La lettre est datée du 29 novembre
DE 3ENJAMIN FRANKLIN. 241
Maintenant que j'ai répondu à vos questions, et que je vous ai dit mon opinion sur les conséquences de telle ou telle mesure supposée, j'irai un peu plus loin et je vous dirai ce qui arrivera, je le crains. Le ministère, ou tout au moins le parti, qui est pleinement convaincu du droit que réclame le Parlement, voudra faire triompher ce droit, quelles qu'en soient les conséquences.... Il est probable qu'on ne fera pas cesser dans cette session les griefs des Américains. Gela enflammera encore les esprits en Amérique ; de nouvelles témérités là-bas animeront ici les ressentiments. On ne se contentera plus de dissoudre maladroitement les assemblées coloniales, comme on a fait l'an dernier, on essayera d'anéantir les constitutions * ; on enverra là-bas plus de troupes, ce qui créera plus de mécontentement. Pour justifier les mesures du gouvernement, vos écrivains insulteront les Américains dans leurs journaux, comme ils ont déjà commencé de le faire (afin de leur aliéner le cœur des Anglais); on les traitera de mécréants, de drôles, de lâches, de rebelles, etc., moyen sûr d'affaiblir encore leur amour pour ce pays. Peut-être môme quelques ardents patriotes seront-ils assez emportés par la passion pour faire quelque action folle qui les fera envoyer ici, et peut-être aussi le gouvernement sera-t-il assez imprudent pour les pendre, en vertu du statut de Henri VIII «.
C'est ainsi que les provocations mutuelles achèveront la séparation. Au lieu de cette affection cordiale qui a duré si longtemps, au lieu de cette harmonie si nécessaire au bonheur, à la puissance, au salut, au bien-être des deux pays, on ven-a régner l'implacable malice, la haine mutuelle, qui subsiste aujourd'hui entre les Espagnols et les
1. C'est ce qu'on fit un peu plus tard pour la charte et le gouvernement de Massachusetts.
2. Les lords et les communes firent au roi une adresse en ce sens, et le roi les assura gracieusement de sa. bQ.\iXi^ x^:^a\i^fe.
Portugais, les Génois et les Corses. Les fautes des gouvernements ont produit cette division ; la communauté d'origine, de religion, de mœurs et de langage ne nous préservera pas plus de ce malheur qu'elle n'en a garanti les Espagnols et les Génois.
J'espère néanmoins que tout ceci sera une fausse prophétie et que vous et moi nous vivrons assez pour voir s'établir entre nos deux patries une amitié aussi parfaite et aussi sincère que celle qui subsiste depuis tant d'années entre M. Strahan et son vieil ami.