PRÉFACE. VII
lui on apprend à chérir le travail et l'économie, à se respecter soi-même, à aimer les hommes, à les aider, à défendre la liberté, à servir la patrie, toutes choses qui font le prix de la vie et la substance même des enseignements de l'antiquité. Si Franklin n'a pas assez lu les Grecs, du moins ressemble-t-il à Socrate par sa finesse et son ironie, et peut-on le placer, sans trop de défaveur, parmi les maîtres de la vie humaine. Personne n'a été plus sensé avec plus d'esprit, ni plus habile avec plus de patriotisme et d'honnêteté.
A partir de la fin de l'année 1776, la Correspondance de Franklin a pour nous Français un attrait particulier ; c'est dans notre pays que le plus grand nombre de ces lettres a été écrit; elles sont une part de notre histoire. Non-seulement Franklin nous fait vivre au milieu de l'aimable et généreuse société du dix-huitièuie siècle, mais il nous fait assister aux négociations qui ont affranchi l'Amérique, grâce au concours de la France. C'est là peut-être la plus belle page de nos annales. En aucun temps, sous aucun prince, il n'y a eu chez nous de guerre plus noble et plus désintéressée que celle que Louis XVI lit aux Anglais, pour leur arracher l'indépendance des États-Unis, et venger les humiliations du règne de Louis XV. Les conditions de la paix font autant