L'abolition du gouvernement des Propriétaires
et tout le printemps. Nous serons de retour au plus tard dans deux mois, car mon compagnon est le médecin de la reine, et n'a pas un congé plus long, parce qu'à ce moment la reine sera près d'accoucher. Je me propose de le laisser à Pyrmont, de visiter les principales villes du voisinage, et de revenir le prendre quand l'heure du retour approchera. Je suis, ma chère Debhy, votre mari toujours aimant, B. F.
A LORD KàMES*.
Qwstion américaine. — Avenir deV Amérique.
Londres, 11 avril 1767.
Mon cher lord.
J'ai reçu votre lettre obligeante du 19 janvier. Vous m'avez retiré du souci qui depuis longtemps pesait sur moi; vous êtes la bonté môme. J'aurais dû répondre à votre lettre du 25 décembre 1765. Jamais je n'en ai reçu qui contint des sentiments plus conformes aux miens. E:le m'a trouvé dans une grande agitation d'esprit sur l'importante question qu'elle traitait. Elle me fortifie grandement dans l'opinion à laquelle j'inclinais, quoiqu'elle fût contraire au courant général, au sujet de la délicate et critique situation des affaires entre la Grande Bretagne et les colonies et de ce point important: leur union. Vous aviez deviné juste en supposant que je ne voudrais pas jouer un rôle muet dans la pièce. J'étais extrêmement occupé à voir les membres des deux chambres, à leur donner des informations, dos explications, des consultations, à disputer avec eux; c'était du matin au soir un tra;as continuel qui
1. Cette lettre, une des plus importantes de Franklin, n'arriva pas à son adresse; elle fut sans doute interceptée. Franklin en avait gardé copie, suivant son habitude. C'est une des pièces qui font le plus d'honneur à sa sagacité et à son patriotisme.
DE BENJAMIN FJEIANKLIN. 151
a duré jusque l'heureuse terminaison de PaiTaire. Appelé devantla chambre des communes, j'ai donné mon avis assez franchement. Je vous envoie ci- inclus le compte ren4u imparfait qu'on a rédigé de cet examen. Vous verrez que nous sommes entièrement d'accord, sauf un point de fait sur lequel vous étiez nécessairement mal informé, car les journaux de l'époque étaient remplis d'assertions fausses. 11 n'est point vrai de dire que les colonies aient été la cause de la guerre, et que dans leur ingratitude, elles aient refusé de supporter aucune part des dépenses.
Je vous envoie cette pièce parce que j'ai peur que quelques mesures récentes ne réveillent la dispute entre les deux pays. Ce sera un grand malheur, je le crains. 11 devient donc très-important qu'en Angleterre et en Amérique, on se fasse des idées claires, et des principes arrêtés sur la nature du lien qui unit les deux pays, et sur les devoirs mutuels qui résultent de cette relation. Jusque-là on sera souvent en querelle. Je no connais personne que sa connaissance ,dcs choses, sa sagacité, son impartialité qualifient autant que vous pour rendre un pareil servico. Songez-y. Vous pouvez faire le plus grand bien à la nation, et empêcher beaucoup de malheurs, et beaucoup de sang versé.
. Comme vous je suis complètement persuadé qu'une union consolidée^ par l'égale et juste représentation de toutes les parties de Tempire dans un Parlement commun, est la seule base solide sur laquelle on puisse asseoir la grandeur politique et la prospérité du pays. L'Irlande a désiré cette union, aujourd'hui elle la rejette. 11 fut un temps où les colonies en auraient été charmées, aujourd'hui elles sont indifférentes-^ si l'on ajourne encore, elles aussi la re/us0roni. Mais l'orgueil anglais ne peut souffrir la pensée de l'Union, aussi sera-t-elle ajournée. 11 n est pas un anglais qui n(3 se considère comme une espèce de souverain de l'Amérique ; on dirait qu'il s'asseoit sur le trône avec le
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roi, quand il parle de nos sujets des colonies. Le Parlement ne peut faire de bonnes et sages lois pour les colonies sans connaître à fonds leur situation, leur richesse, leur caractère, etc. Mais cela est impossible s'il n'y a pas là des représentants des colonies; et cependant le Parlement est infatué de sa puissance^ et opposé au seul moyen qu'il ait de s'instruire pour exercer son autorité. G*est désirer d'être omnipotent sans être omnisciente
Je vous al dit que la querelle est sur le point de se rallumer. Voici à quelle occasion. Dans la même session on a voté avec la loi du timbre, une loi qui règle les logements militaires en Amérique. Quand le bill a été présenté, il contenait une clause qui autorisait les officiers à loger leurs soldats chez les particuliers. Gette disposition, nous l'attaquâmes chaudement, elle fut retirée. Cependant le bill passa avec une clause qui décide que pour loger les soldats on pourra louer les maisons Yides,'les granges, etc., et que chaque province, oiï il y aura des troupes, payera la dépense, et fournira gratis au soldat le feu, le lit, le boire et quelques autres choses. Pour faire cela, les provinces n'ont qu'un moyen, c'est que l'assemblée vote une loi afin de lever l'argent nécessaire. Cette loi, l'assemblée de Pensylvanie l'a votée, l'assemblée de New- York a refusé de le faire, et maintenant on ne parle ici que d'envoyer des troupes pour forcer les gens de New- York à obéit.
Les raisons que l'assemblée a données au gouverneur pour justifier son refus, c'est qu'elle entend la loi en ce sens qu'on doit fournir les articles en question aux soldats en marche qui traversent le pays, et non pas à de grands corps de troupes qu'on installerait dans la province, conmie on le fait à présent. En pareil cas, dit l'assemblée, le fardeau serait plus lourd que les habitants ne le peuvent supporter; il serait au pouvoir d'un capitaine général d'op-
J, Je laisse ce mot tel qu'il a été forgé par Franklin.
primer la province à son bon plaisir, etc. Mais on suppose que dans le fond il y a une autre raison que l'assemblée indique sans Pexprimer nettement, c'est que cette charge a le caractère d'une taxe intérieure mise sur la colonie par le Parlement qui n'a point le droit de le faire. Ici ce refus est appelé rébellion, et on songe à un châtiment.
Maintenant, en écartant le point de droit, en supposant que les législatures américaines soient subordonnées à la législature de la Grande-Bretagne» on pourrait comprendre que le pouvoir supérieur ait la faculté de défendre au pouvoir inférieur de faire certaines lois. Mais qu'il lui ordonne de faire une loi, lorsque celle-ci est contraire à son sentiment, cela semble étrange. Une assemblée, un Parlement, n'est pas un agent exécutifs dont le devoir, en faisant des lois, est d'obéir aux ordres du gouvernement; c'est un corps délibératif, qui examine ce qui vient devant lui, en pèse la convenance et la possibilité, et se détermine en conséquence. Supposer que par la loi d'un Parlement supérieur, une assemblée puisse être obligée et contrainte de faire une loi contraire à son propre jugement, c'est anéantir la nature et l'idée môme d'un Parlement.
De fait, l'acte en question n'a établi ni une peine pour la négligence ou la désobéissance, ni une procédure pourfaire prononcer la peine ; ce que l'on trouve toujours dans les lois qui imposent une obligation. Il semble donc aux Américains que cet acte n'est qu'une simple réquisition, qu'ils sont libres d'accueillir ou non, suivant la différente situation des provinces. La Pensylvanie a volontairement obéi ; New-York, je vous l'ai dit, a refusé. Le ministère qui a fait la loi*, et tous ses adhérents, crient vengeance. Le ministère actuel est emban'assé, on ne sait pas encore à quelles mesures il veut s'arrêter. Mais je suis sûr que si on emploie la /brce, il s'en suivra de grands