‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 61 sur 86 · Â M. DUBOURG · texte numérisé non relu

 M. DUBOURG

Sur les dissensions entre V Angleterre et V Amérique.

Londres^ 2 octobre 1770.

Je vois avec plaisir que nous pensons à peu près de même au sujet de PAmérique anglaise. Nous, habitants des colonies, nous n'avons jamais prétendu être exempts de contribuer aux dépenses nécessaires au maintien de la prospérité de l'empire. Nous soutenons seulement qu'ayant des parlements chez nous, et n'étant nullement représentés dans celui de la Grande-Bretagne, nos parlements sont les seuls juges de ce que nous pouvons et devons donner, et le parlement anglais n'a nul droit de prendre notre argent sans notre consentement.

L'empire britannique n'est pas un simple État. Il en comprend plusieurs, et, quoique le parlement de la Grande- Bretagne se soit arrogé le pouvoir de taxer les colonies, il n'en a pas plus le droit qu'il n'a celui de taxer l'électorat d'Hanovre. Nous avons le môme roi, mais non la môme législature.

La dispute, qui s'est élevée entre l'Angleterre et les colonies, a déjà fait perdre à l'Angleterre plusieurs millions sterlings. Elle les a perdus dans son commerce, et TAmérique en a gagné autant. Ce commerce consistait principalement en superfluités, en objets de luxe et de mode, dont nous pouvons fort bien nous passer ; et la résolution que nous avons prise de n'en plus recevoir jusqu'à ce qu'on ait fait cesser nos plaintes , est cause que nos manufactures commencent à sortir de l'enfance et à prendre Q^<^la^<&

consistance. Il ne serait même pas aisé d'engager nos colons à les abandonner, quand une amitié plus sincère qae jamais succéderait à la querelle qui nous divise.

Certes, je ne doute point que le parlement d'Angleterre ne finisse par abandonner ses prétentions, et ne nous laisse paisiblement jouir de nos droits et de nos privilèges.

 mSTRISS DEBORAH FRANKLIN.

Londres, 3 octobre 1770.

Ma chère enfant,

J'ai reçu votre bonne lettre du 16 août, qui m'a fait grand plaisir. Je suis heureux que votre petit-fils* se soit remis sitôt de sa maladie, car je vois que vous en êtes ' amoureuse, et que votre bonheur est enveloppé dans le sien. Toute votre longue lettre n'est qu'un récit de ses petits faits et gestes. C'est fort bien fait à vous de n'être point intervenue quand sa mère a jugé à propos de le corriger; cela m'a fait d'autant plus de plaisir que votre tendresse me faisait craindre que Tenfant ne fût volontaire et peut-être gâté. Il y a une histoire de deux petits garçons qui se rencontrent dans la rue ; l'un pleure amèrement, l'autre lui demande ce qu'il a. — On m'a envoyé chercher pour un penny de vinaigre , j'ai cassé la burette et perdu le vinaigre, ma mère va me fouetter. — Non, elle ne te fouettera pas, dit l'autre. — Mais si , elle me fouettera.— Quoi ! dit l'autre, tu n'as donc jamais eu de grand'mère.

Je suis fâché de ne pas avoir envoyé un de mes livres à M. Rhoads, puisqu'il désirait le voir. Faites-lui mes amitiés, ainsi qu'à tous les amis qui demandent de mes nou*

î. Le âb de Sally (Mme Bâche).

velles. Mistriss West est venue aujourd'hui et m'a prié de vous assurer de son amitié. M. Strahan et sa famille sont en bonne santé, ils parlent toujours de vous, et vous envoient leurs amitiés. Mistriss Stevenson est à la campagne, mais PoUy vous envoie ses tendresses, à vous , à mistriss Bâche et au jeune gentleman. Je suis, comme toujours, votre mari affectionné. B. F.

A MISTRISS JANE MEGOM.

Faux bruit sur la retraite de Franklin. — Singulier testament.

Londres, 30 décembre 1770.

Chère sœur.

Le vaisseau, restant plus longtemps qu'on ne croyait, me donne l'occasion de vous écrire, occasion que j*ai manquée quand j'ai prié le cousin Williams de vous faire mes excuses. J'ai reçu votre bonne lettre du 25 septembre par les deux jeunes gens ', qui par leur bonne tenue se sont recommandés eux-mêmes et à moi, et à beaucoup de mes amis. Josiah a obtenu le désir de son cœur, il est entre les mains de M. Stanley. Il y a longtemps que M. Stanley a abandonné l'enseignement, mais, à ma prière, il a la bonté d'instruire Josiah, et il est fort satisfait de sa facilité et de ses progrès. Jonathan parait un très-estimable jeune homme ; il est modeste, rangé, et a du goût pour le travail et l'économie; ce sont là des promesses de succès en affaires. Je suis très-heureux dans leur compagnie.

Quant au bruit dont vous me parlez (et suivant lequel, au dire de Josiah, j'aurais perdu ma place dans les postes, par suite d'une lettre que j'aurais écrite à Philadelphie), il n'est peut-être pas sans fondement. Mes lettres ont déplu à quelques ministres , et on a eu quelque idée de me

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