‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 22 sur 86 · Une expédition projetée contre le Canada en · texte numérisé non relu

Une expédition projetée contre le Canada en

/iO CORRESPONDANCE

saurait être trop clair; toute expression peu obscure est une faute. J'abandonne encore Vunshàkeable (inébranlable). Le mot est clair, mais il est bas. Introduire des termes nouveaux, quand on en a d'anciens qui sont suffisamment expressifs, c'est d'ordinaire un tort, je Tavoue, car cela tend à changer la langue ; mais d'un autre côté je ne puis m'empêcher de souhaiter que l'usage nous permit de former de nouveaux mots, quand nous en avons besoin , en combinant les anciens dont le sens est bien connu. Les Allemands le permettent, c'est un usago commun chez leurs écrivains. Beaucoup de nos mots anglais, beaucoup de mots latins ont été faits de cette façon. Pour la clarté, ces mots ainsi composés auraient l'avantage sur tous ceux que nous pouvons emprunter aune langue morte ou étrangère. Par exemple le mot inaccessible, depuis longtemps usité chez nous, n'est pas encore aussi universellement compris que le serait du premier coup, j'ose le dire, le mot uncomeatable qu'il ne nous est pas permis d'écrire.

Mais comme vous, j'espère qu'en Amérique nous prendrons pour modèle le plils pur anglais de cette lie, et je crois qu'il en sera ainsi. Je vous assure que j'ai souvent plaisir à penser combien Vauditoire (si je puis l'appeler ainsi) d'un bon écrivain anglais sera accru dans un siècle ou deux par l'augmentation du peuple anglais dans nos colonies*.

Mon fils présente ses respects, avec les miens, à vous et au docteur Monro. Nous avons reçu la circulaire que vous adressez aux membres de la Société *, et nous nous propo-

1. Hume fut tellement frapçé de cette réflexion qu'il s'en servit pour décider Gibbon à écrire en anglais plutôt qu'en français son Histoire de la Décadence Romaine. Cette lettre^ tout imprégnée de l'esprit prophétique de Franklin, se trouve dans les mémoires de Gibbon.

2. C'était une Société Philosophique qu'on venait d'établir à ÉdJ£obourg.

sons de vous envoyer chacun un petit essai philosophique dans le courant de Phiver prochain. Je me dis, avec la plus grande estime, cher monsieur, votre très-obéissant et trèshumble serviteur, B, F.

▲ JOHN BÀSKSRVILLB *»

Graven Street, 1760.

Cher monsieur,

Laissez-moi vous citer un plaisant exemple du préjugé que quelques personnes ont conçu àPendroit des caractères que vous avez gravés. Peu après mon retour, causant de Birmingham et de ses artistes avec un gentleman, il dit que vous finiriez par rendre aveugles tous les lecteurs d'Angleterre, parce que les traits de vos lettres étaient si minces et si serrés qu'ils blessaient Tœil. Il ajouta qu'il ne pouvait lire sans fatigue une seule ligne jde votre impression.

Je pensais, lui dis-je, que vous alliez vous plaindre du satinage du papier, dont quelques personnes ne sont pas satisfaites.

€ Non, non, dit-il, on en a parlé; mais ce n'est pas de cela que je me plains, c'est de la forme et de la gravure des lettres elles-mêmes. Elles n'ont pas cette épaisseur de trait, cet œil plein qui rend l'impression ordiqaire plus douce à la vue. >

Vous voyez que ce monsieur était un connaisseur. En vain je m'efforçai de vous défendre contre cette inculpa-

1. John Baskeryille, célèbre imprimeur anglais^ était né en 1706; il mourut en 1775. Il est connu par les caractères qu'il a gravés et fondus, caractères qui ont servi à Beaumarchais pour donner les fameuses éditions de Voltaire et de Rousseau, dites éditions de Kehl, du lieu où on les imprimait.

tîon. Ce monsienr savait bien ce qu^il voulait dire ; il pouvait au besoin m'administrer des preuves ; d'ailleurs plusieurs gentilshommes de ses amis avaient déjà fait la même remarque, etc.

Hier, il vint me rendre visite : je m'avisai malicieuseàient, pour mettre son jugement à l'épreuve, de passer dans mon cabinet, je déchirai quelques pages du spécimen de M. Gaslon, en ôtant le nom du fondeur, et je les lui présentai comme des feuilles de vos épreuves que je venais d'apporter de Birmingham. Je lui dis que depuis notre entrevue je les avais examinées sans avoir pu découvrir le défaut de proportion qu'il m'avait signalé : j'ajoutai que je désirais qu'il me le fit apercevoir. U se mit aussitôt à Tœuvre, et, parcourant l'une après l'autre les épreuves des divers caractères, il me montra partout des exemples de cette disproportion; il m'assura qu'en ce moment même il ne pouvait lire ce spécimen, sans éprouver la fatigue excessive dont il m'avait parlé.

Pour cette fois, jeluiépargnai laconfusionde s'entendre dire que ces caractères étaient ceux-là mêmes qu'il avait lus toute sa vie avec tant de facilité, les caractères avec lesquels son cher Newton avait été imprimé , les seuls caractères enfin qui avaient servi à Timpression de son propre ouvrage (car vous saurez que ce monsieur est luimême un auteur), et cependant il n'a découvert leur défaut de proportion que le jour oti il a pensé que ces caractères étaient les vôtres. Je suis, etc. B- F.

DE fiËNJAMIN FRANKLIN. 43

A L'iMPRiMEua DU London Chfoniok.

Sur la manière de disposer un ennemi à faire la paix; chapitre extrait d^un vieux Uvre *•

Monsieur,

J'ai trouvé dernièrement dans Un étalage un vieux livre in-quarto^ auquel manquent le titre et le nom de Tauteur. Il contient des discours adressés à un roi d'Espagne, et fait l'éloge de la monarchie. C'est une traduction anglaise, imprimée, dit la dernière page, à Londres par Bonham Norton et John Bill, imprimeurs de Sa TrèS'Excellente Ma^ jesté le Roy^ MDGXXIX. Il parait que l'auteur était Jésuite, car en deux endroits oh il parle de l'Ordre, il l'appelle nostre Société, Permettez-moi de communiquer au public un chapitre de ce livre ; il vient si à propos dans notre situation présente * (en lisant France partout oii il y a écrit Espagne) que je le crois digne de l'attention générale ; il découvre les artifices de nos ennemis et peut jusqu'à un certain point servir à nous mettre en garde contre eux.

Quel effet eurent dans le tedt>8 les artifices recommandés par notre auteur, je ne saurais le dire; mais je crois que dans un siècle éclairé, tel que le nôtre, et chez un peuple qui connaît mieux son véritable intérêt, ces ruses ne peuvent avoir le môme succès. Nous pouvons observer avec plaisir, et à l'honneur du peuple anglais, que si dans ces derniers temps il n'a manqué ni d'écrits, ni de discours semblables à ceux de notre auteur, cependant aucune des

1. Il n'est pas besoin de dire que le chapitre et le livre sont une invention de Franklin. Ces fictions, mises à la mode par Ad* dison, ont été souventemployéesparVoltaire et Franklin.

2. La question était de savoir si l'on poursuivrait activement la guerre contre la France. On sait que la paix ne fut faite qu'en

44 GOBRESPONDANGE

classes qa'il désigne n'en parait afTectée. Dans tous les rangs, à tous les degrés, on préfère l'énergique poursuite de la guerre à une paix fourrée, désavantageuse, déshonorante. Mais comme un petit changement de fortune peut ramener l'attention sur des écrits de cette espèce et leur donner plus de poids, je crois que la publication de cette pièce peut être d'intérêt général, en découvrant la source où tous ces ôcrivassiers puisent leurs eaux empoisonnées.

UN

Breton.

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