‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 2 sur 86 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

tôt les yeux fixés sur ce représentant d'un monde inconnu. Ce fut lui, on peut le dire, qui apprit à nos pères ce qu'était rAmérique, et qui sut les inté* resser aux destinées de cet empire qui naissait de l'autre côté de l'Océan.

Durant dix années, Franklin fut en Europe Tavocat de la liberté. Son Examen devant la Chambre des communes, ses pamphlets ingénieux et mordants, traduits et répandus sur le continent, conquéraient l'opinion charmée, et habituaient l'Europe à l'idée d'une séparation entre l'Angleterre et ses colonies, séparation qui profiterait à la liberté du commerce et des mers. Pour être juste avec Franklin, il faut dire que cette séparation, il ne la voulait pas. Sans se faire d'illusion sur l'avenir, il croyait que dans l'intérêt de l'Angleterre et de l'Amérique il fallait éviter un brusque déchirement. Il comparait l'empire britannique à un vase de porcelaine, brillant mais fragile, et qu'on ne peut réparer s'il vient par hasard à se briser. En Angleterre» le parti ministériel le considéra toujours comme un ennemi, qui ne rêvait que révolte et sédition ; sa correspondance prouve combien ce soupçon étail injuste. Franklin voulait sincèrement l'union des deux pays, mais il la voulait à des conditions égales, il préférait la commune liberté à la séparation, et la

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séparation à la servitude. Son opinion était alors celle de toute rAmérique; mais, par malheur pour l'Angleterre, ce que le roi Georges et ses ministres comprenaient le moins, c'était l'obéissance raison» née d'un pays libre. Un peuple qui défend ses droits était à leurs yeux un peuple de rebelles ; il leur fallait non pas des citoyens, mais des contribuables et des valets. Furieux de rencontrer toujours Franklin devant eux, ils l'insultèrent et résolurent d'écraser les colonies : ils ne firent qu'assurer la gloire de l'homme et Tindépendance de l'Amérique.

Aujourd'hui -que les États-Unis prennent une si grande place dans le monde, l'histoire de leur origine a peut-être plus d'intérêt pour nous qu'elle n'en avait il y a un siècle. En lisant les lettres de Franklin on y trouvera les plus curieux renseignements, et on y apprendra en même temps que ce nouvel empire doit sa grandeur non pas à la fortune, mais à la sagesse, au talent et au courage de ses premiers fondateurs. C'est une leçon morale qui seule suffirait pour recommander la correspondance de Franklin.

A côté de ces lettres politiques dont je n'ai pas besoin de faire ressortir plus longtemps Fimportance historique, il en est d'autres qu'on ne lira pas avec moins de plaisir. Ce sont les lettres privées, où

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