‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 27 sur 86 · C'est ce que nous appelons un mât de cocagne · texte numérisé non relu

C'est ce que nous appelons un mât de cocagne

Votre compliment de l'or et de la sagesse est très-obligeant pour moi, mais peu aimable pour votre pays. Vous savez qu'en toute partie du monde la valeur de chaque chose est en proportion de l'offre et de la demande. On nous dit qu'au temps de Salomon ilyavait une telle abondance d'or et d'argent, qu'ils n'avaient pas plus de valeur en Judée que les pavés des rues. Aujourd'hui vous avez justement cette abondance de sagesse. Il ne faut donc pas blâmer votre peuple s'il n'en désire pas plus qu'il n'en a; et si j'en ai, par hasard, je le porterai en un pays, où sa rareté lui fera trouver sans doute un marché plus avantageux.

Néanmoins je regrette beaucoup de quitter un pays, où j'ai reçu tant d'amitiés, et des amis dont la conversation m'a été si agréable et si instructive. Demeurer désormais si loin d'eux, ce n'est pas, mon cher ami, un faible chagrin pour votre affectionné, B. F.

A MISS MARY STEVENSON

Londres, 7 juin 1762.

Chère PoUy,

J'ai reçu votre lettre du 27 passé, et, depuis lors, j'at* tends l'épltre philosophique que vous m'annoncez. Mais vous n'avez pas eu le temps de l'écrire 1

... Nos vaisseaux ne partent pas pour l'Amérique aussitôt que je croyais ; il se passera encore cinq ou six semaines, avant de nous embarquer, et de quitter le vieux monde pour le nouveau. J'imagine que je suis un peu comme les saints qui vont mourir. En quittant ceux qu'ils aiment en ce monde, leur consolation est d'espérer un plus parfait bonheur dans l'autre. En Amérique, j'ai les biens les plus chers ; et si heureux que j'aie été dans les amitiés que j'ai

contractées ici, celles de là bas me promettent nne plus grande et une plus durable félicité. Mais Dieu seul sait si ces promesses seront remplies. Adieu, ma chère bonne fille, croyez-moi toujours votre ami, B. F.

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