‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 34 sur 86 · W. T. IV, p · texte numérisé non relu

W. T. IV, p

78 CORRÊSt^OîCDANCE

Dans rAssemblée, John Dickinson attaqua vivement cette nomination. Tout en rendant à Franklin la justice qu'un honnête homme ne pouvait lui refuser, Dickinson déclama avec chaleur contre les principes et la conduite politique de son adversaire. Avec une éloquence un peu boursouflée, il témoigna une terreur qui aujourd'hui nous semblerait ridicule, si l'habitude des débats parlementaires n'enseignait Tindulgence. Les partis ne voient rien qu'avec des verres grossissants, et ils signalent une montagne là où la postérité cherchera une taupinière et ne la trouvera pas.

Après avoir cité Aristide, Gaton et Ëpaminondas, Dickinson termina par la phrase suivante :

€ La personne qu'on nous propose a été appelée aujourd'hui une des grandes lumières du monde savant. Loin de moi la pensée d'affaiblir un mérite que j'admire. Qu^il brille, mais qu'il n'enveloppe pas sa patrie dans les flammes. Que dans une condition privée, dans une sphère moins haute, il répande une lumière bienfaisante; mais qu'on ne le laisse point courir et flambloyer comme une comète qui traîne après soi la terreur et la misère*. «

Malgré cette belle métaphore, la majorité de l'Assemblée élut Franklin; la minorité protesta et imprima cette Protestation. Gela était contraire à tous les usages de l'Amérique. Dans un pays libre, la minorité se soumet en attendant une revanche. Si, à chaque défaite, le parti vaincu fait appel à l'opinion contre la majorité, il fausse les ressorts même du gouvernement et finit par rendre odieux le régime de discussion, c*est-à-dire le régime même de la liberté.

/. W. T. vu, p. 269.

Franklin répondit à cette protestation par des Remarquas datées de Philadelphie, 5 novembre 1764, et qui se terminent par ces nobles paroles :

c Je snis sur le point de dire adieu (un dernier adieu peut-être) à la terre que j'aime, et où j'ai passé la plus grande part de ma vie. Esto perpeim^ je souhaite toute espèce de prospérité à mes amis, et je pardonne à mes ennemis. »

Dans le trésor colonial, il n'y avait pas d'argent disponible pour défrayer les dépenses du nouvel agent. L'Assemblée décida que la somme nécessaire serait votée avec le prochain bill financier. Sur cette assurance, les marchands de Philadelphie souscrivirent en deux heures une somme de onze cents livres sterling, qu'ils mirent à la disposition de Franklin, comme une avance dont l'Assemblée les rembourserait plus tard.

Le 7 novembre 1764, onze jours seulement après sa nomination, Franklin quitta Philadelphie, accompagné d'une cavalcade de trois cents concitoyens qui le menèrent jusqu'à Ghester, où il devait s'embarquer. Il mit à la voile le lendemain; mais, retenu le soir h Reedy-Island, dans la Delaware, il profita de ce retard pour écrire une dernière fois à sa chère Sally«

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