‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 17 sur 86 · Jared Sparks, Life of Franklin, p · texte numérisé non relu

Jared Sparks, Life of Franklin, p

À LORD KAMES

Remarqws politique$ et prédidiom sur l'Amérique. Le portrait de William Penn. — Souvenir» d'Écoise,

Londres^ ]) janvier 1760.

Mon cher lord,

Vous ayez eu la bonté de désirer avoir toutes mes pU' blications. J'espérais en obtenir quelques-unes d'un ami à qui je les avais envoyées d'Amérique, et je tardais à vous écrire jusque-là. Mais enfin cet ami me fait dire qu'il ne peut pas les retrouver. Il est mortifiant ppur un auteur que ses œuvres soient aussitôt perdues 1 Je ne puis donc vous envoyer ^e mes Observations sur la wlonisation^ qui ont été réimprimées ici, la Description de la cheminée pensylvaniennej machine de mon invention, et quelques petits essais qui ont été imprimés dans le Grand Magasin, Je n'oserais pas les avouer, si je ne savais que votre amicale partialité vous les rendra supportables.

Qu'il est malheureux pour moi que je ne vous aie pas pressé davantage, vous et lady Kames, de nous faire l'honneur de nous accompagner un peu plus loin 1 Combien notre voyage aurait-il été plus agréable, si nous avions joui de votre société jusqu'à York! Nous aurions trompé l'ennui du chemin en causant de mille choses que peut-être nous n'aurons plus jamais occasion de considérer ensemble , car la conversation échauffe l'esprit, vivifie l'imagination, et fait à chaque instant lever un nouveau gibier, qu'on poursuit et qu'on prend aussitôt; tout cela ne se rencontre jamais dans la monotonie d'une correspondance. Aussi chaque fois que je réfléchis au plaisir et au profit que je retirais de cette franche communication de vos sentimentSf dans nos causeries à Kames, ou dans nos agréa-

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blés promenades le long de la Tweed, je me mets à regretter notre trop prompte séparation.

Personne ne peut se réjouir plus sincèrement que moi de la réduction du Canada. Ce n'est pas seulement comme ^ colon que je me rejouis, c'est encore comme Breton. Mon opinion est depuis longtemps que le9 fondement» de la grandeur future et de la aolidité de Pempire britannique^ eon^ en Amérique^Comm^ toutes les autres fondations, elles sont maintenant basses et petites, mais néammoins elles sont assez larges et assez fortes pour supporter le plus grand édifice politique que la sagesse humaine ait jamais élevé. Mon avis est donc qu'à aucun prix on ne doit rendre le Canada. Si nous le gardons , tout le pays qui s'étend du Saint-Laurent au Mississipi sera rempli de Bretons d'ici à un siècle. L'Angleterre elle-même deviendra beaucoup plus populeuse par l'immense accroissement de son commerce; l'Atlantique sera couvert de ses vaisseaux marchands, et votre puissance navale, dans un progrès continuel, étendra votre influence autour du globe entier et tiendra le monde en crainte. Si les Français restent au Canada, ils harasseront sans cesse nos colonies en y lançant les Indiens; s'ils ne peuvent en prévenir la croissance, an moins la retarderont-ils; vos progrès seront lents, et laisseront place à des accidents qui peuvent tout empêcher. Mais je m'arrête, car je vois que vous commencez à trouver mes idées extravagantes, «tque vous me regardez comme un prophète en délire*.

L'offre que Votre Seigneurie me fait du portrait de Penn est fort obligeante. Si c'était vraiment son portrait, ce

1. L'avenir a plus que justifié les prédictions do Franklin. De deux millions et demi d'hommes, les £tat)HUnis sont passés à trente et un millions , et leur marine en fait d^gà une des premières puissances du globe. Un siècle encore (et, à moins qu'ils no se partagent), c'est l'Europe entière qu'ils contre*baUnceront.

serait une curiosité trop précieuse pour que je songeasse à Paccepter. Je demanderais' seulement la faveur de le faire copier. Je désirerais connaître l'histoire de ce portrait ayant qu'il vint en vos mains, et les motifs qui vous font croire qu'il est bien l'image de Penn. J'ai quelques doutes en ce point: d'abord parce que les premiers quakers condamnaient les portraits comme une dépense vaine ; se faire peindre, c'était de l'orgueil; et je crois qu'aujourd'hui encore il y a fort peu de quakers qui fassent faire leur portrait. Ensuite, ce tableau est sur bois, et je ne crois pas que l'usage de peindre sur bois se soit maintenu jusqu'au temps de Penn , mais de ceci je ne suis point certain.

Mon autre raison est l'anecdote suivante que j'ai entendu conter. Quand le vieux lord Gobham ornait ses jardins de Stow avec des bustes de grands hommes, il demanda à la famille de Penn on portrait pour en tirer un buste, mais on ne put rien trouver. Ce fut alors qu'en apprenant le désir de lord Gobham, un vieil apothicaire quaker, Sylvanus Bevan, qui est célèbre pour sa facilité à saisir leâ ressemblances et le talent de sculpter en ivoire la figure des gens qu'il n'a vus qu'une seule fois, se mit à se remémorer le visage de Penn, qu'il avait bien connu, et tailla un petit buste en ivoire qu'il envoya à lord Gobham, sans y joindre ni lettre ni indication qui désignât le personnage. Mais mylord, qui avait connu Penn, s'écria aussitôt qu'il eut vu le buste : t D'où vient ceci? C'est William Penn en personne. » Et c'est d'après ce petit buste, dit-on, qu'a été fait le grand qu'on voit dans les jardins.

Je doute enfin si, à l'âge que Penn parait avoir dans ce portrait, on portait encore des favoris. Malgré tout, j'ai quelque espérance* que ce portrait peut être vrai, parce que je sais que des quakers éminents ont fait faire secrètement leur portrait et l'ont déposé chez des amis sûrs, et Je sais aussi qu^il y &k Philadelphie un très-bon portrait

de mfstrîss Penn, la dernière femme de William. Tayoue enfiu que j'ai un grand désir d'avoir le cœur net à ce sujet, et comme Bevan vit encore à Londres, ayec quelques vieux quakers qui se souviennent de Penn, lequel n'est mort qu'en 1718, je désirerais avoir leur opinion, et je vous prierais de m'envoyer par voie de terre ce portrait, soigneusement empaqueté; je ne voudrais pas le confier à la mer. Je payerai bien volontiers tous les frais, et si ce portrait est celui de Penn, je serai fort reconnaissant à Votre Seigneurie si elle me permet d'en prendre copie; j'aurai grand soin de lui retourner l'original.

Mon fils se joint à moi pour offrir ses plus respectueux compliments à vous et à lady Kames. Jusqu'à York, nous : n'avons parlé d'autre chose que de ce que nous avions va et appris en Ecosse, de nos plaisirs, de vos bontés, et combien ce pays avait dépassé notre attente^e puis dire que h temps que j'ai passé en Ecosse forme les six semaines du bonheur le plus dense que j'aie goûté dans ma vie. La société agréable et instruite que nous y avons rencontrée m'a fait une impression si agréable, que si de puissants liens ne me tiraient ailleurs, l'Ecosse serait, je crois, le pays que je choisirais pour y passer le reste de mes jours.^

J'ai l'honneur d'être, avec l'estime et l'affection la plus sincère, mon cher lord, etc. B. F.

A VISS ]f ART STEVENSON.

Craven Street, !•' mai 1760.

J'accepte avec joie la proposition que me fait ma chère amie de choisir un sujet pour notre future correspondance. Ce ne sera pas seulement une occasion d'avoir plus souvent de ses nouvelles, cela m'obligera à perfectionner mon

avoir afin d'être plus en état de l'aider elle-même à se perfectionner, f e crains seulement que mes affaires, mes voyages et rindolence d'un vieillard ne fassent de moi un correspondant trop peu ponctuel. En ce point, je réclame rindulgence\ Mais pourquoi, en cultivant votre esprit, vous rendre encore plus aimable et faire de vous une plus désirable compagne pour un homme intelligent, quand vous êtes résolue, dit-on, à vivre célibataire? Si, comme vous le proposez, nous parlons philosophie morale aussi bien que philosophie naturelle*, j'imagine que, lorsque j'aurai établi mon autorité comme professeur, je prendrai sur moi de vous faire un peu la leçon sur le chapitre du devoir.

Parlons sérieusement. Ce qui, je crois, sera la meilleure méthode, c'est que vous lisiez les livres que je vous recommanderai. Ce que vous ne saisirez pas bien dans vos lectures, ou ce que vous concevrez clairement et ce que vous lirez avec plaisir, vous fournira l'occasion de m'adresser des questions, ou amènera de votre part des observa* tiens qui me moatreront jusqu'à quel point vous êtes satisfaite de Fauteur; autant de sujets pour vos lettres et pour mes réponses.

Dites-moi donc quels livres vous avez déjà lus sur le sujet que vous avez choisi, afin que je puisse vous donner un bon conseil sur vos prochaines lectures. Et croyezmoi toujours, ma chère bonne fille, votre ami et serviteur affectionné, B. F.

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