‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 49 sur 86 · A JOHN ROSS · texte numérisé non relu

A JOHN ROSS

Situation de Londres.

Londres, 14 tïiai 1768.

Cher monsieur,

J'ai reçu votre lettre du 13 mars; les désordres qui se commettent sur nos frontières, la faiblesse ou les coupables connivences de notre gouvernement et de nos magistrats, m'affligent infiniment. Nos propriétés, notre existence même seront de plus en plus exposées, si Ton n'applique promptement un remède efficace. J'ai mis tous vos rapports sous les yeux des qiinistres. Je voudrais éveiller enfin leur attention! Cent fois déjà, j'ai insisté sur la nécessité du changement que nous désirons ; mais F Angleterre se trouve aujourd'hui dans une situation qui ne vaut guère mieux que la nôtre. Ce n'est pas le moment de prouver qu'un gouvernement royal est beaucoup mieux administré et donne plus de sécurité qu'un gouvernement de Proprié-

taires. Londres même, la résidence du roi, n'est qu'un théâtre de désordres et de confusion. L'émeute se promène dans les rues en plein midi, assomme les passants qui refusent de hurler Wilkes et la liberté; les tribunaux ont peur de condamner cet homme , les charbonniers et les porte-faix saccagent les maisons des marchands de charbon pour les forcer à doubler leur salaire ; les scieurs détruisent les scieries, les matelots désarment les vaisseaux prêts à partir et ne laissent sortir aucun bâtiment tant qu'on n'aura pas augmenté leurs gages; les bateliers de la Tamise brisent les bateaux particuliers et menacent les ponts; les soldats tirent sur la foule et tuent hommes, femmes et enfants. Et tout cela n'a produit qu'une obstination universelle; il semble qu'un grand nuage noir s'approche prêt à éclater en une horrible tempête.

Gomment tout cela finira-t-il ? Dieu seul le sait. Mais il semble qu'un châtiment se prépare pour un peuple ingrat qui, outrageant la meilleure constitution et le meilleur des rois qu'une nation ait jamais possédés , ne songe plus qu'au luxe, à la licence, ne rêve plus que puissance, places, pensions et pillage, pendant que les ministres, divisés entre eux, pleins d'un mépris réciproque, fatigués par de continuelles oppositions, craignant enfin un changement, ne sont occupés qu'à s'assurer la far>eur du peuple, s'ils viennent à perdre celle du Roi. Ces messieurs n'ont eu, depuis quelques années, ni le temps ni la volonté de s'occuper de nos petites affaires, que l'èloignement leur fait paraître encore plus petites.

Les évêques d'ici désirent beaucoup envoyer en Amérique un évoque , pour y fortifier l'Église anglicane , et pour en favoriser les intérêts et l'agrandissement. Mais quoiqu'ils sollicitent depuis longtemps cette faveur, ils n'ont pu encore l'obtenir, tant les ministres ont peur de s'engager dans une mesure nouvelle^ quelle c(;a'^l\&%^^

J'espère avoir bientôt l'occasion de causer avec vous; aussi je ne vous en dis pas davantage pour le moment. le suis, mon cher ami, votre affectionné, A. F.

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