‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 35 sur 86 · A SARAH FRANKLIN · texte numérisé non relu

A SARAH FRANKLIN

Conseih paternds.

Ke«dy-l8landj 7 heures du soii'^ 8 novembre 1764«

Ma chère Sally,

Nous nous sommes arrêtés ici au coucher du soleil, ayant pris du bétail à Newcastle avec d*autcQ& i^t^H\&\sv&&

qui nous manqoaient. Nos bons amis M. Galloway, M. Wharton et M. James sont venus avec moi sur le vaisseau, depub Ghester jusqu'à Newcastle où ils ont débarqué. C'était bien à eux de m'honorer de leur bonne compagnie, aussi loin qu'ils ont pu le faire. Les tendres adieux que tant d'amis m'ont faits à Ghester m'ont bien touché. Dieu les bénisse, eux et toute la Pensylvanie.

Ma chère enfant, la prudence naturelle et la bonté de cœur dont Dieu vous a douée rendent moins nécessaires que je voas donne des avis détaillés. Je vous dirai seulement que plus vous serez attentive, obéissante et tendre avec votre bonne mère, et plus vous me serez chère. Mais pourquoi parler de mot; vous avez une récompense bien plus précieuse dans les commandements, ils vous disent que cette conduite vous recommandera à la faveur de Dieu. Vous savez que j'ai beaucoup d'ennemis, tous il est vrai à cause de la politique (car je ne crois pas avoir blessé personne, en ma qualité de simple particulier). Ce n'en sont pas moins des ennemis, et de très-cruels; vous devez vous attendre à ce que leur inimitié s'étende jusqu'à vous. De la plus légère indiscrétion ils feront un crime énorme pour me blesser et m*affliger plus sensiblement. Il est donc bien nécessaire que vous soyez extrêmement circonspecte dans toute votre conduite, afin de ne point donner prise à leur malveillance.

Allez toujours à l'église, quelque soit celui qui prêche. La lecture du Common prayer Bock est votre principale affaire, et, si vous la faites avec attention, elle vous touchera le cœur beaucoup mieux que la plupart des sermons. Car ces méditations ont été composées par des hommes qui avaient beaucoup plus de piété et de sagesse que ne peuvent s'en attribuer nos faiseurs ordinaires de sermons; ne manquez donc jamais aux jours de prière. Je ne dis pas néanmoins qu'il faille dédaigner les sermons, nonl pas mùrjie ceux des prédicateurs qui ne vous plaisent pas. Le

discours vaut souvent mieux que rbomme, de même que des eaux douces et claires sortent d^ne terre fangeuse. J'insiste sur ce point, parce que, peu de temps avant mon départ, vous avez exprimé quelque désir de quitter notre église, ce que je ne voudrais pas que vous fissiez*.

Pour le reste, je vous recommande seulement d'acquérir, durant mon absence, ces deux connaissances utiles : Tarithmétique et la tenue des livres. Gela vous sera facile, si vous vous résignez à ne recevoir personne dans les heures que vous consacrerez à cette étude.

Demain, si le vent se soutient, nous serons en mer j je n'aurai plus Toccasion de vous écrire jusqu'à mon arrivée en Angleterre (s'il plaît à Dieu que j'arrive). Je le prie pour que sa bénédiction vous couvre; elle vaut plus que mille des miennes, quoique celles-là ne vous manquent jamais. Faites mes amitiés à votre frère et à votre sœur*, je ne peux pas leur écrire ; rappelez-moi affectueusement aux jeunes dames de vos amies, et à nos bons voisins. Je suis, ma chère enfant, votre père affectionné, B. F.

Arrivée en Angleterre.

Saint-Helen*s-Road. Ile de Wight, 5 heures du soir, 9 décembre 1764.

Ma chère Debby, .

Je vous écris ces lignes pour vous dire que nous jetons l'ancre ici, que je vais débarquer à Portsmouth, et que

1. Le 16 juin 1763, il avait écrit également à sa femme : c Vous ayez tous bien employé votre dimanche, mais je pense que vous devriez aller plus souvent à Téglise. »

2. William Franklin, qui avait été nommé gouverneur ''e la nouvelle Jersey^ et sa femme.

j'espère être à Londres mardi matin. Un père n'aurait pas été plus tendre pour son enfant, que le capitaine Robinson l'a été pour moi ; j'en suis bien obligé à MM. James et Drinker ; mais nous avons eu un temps terrible , et j'ai souvent remercié Dieu que notre chère Sally ne soit pas venue avec moi. Dites à nos amis, qui ont partagé notre soupe à la tortue, que la prière qu'ils ont faite pour que j'eusse un bon vent de trente jours a été favorablement entendue, et qu'elle a été exaucée ; nous avons été juste trente jours d'un continent à l'autre.

Grâce à Dieu, je suis bien portant et dispos. John s'est bien conduit avec moi, de même que toutes les personnes à bord. Jp remercie tous mes amis de leur bienveillance, qui a tant contribué à l'agrément de mon voyage ; je n'ai pas le temps d'écrire les noms. Vous savez qui j'aime et qui j'honore. Dites k chacun ce qui convient. Tendresses à nos enfants et à mes chers frère et sœur. Je suis, chère Debby, votre mari qui vous aime toujours, B. F.

Franklin arriva à Londres le 10 décembre et deseendit de suite à son ancien logement, c Une fois encore, écrit-il à miss Mary Stevenson, j'ai le plaisir d'écrire à ma chère PoUy une lettre datée de Craven-street; j'y suis arrivé lundi soir, étant venu de Philadelphie en trente jours. Votre chère maman n'était pas à la maison, et la servante ne savait où la trouver; je me suis assis en l'attendant. Elle n'a pas été peu surprise de me trouver dans son parloir. »

La nouvelle de l'heureux débarquement de Franklin fut reçue à Philadelphie avec grande joie, si l'on en croit une lettre adressée à Franklin par Gadv^allader Evans, le 15 mars 1765:

Un vaisseau^ frété d'Irlande poutK^v-York^ nous a ap-

DE BENJAMIN FRANKUN. 88

porté la très*agréable nouvelle de votre arrivée K Londres, ce qui a causé une grande joie à Philadelphie parmi ceux dont Testime est la plus précieuse à un honnête homme. Les cloches ont sonné jusqu'i minuit, et on a hu à votre santé, ii votre succès, )i votre honheur. Votre vieil ami Hugh Eoherts est resté aveo noua jusqu'à orne heures, ce qui, vous le saves, n'est pas dans ses habitudes; il nous a conté une foule d'anecdotes curieuses qui sa rattachent à votre commune amitié depuis quarante ans*.

A tQRD KAMES.

Journal de sa vie (1763-1765).

Londres, 2 juin 1765.

Mon cher lord,

J^ai eu grand plaisir à recevoir, par M. Alexander, votre bonne lettre ; j'y aurais répondu plus tôt par une autre voie, si j'avais su que son séjour à Londres dût être aussi long. Je vous suis bien reconnaissant de la continuation de vos bontés, j'espère les mieux mériter en répondant aveo plus d'exactitude aux lettres dont vous m'honorez.

Vous me demandez mon histoire depuis le moment où j'ai mis à la voile pour l'Amérique. Je quittai l'Angleterre, vers la fin d'août 1762, en compagnie de dix bâtiments marchands, convoyés par un vaisseau de guerre*. Nous eûmes un passage favorable, jusqu'à Madère, oii on nous reçut et on nous traita fort aimablement; notre peuple était alors en grande faveur auprès des Portugais, que nous protégions contre l'Invasion des Français et des Espagnols réunis. Madère est une île fertile; la différence

Page 1