les Indiens. Ce n'était donc pas pour leur défense aue vous aviez envoyé des troupes.
Le trafic avec les Indiens, quoiqu'il se fasse en Amérique, n'est pas un intérêt américain. Les Américains sont surtout fermiers ou planteurs; rien de ce qu'ils cultivent ou produisent ne fournit un article de négoce avec les Indiens. Le trafic indien est un intérêt anglais; il se fait avec des produits anglais, au profit des marchands et des fabricants anglais. Ainsi donc la guerre commencée pour la défense des terres de la couronne qui ne sont la propriété d'aucun Américain, et pour la défense d'un commerce purement anglais, a été réellement une guerre anglaise. Et cependant le peuple d'Amérique n'a pas fait difficulté de contribuer de tout son pouvoir à la soutenir et à l'amener à une heureuse conclusion.
126) D. Pensez-vous donc que la prise de possession d'un territoire au nom du roi et la garantie des frontières ne soient pas un intérêt américain?
R. Non ce n'est pas un intérêt particulier à l'Amérique, c'est un intérêt commun à l'Angleterre et à l'Amérique.
127) D. Vous ne nierez pas que la guerre avec l'Espagne n'ait été entreprise à cause de l'Amérique. N'a-t-elle pas été amenée par des prises faites dans les mers d'Amérique?
R, Oui, par des prises de bâtiments faisant le commerce anglais avec les produits des fabriques anglaises.
128) D. La dernière guerre avec les Indiens depuis la paix faite avec la France, n'a-t-elle pas été uniquement faite pour l'Amérique?
R. Oui, plus que la précédente. Mais ce n'était qu'une suite et un reste de la première guerre, les Indiens n'ayant pas été complètement pacifiés ; du reste les Américains en ont supporté presque tous les frais. Elle a été terminée par l'armée du général Bouquet; dans cette armée il n'y avait
pas plus de trois cents hommes de troupes réglées, tandis qu'on y comptait plus de mille Pensylvaniens.
129) D. N'est-il pas nécessaire d'envoyer des troupes en Amérique pour défendre les Américains contre les Indiens?
R. Non, en aucune façon, cela n'a jamais été nécessaire. Les colons se sont défendus eux-mêmes lorsqu'ils n'étaient qu'une poigée d'hommes, et que les Indiens étaient beaucoup plus nombreux. Ils ont continuellement gagné du terrain, et repoussé les Indiens par delà les montagnes, sans que l'Angleterre ait envoyé un soldat à leur secours. Peuton croire qu'il soit nécessaire d'envoyer maintenant des troupes pour les défendre contre ces tribus affaiblies, lorsque les colonies sont devenues si populeuses et si fortes? Il n'y a pas la moindre raison d'envoyer des troupes; les Américains sont en état de se défendre eux-mêmes.
130) D. Ne venez-vous pas de dire qu'il n'y eut pas plus de trois cents hommes de troupes régulières employées dans la dernière guerre contre les Indiens?
R. Pas davantage sur l'Ohio ou sur les frontières de Pensylvanie, théâtre principal de la guerre qui intéressait les colonies. Il y avait des garnisons à Niagara, au fort Détroit, et dans ces postes lointains qui sont établis pour assurer votre trafic ; je ne les ai pas comptées, mais je crois que, tout calculé, le nombre des Américains, ou des milices provinciales, employés dans la guerre, surpassait celui des troupes régulières. Je n'en suis pas certain, mais je le présume.
131) D. Pensez-vous que les assemblées aient droit de lever de l'argent sur le peuple et d'accorder cet argent à la couronne?
R. Sans doute, je le pense ; elles l'ont toujours fait.
132) D. Connaissent-elles la déclaration des droits '? Ne
1. Bill des droits de 1689; c'est la charte constitutionnelle des libertés anglaises.
savent-elles pas que, par ce statut, aucune somme ne peut être levée sur les sujets sans le consentement du Parlement?
R. Elles savent cela parfaitement.
133) D. Comment donc peuvent-elles se croire le droit de lever de l'argent pour la couronne ou pour tout autre objet qu'un intérêt purement local?
R. Elles entendent cette clause, en ce sens qu'elle ne concerne que les sujets vivant dans le royaume; c'est sur eux qu'on ne peut lever d'argent pour la couronne sans le consentement du Parlement. Les colonies ne sont pas censées être dans le royaume. Elles ont leurs assemblées particulières, qui sont leurs parlements, et à cet égard elles sont dans la même situation que l'Irlande. Quand il y a lieu de lever de l'argent pour la couronne sur les sujets d'Irlande, ou sur ceux des colonies, c'est au Parlement d'Irlande, ou aux assemblées coloniales, qu'il appartient de consentir à l'impôt. Les Américains pensent que le parlement de la Grande-Bretagne ne peut régulièrement donner ce consentement tant qu'il n'aura pas dans son sein des représentants de l'Amérique, car le bill des droits dit en termes exprès qu'il faut le commun consentement du parlement. Or, le peuple d'Amérique n'y a pas de représentants pour concourir à ce commun consentement.
134) D. Si l'acte du timbre était révoqué, et que l'on passât un acte enjoignant aux assemblées des colonies d'indemniser ceux qui ont souffert dans les émeutes, obéiraient-elles?
R. C'est une question à laquelle je ne puis pas répondre.
135) D. En supposant que le roi demandât aux colonies de voter un revenu, et que le Parlement s'y opposât, pensez-vous qu'elles puissent accorder au roi un revenu, sans le consentement du parlement de la Grande-Bretagne?
R. C'est une grosse question. Dans mon opinion person-
nelle, je me croirais libre de le faire, et je le ferais si l'occasion le demandait.
136) D. Lorsque de l'argent a été levé dans les colonies, sur réquisition, n'est-ce pas au roi qu'il a été accordé?
R. Oui, toujours. Mais les réquisitions ont ordinairement été faites pour un service indiqué, par exemple, pour lever, habiller et solder des troupes; on ne demande pas simplement de l'argent.
137) D. Si l'on passait un acte requérant les assemblées américaines d'indemniser ceux qui ont souffert, et qu'elles y désobéissent, et si alors le Parlement, par un autre acte, imposait une taxe intérieure, obéirait-on?
R. On ne payera aucune taxe intérieure, et je crois fort peu nécessaire un acte qui obligerait les assemblées à accorder une indemnité. Je suis convaincu qu'aussitôt l'effervescence actuelle tombée , elles prendront cet objet en considération, et si la mesure est juste, elles y pourvoieront d'elles-mêmes.
138) D. N'arrive- t-il pas souvent au bureau des postes d'Amérique des lettres adressées à quelques villes de l'intérieur où la poste ne va pas?
R. Oui.
139) D. Tout particulier peut-il se charger de ces lettres et les porter à destination?
R. Oui. Tout ami peut le faire en payant les frais de port.
140) D. Mais ne faut-il pas qu'il paye un supplément des frais de port, pour la distance à parcourir jusqu'à la ville de l'intérieur?
R. Non.
141) D. Le maître de poste peut-il délivrer la lettre sans se faire payer ce supplément de port?
R. Certainement; il ne peut rien demander là où il ne rend aucun service.
142) D. Supposez une personne éloignée de chez elle,
qui trouve dans un bureau de poste une lettre à son adresse. Cette personne vit dans un endroit où la poste a l'habitude d'aller, et c'est à cet endroit que la lettre est adressée ; le maître de poste lui délivre ra-t-il la lettre sans se faire payer le port, qu'il doit recevoir au lieu de destination?
R. Oui. Le bureau ne peut demander le prix d'une lettre qu'il ne transporte pas, ni exiger le prix pour une distance qu'il n'a pas parcourue.
143) D. Les maîtres des bacs ne sont-ils pas obligés, en Amérique, par acte du Parlement, de passer la poste sans rétribution?
R. Oui.
144) D. Cela n'est-il pas un impôt mis sur ces passeurs? R. Ils n'en jugent point ainsi, parce qu'ils sont payés
par les personnes qui voyagent avec la poste.
145) D. Si l'acte du timrbe était révoqué et que la couronne fit aux colonies une réquisition d'argent, l'accorderaient-elles?
R. Je crois que oui.
146) D. Sur quoi fondez-vous cette opinion?
R. Je puis parler pour la colonie que j'habite; j'ai reçu pour instruction de l'assemblée d'assurer le ministère qu'elle s'est toujours fait et se fera toujours un devoir de fournir à la couronne tous les subsides proportionnés à sa situation et à ses moyens, toutes les fois que la demande lui en sera adressée suivant les usages constitutionnels, et j'ai eu l'honneur de communiquer cette instruction à l'honorable personnage qui était alors ministre '.
147) D. Ferait-on cela pour un intérêt anglais, et, par exemple , pour une guerre européenne qui ne toucherait pas l'Amérique ?
R. Oui, pour tout ce qui concernerait l'intérêt général.