‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 18 sur 86 · Natural philosophy est le nom qu'on donne aux sciences en · texte numérisé non relu

Natural philosophy est le nom qu'on donne aux sciences en

anglais.

A LORD KAMES

Projet d un traité sur VArt de la vertu.

Londres^ 8 mai 1760.

Mon cher lord ,

J^ai essayé de vous obéir en écrivant quelque chose sur la situation présente de nos affaires en Amérique, afin de donner, sur l'intérêt anglais engagé dans les colonies, des idées plus justes que celles que je trouve chez beaucoup d'hommes intelligents. Vous trouverez ci-inclus cette brochure* ; je désire qu'elle puisse servir au public. J'espère au moins que vous voudrez bien la considérer comme une lettre écrite pour vous, et que sa longueur sera mon excuse pour son long retard.

Je lis en ce moment avec grand plaisir et profit votre excellent ouvrage sur les Principes d^ équité*. Il sera de la plus grande utilité pour les juges de nos colonies, nonseulement là où il y a des cours de chancellerie, mais là aussi où ces cours n'existant pas, le juge est obligé de mêler V équité et la common law. Il rendra d'autant plus de services aux juges coloniaux, que peu d'entre eux ont reçu Une éducation légale. J'en ai envoyé un exemplaire à un de mes amis, un des juges de la cour suprême en Peusylvanie.

Je vous enverrai prochainement une copie du Chapitre*

1. Cest probablement le pamphlet intitulé : L'Intérêt de la Grande-Bretagne considéré^ pamphlet imprimé en 1760.

2. Les Anglais ont deux sources de droit, la coutume^ ou com^ mon laiD, et Téquité qui repose sur les préeédents et la jurisprudence.

3. Sous ce nom de Chapitre (de la Bible), Franklin entend sa Parabole de Vamour fraternel qu'on trouvera dans les Eisais de morale et de politique.

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1. Ce liTre n*â jamais été bit. Toyei à oe soôcst les Mimoin^ pages 169 et siiiv.

DE B£NJAinN FBANJUJN. 33

comme il faut de tous les outils du métier. C'est ainsi que , régulièrement et par degrés, on arrive, par la pratique, à quelque perfection dans Fart. Si l'on ne procède pas ainsi, on rencontre des difficultés qui découragent et îont abandonner la profession.

Mon Art de la vertu a aussi ses outils et enseigne la manière de s'en servir. On enseigne aux chrétiens à avoir la foi en Christ, comme le moyen effectif d'obtenir la conversion qu'ils désirent. Quand la foi est forte, ce moyen peut réussir à beaucoup de gens. La conviction qu'un maître est infiniment sage, bon et puissant, qu'il récompensera certainement l'obéissance, qu'il punira sûrement la désobéissance, cette conviction doit donner un grand poids aux préceptes du maître et y attacher des disciples. Mais il en est plus d'un qui a cette foi à un degré si faible qu'elle ne produit point d'effet. Notre Art de la vertu sera donc d'une grande utilité à ceux dont malheureusement la foi n'est pas assez forte ; il viendra en aide à leur faiblesse. Ceux qui ont de bonnes dispositions naturelles et qui ont été si soigneusement élevés que de bonne heure ils ont pris de bonnes habitudes, et qu'ils n'en ont point contracté de mauvaises, ont moins besoin de cet art; mais tous pourront en profiter plus ou moins. Bref, il se prêtera à l'usage universel.

VJ^magine que ce que j'écris vous paraîtra d'une grande présomption^^Je dois donc me hâter de finir ce petit morceau, afin de vous communiquer le manuscrit, pour que vous puissiez juger si mes prétentions sont justifiables. Vespère en même temps que vous aurez la bonté de me faire profiter de vos correctionsN Je suis, etc. B.F.

Zk CX)RREâPONDAKCE

▲ MI3i$ MARY STBVENSON.

Manière de lire.

Cravea Street^ 16 mai 1760.

J^envoie à ma bonne fille les livres dont je lui ai parle hier soir. Je la prie de les accepter comme une faible marque de mon estime et de mon amitié. Ils sont écrits de ce style familier et aisé pour lequel les Français sont si remarquables; ils renferment un bon nombre de vérités philosophiques et morales, sans avoir cette sécheresse mathématique qu'affectent des logiciens plus exacts, mais qui ne peut que décourager de jeunes commençants.

Je vous conseille de lire la plume à la main, et d'inscrire sur un petit livre l'indication de ce que vous trouverez de curieux ou d'utile. C'est la meilleure manière de graver ces détails dans votre mémoire, où vous les retrouverez, soit pour vous guid^sr dans votre conduite, si ce sont des vérités utiles, soit pour servir d'ornement à votre conversation, si ce sont des objets de pure curiosité. Gomme il y a des termes scientifiques que vous n'avez point encore rencontrés dans vos lectures habituelles, et qui par conséquent sont nouveaux pour vous, je pense qu'il vous serait utile d'avoir sous la main un bon dictionnaire que vous consulterez chaque fois que vous rencontrerez un mot dont le sens précis vous échappe. Cette recherche vous paraîtra peut-être ennuyeuse et fatigante, mais c'est un ennui qui diminuera chaque jour, parce que chaque jour vous aurez de moins en moins besoin de votre dictionnaire, à mesure que les termes vous deviendront plus familiers, et en môme temps vos lectures vous offriront plus d'agrément, parce que vous les entendrez mieux.

S'il se présente quelque point sur lequel vous désiriez de plus amples éclaircissements que ceux que vous fournit

votre livre, ne craignez pas de m*importaner en me soumettant vos doutes. Vous répondre sera pour moi un plaisir et non un ennui. Si mon petit fonds de science ne me permet pas de vous satisfaire, il me sera toujours facile de vous indiquer les livres où vous pourrez trouver ce que vous cherchez. Adieu, croyez-moi toujours, ma chère amie, votre affectionné, B. F.

 MISTRISS DEBORAH FRANKLIN

Dédain de la calomnie. — Écoles pour les nègres»

David Edwards.

Londres, 27 juin 1760.

Ma chère enfant,

Se vous ai écrit une ligne par le paquehot pour vous faire savoir que nous allions bien ; je vous ai promis de vous écrire longuement j)arle capitaine Budden, et de répondre à toutes vo§.iettres; c'est ce que je fais en ce moment. Je sm^J&^é que les vains rapports qu'on fait sur mon coxupfe vous aient causé autant d'ennui. Soyez sûre, ma ^re, que tant que je serai en vie, et que Dieu m'octrotéra sa protection, je ne ferai rien qui soit indigne du caractère d'un homme honnête et qui aime sa famille '.

Je n'ai pas encore vu M. Batty, et ne sais où lui écrire;

1. Plus tard; dans une situation semblable, il écrivait à sa femme : < Ne vous laissez pas affecter par leurs vains ou malicieux griffonnages, ayez le cœur léger et jouissez de vous-même, de vos amis, et du bien-être que Dieu vous a donné. Je suis charmé que leurs pamphlets vous inquiètent si peu. Quant à présent, je ne leur fais pas d'autre réponse que la devise de ce cachet. » La lettre porte pour cachet une colombe placée sur un serpent tourné sur lui-même, qui lève la tête et darde sa langue. Autour des figures est la devise française : Innocence fiu.TtMQ«vib^

c'est d'Irlande qu'il m'a envoyé votre lettre. Le paragraphe de celle-ci, qu'on a inséré dans les journaux, concernait les écoles nègres. Je l'avais communiquée aux gens qu'elle intéressait, puisque c'était un témoignage en faveur de leur pieux dessein. Mais je ne m'attendais pas à ce qu'on l'imprimât avec votre nom. Depuis ils m'ont mis dans leur société, et je suis président de la présente année. Je vous envoie ci-inclus un de leurs comptes rendus *.

Je n'ai pas reçu la Vue de Québec que vous annoncez m'avoir envoyée. Pierre* est toujours avec moi, etse conduit aussi bien qu'on peut l'espérer en un pays où il y a mainte occasion de gâter les domestiques, s'ils valent quelque chose. Il a aussi peu de défauts que la plupart de ses confrères ; je ne vois que d'un œil, je n'entends que d'une oreille, et de bette façon nous n'allons pas trop mal ensemble. King', dont vous me demandez des nouvelles, n'est plus avec nous. Il s'est enfui de la maison, il y a près de deux ans, alors que nous étions absents de la ville; on l'a bientôt retrouvé dans le Suffolk, au service d'une dame qui tenait à se donner le mérite d'en faire un chrétien et de contribuer à son éducation. Comme il ne nous servait guère et qu'il nous faisait de mauvais tours, Billy a consenti à ce que la dame le gardât durant notre séjour en Angleterre. La dame l'a envoyé à l'école, lui a fait apprendre à lire, à écrire, à jouer du violon et du cor, avec quelques autres talents plus utiles chez un domestique. Se décidera-t-elle à s'en séparer, ou persuadera-t-elle à Billy

1. 11 s'agissait d'une œuvre de charité, ayant pour objet la conversion des nègres. Le docteur Thomas Bray était le fondateur de rassociation, les ressources de la société venaient surtout d'un legs laissé par M. d'AUone à la Haye. De Bray était mort en 1730, mais l'œuvre continuait sous le titre de : Les Associés du docteur Bray,

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