‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 60 sur 86 · Â SAMUEL FRANKLIN · texte numérisé non relu

 SAMUEL FRANKLIN

Londres, 8 juin 1770.

Bon cousin,

J'ai reçu votre aimable lettre du 23 mars. J'ai été heureux d'apprendre que ni vous ni aucun des vôtres ne vous étiez trouvés sur le chemin de ces assassins. J'espère que Boston est enfin débarrassé de ces hôtes dangereux et méchants.

Je me réjouis d'apprendre que vous continuez d'être tous en bonne santé, vous, votre bonne femme et vos enfants. Faites-leur mes amitiés. Grâce à Dieu, j'ai encore une part considérable de cette bénédiction, et j'espère revoir Boston et mes amis avant de mourir. J'ai quitté Boston en 1723; j'y ai fait une visite en 1733, une autre en 1743, une autre en 1753, une autre enfin en 1763. Si je vis jusqu'en 1773, j'irai peut-ôtre vous revoir et prendre congé.

Votre parente Sally Franklin est toujours avec moi ; c'est une très-bonne petite fille. Ce sera bientôt une femme. Elle envoie ses amitiés à vous et aux vôtres. Je suis , avec une sincère estime, votre affectionné cousin B. F.

1. C'était le petit-fils de Benjamin Franklin, l'oncle et le parrain do notre Franklin.

A MISTRISS MART HEWSON *•

Londres, 24 juillet 1770.

Chère PoUy,

Je vous ai écrit quelques lignes la semaine dernière en réponse à votre lettre du 15 ; depuis lors j'ai été à la campagne. De retour hier, j'ai vu que votre mère était venue à la maison et qu'elle avait reçu de vous une lettre datée du 20. Elle me Pa mise entre les mains et me prie de vous écrire, parce qu'elle va faire des emplettes dans la Cité avec Miss Barwell. Aura-t-elle le temps de vous écrire elle-même, et, si elle l'a, pourra-t-elle surmonter son aversion naturelle pour écrire? c'est ce que je ne puis vous dire. Je crois qu'il lui suffira que vous sachiez ce qu'elle vous dirait, si ellô écrivait. Bref, elle se porte bien et est fort heureuse de vous savoir en bonne santé.

Tous vos amis sont charmés du récit que vous faites de Tagréable famille \ de l'aimable accueil que vous y avez reçue, du respect qu'on vous témoigne; mais Dolly et moi, tout en nous réjouissant de tout ce qui contribue à votre bonheur, nous sommes tristes de temps en temps, en supposant que chacun de nous a perdu une amie. Barwell dit qu'elle n'y comprend rien, et que nous sommes des niais avec nos imaginations. Je lui ai montré la lettre à votre mère oti vous dites : « Dolly est une méchante petite fille, si elle ne se corrige pas, je la renverrai, car j'ai maintenant une autre Dolly, et une très-bonne Dolly. > Barwell m'a prié de ne pas montrer ce passage à Dolly, ce n'estt qu'une plaisanterie, mais dans l'état où est Dolly cela lui ferait de la peine. Je suppose que c'est par la môme rai-

1. C'est le nom de femme de sa chère PoUy, Miss Mary Stevenson 2 La famille de M Hewson.

son et la même bonté que Barwell a refusé de me montrer un paragraphe de votre lettre à Dolly, que DoUy lui avait communiqué.

2b juillet. J'avais écrit ceci hier; mais j'ai été dérangé et je n'ai pu finir ma lettre à temps pour la poste, quoique je n'aie pas grand'chose à ajouter. Votre mère désire que je vous exprime toute l'abondance de son affection pour vous et pour M. Hewson, et que vous disiez de sa part une foule de choses à tous vos amis là-bas. Ces choses, vous pouvez les imaginer mieux que je ne puis les écrire. Sally et le petit Temple* vous envoient leurs meilleurs souhaits pour votre bonheur à tous deux. Présentez mes respects à M. Hewson que, sans parler de ses autres mérites, j'estimerai toujours en proportion des égards qu'il aura pour vous.

Je suis disposé à aimer qui vous aime, et par conséquent je suppose qu'avec le temps j'aimerai votre nouvelle mère, votre nouvelle sœur, votre nouvelle Dolly. Je trouve même que je commence déjà à les aimer, et, si vous le jugez à propos, vous pouvez le leur dire. Mais votre vieille Dolly et moi nous sommes convenus de nous entr'aimer plus que jamais pour remplacer, autant que possible, la perte que nous croyons avoir faite. Nous aimons la promesse que vous nous faites de nous continuer votre amitié, sans que votre nouvelle condition TafTaiblisse, ^t nous croyons que vous écrivez comme vous pensez ; mais nous nous imaginons que nous en savons plus long que vous. Rappelezvous qu'un jour j'ai connu votre cœur mieux que vous ne faisiez vous-même. Et la preuve que j'ai raison, faites at- •tention à ceci, — c'est que cette lettre vous parait la lettre la plus ridicule que je vous aie jamais écrite, et que M. Hewson vous confirme dans cette opinion.

1 . William Temple Franklin, fils du gouverneur de New-Jersey etpeiit'itis de Franklin.

Malgré tout, je suis encore ce que j*ai été durant tant d'années, ma chère bonne fille, votre sincère ami, votre affectionné serviteur. B. F.

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