Franklin's Works, T. VII, p. 472,(1 la uote
et que la nation retentirait de clameurs élevées contre cet abus. Dans les deux cas, je ne vois point de différence. Tant que nous serons des États distincts et séparés, je ne vois pas que le fait d'avoir le môme chef ou souverain, c'est-à-dire le roi, puisse justifier l'usurpation du droit qui appartient à chaque État d'être consulté sur les forces qu'il veut maintenir chez lui, avec faculté de donner ou de refuser son consentement, suivant que l'exige l'intérôt de cet État.
Que les colonies aient été constituées à l'origine en États distincts, et qu'on ait eu l'intention de les maintenir séparés, c'est ce qui est évident pour moi quand j'examine les Chartes originales et toute la conduite de la couronne et de la nation jusqu'à Pépoque de la restauration. C'est depuis lors que le Parlement a usurpé le droit de faire des lois pour les colonies; ce droit, il ne l'avait pas auparavant. Durant quelque temps, nous nous sommes sounus à cette usurpation, en partie par ignorance et inattention, en partie j)ar faiblesse et par impuissance. Quand nos droits seront mieux compris ici, j'espère qu'avec de la prudence et de la conduite, nous obtiendrons de l'équité des Anglais la restauration de nos droits. En attendant, je voudrais qu'on ne vit plus dans nos actes publics ces expressions : la suprême autorité du Parlement^ la subordination de nos assemblées au Parlement^ et autres phrases semblables qui , en réalité, ne signifient rien, si nos assemblées, réunies au roi, ont une véritable autorité législative. Pour un compliment, ces ^expressions sont trop fortes; elles tendent à confirmer certains sujets du roi dans la prétention qu'ils affichent d'être souverains de ceux de leurs concitoyens, qui vivent dans une autre partie de l'empire , tandis qu'en vérité ils n'ont point ce droit et que leur prétention n'est qu'une usurpation. Les différents États qui composent l'empire ont mêmes droits et mêmes libertés; il$ sont simplement reliés ensemble de la même
façon qu'étaient PAngleterre et TËcosse avant Tunion, en ayant un commun souverain, le roi.
Cette doctrine, les lords et les communes l'estiment à régal d'une trahison contre leur prétendue souveraineté sur les colonies. Pour moi, il me semble que ces deux corps ont depuis longtemps empiété sur les droits de leur souverain et du nôtre, qu'ils se sont attribué une trop grande part de son autorité et qu'ils ont trahi ses intérêts. Par nos constitutions, le roi, avec les parlements des plantations, est le seul législateur de ses sujets d'Amérique. En cette qualité, il est et il doit être libre d'agir sans être gêné, ni arrêté par son parlement d'Angleterre. Et nos parlements ont le droit d'accorder des subsides au roi sans le consentement du parlement d'Angleterre, chose qui, pour le dire en passant, commence à lui donner quelque ombrage. Mamtenons donc notre loyauté envers le roi, qui a les meilleures dispositions pour nous et qui a un intérêt de famille à notre prospérité ; cette ferme loyauté est le meilleur moyen de nous protéger contre le pouvoir arbitraire d'un parlement corrompu, qui ne nous aime pas et qui se croit intéressé à nous opprimer et à nous tondre.
Si l'on insiste sur Vinconvénient d'un empire divisé en tant d'États distincts, et si l'on en bonclut que nous ne sommes pas divisés de la sorte, je répondrai qu'un inconvénient ne prouve tien que lui-même. L'Angleterre et l'Ecosse ont été jadis des États séparés sous un même roi. L'inconvénient qui résultait de cette division ne prouvait pas que le parlement d'Angleterre eût droit de gouverner l'Ecosse. On sentit la nécessité d'une union expresse; l'An^gleterre la demanda cependant avant de pouvoir l'efTec^ tuer. Si la Grande-Bretagne croit aujourd'hui notre union nécessaire, qu'elle dise ses conditions, nous les examinerons. En ce cas , si l'on consultait l'opinion générale des Anglais, je crois que les conditions, praticables ou non, seraient du moins équitables, car^ b.Qti£â& ^-vil ^^ \^^^s^
tory domine, la masse de la nation nous veut du bien et désire que nous puissions conserver nos libertés.
Je m'épanche avec vous, me confiant en votre prudence désirant avoir en retour vos sentiments sur ce point.
Je suppose que M. Pownall vous fera connaître le sort de ses motions; je n'en dirai donc rien, sinon qu'il semble très-sincère dans ses efforts pour nous servir. C'est pourquoi j'ai eu plaisir à réimprimer dernièrement les adresses que votre assemblée lui avaient votées à son départ; j'y ai joint quelques remarques à son honneur et à la justification de notre peuple.
J'espère que ces détestables assassins * ont enfin quitté votre province, et que l'esprit de travail et d'économie continue et augmente. Avec une estime et une affection sincères, je suis, cher monsieur, etc. B. F.
P. S. Au moment où le Parlement allait se réunir, un de mes amis, qui a quelques liaisons avec le ministère, m'a adressé une lettre sur l'état de nos affaires, afin d'avoir mes sentiments par écrit. J'ai répondu avec une franchise entière ; la réponse a été aussitôt communiquée au ministère et répandue dans le parti. Je vous en envoie des copies pour votre amusement. Je souhaite que vous puissiez les lire, car elles sont fort mal écrites par un copiste ignorant.
L'ami dont parle Franklin est M. Strahan, imprimeur du roi, plus tard membre du Parlement. Ses questions, et les réponses qu'y fît Franklin, ont été imprimées; Franklin a raison de dire qu'il s'est exprimé avec une entière francbise; on en jugera par la conclusion de sa lettre *.
1. Les soldats anglais qui avaient tiré sur le peuple à Boston, le 5 mars 1770. C'est ce qu'on a appelé le Massacre de Boston.