M. Hewson, qu'elle épousa l'année suivante
habile homme, puisqu'il pense comme nous. Ne soyez pas trop surpris, ni vous, ni ma mère, si quelque jour je m'en fuis avec ce jeune homme. Ce serait sans doute un pas bien risqué, à l'âge raisonnable de trente ans, mais on ne peut pas dire ce qu'on ferait si on était sollicitée par un homme insinuant et bon, alors même qu'il, serait un peu trop jeune, et ne serait pas encore établi dans sa profession. Il m'a parlé de tant de choses, et je l'ai trouvé si bien, que je crois nécessaire de vous donner cet avertissement, quoique, je vous l'assure, il ne m'ait pas fait de propositions. Comme je bavarde! La faute en est sans doute à ma nouvelle connaissance, ou à la joie d'apprendre que mon vieil ami est revenu dans ce pays. Je sais quel est le coupable, car je sais quand sa gaieté m'a animée, mais vous pouvez penser ce qui vous plaira; croyez-moi seulement, cher monsieur, votre très-affectionnée et très-humble servante. Mary Stevenson.
A MISS MARY STEVENSON
Samedi soir3 2 septembre 1769.
Rentré à la maison, après un repas de chasse où j'ai bu plus que ne doit le faire un philosophe, je trouve l'aimable babil de ma chère Poily, qui m'égaye plus que tout le vin.
Votre bonne mère dit qu il- n'y a pas lieu à mon intercession. Elle sent qu'elle est plus en faute que sa fille. Elle a reçu de vous une lettre affectueuse et tendre, elle n'y a pas répondu, quoiqu'elle eût l'intention de le faire; mais sa tête, non son cœur, était en mauvais état et ne lui permettait pas d'écrire. Elle avoue qu'elle n'est pas sujette aussi fidèle que vous ; elle tient moins à payer le tribut à César, et a moins d'horreur pour la contrebande, mais cq n'est pas, dit-elle, égoïsme ou avarice, c'est ula horrible éïoignement pour le gaspillage de ces impôts en pensiors
salaires, casuel, fournitures et autres avantages qu'on donne à des gens qu'elle n'aime pas, et qui ne méritent pas ces faveurs parce que — je suppose — ils ne sont pas de son parti.
Présentez mes respects à votre excellent hôte et à toute sa famille. J'honore leur consciencieuse aversion pour un commerce illicite. Il y a dans ce monde des gens qui ne feraient point de tort à leur prochain, mais qui ne se feront aucun scrupule de frauder le roi. Le contraire, heureusement, n'est pas vrai ; celui qui se fait scrupule de frauder le roi ne fera certainement pas de tort à son prochain.
Ne souhaitez pas d'être une enthousiaste. Les enthousiastes ont sans doute des joies et des plaisirs imaginaires, mais ceux-ci sont souvent balancés par des peines et des contrariétés imaginaires. Continuez d'être une bonne fille, et fondez là-dessus votre espoir du bonheur à venir, sans regretter un sentiment qui, peut-être, est nécessaire à d'autres. Les gens qui ont un bon instinct naturel n'ont pas besoin de raison pour se conduire, et ceux qui ont de la raison n'ont pas besoin d'enthousiasme. Cependant il y a dans la vie certaines circonstances où peut-être vaut-il mieux ne pas écouter la raison. Par exemple, si on savait la vérité, peut-être devrais-je être jaloux de ce jeune médecin, si beau et si insinuant, mais comme ma vanité est plus flattée de la supposition que c'est mon retour qui vous a animée, et que cette supposition me donne plus de plaisir, je ferme l'oreille à la raison, comme je l'ai fait avec succès en vingt autres occasions. Mais je suis sûr que vous me donnerez toujours assez de raisons pour que je continue d'être votre ami dévoué. B. F.
P. S. Amitiés à mistriss Tickell. Nous soupirons après votre retour. Votre Dolly se portait ïfien mardi dernier, les enfants étaient allés la voir à Bromley. Adieu. Je n'ai pas le temps de vous rien dire de mon voyage en France.