‹ Correspondance (volume 4)Chapitre 6 sur 115 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

mit de filer deux fils à la fois *, et prophétise ainsi l'invention d'Àrkwright; mais, ce qu'il ne faut jamais oublier, c'est que si Franklin ne voit en toutes choses que l'utilité, il entend par là, non pas ce qui ui est personnellement commode ou agréable, nais ce qui peut servir à tous les hommes et les affranchir du besoin. Ce qu'il poursuit, c'est le bienêtre universel; ce qu'il désire, c'est du travail et du pain pour tous. S'il ne comprend pas le luxe de la civilisation, c'est que pour lui le nécessaire manque encore ; il court au plus pressé.

Au reste, il n'est guère besoin de cette apologie. On ne peut pas demander à un homme de réunir en lui toutes les qualités, tous les talents, tous les goûts ; ce qu'on peut demander à chacun de nous, c'est de tirer le meilleur parti des facultés que Dieu lui a données, et de les faire servir à son bien propre et au bien commun. Jugé à cette mesure, Franklin n'a rien à craindre. Sur ce théâtre du monde où Ton ne choisit pas les rôles, il a toujours accepté résolument ceux que la fortune lui a donnés, et personne ne les a joués avec plus de bon sens, de finesse et d'énergie. Aussi, plus on connaît Franklin, plus on se plaît dans son commerce. Auprès de

\. Parton, Life of Franklin, I, p. 547.

Page 1