‹ CorrespondanceChapitre 18 sur 95 · Viennent ensuite · texte numérisé non relu

Viennent ensuite

1» La lettre à lord Dartmouth qui n'est qu'une répétition de l'adresse au roi, débarrassée de ses formes solennelles. 2* Les remarques sur les propositions de M. Barclay, qui ro-

Dans Taprès-midi, je reçus le billet suivant de mistriss Howe : «< Mistriss Howe fait ses compliments au docteur Franklin. Elle vient de recevoir la note ciincluse de lord Howe; elle espère que le docteur pourra venir la voir, ou demain, ou dimanche; toute heure lui sera bonne, pourvu qu'il ait la bonté de l'indiquer. »

Grafton-street, vendredi 17 février 1775.

Note incluse dans la lettre précédente.

A l'honorable mistriss howe.

Je vous prie de me fournir l'occasion de voir le docteur Franklin, chez vous, demain ou dimanche matin, pour affaire essentielle.

Grafton-street, vendredi, 4 heures.

Je n'avais pas entendu parler de Sa Seigneurie de-

produisent les précédentes réflexions de Franklin et qui n'ont d'intéressant que la conclusion :

La colonie de Massachusetts doit s'exposer à tous les hasards et à tous les malheurs de la guerre, plutôt que de souffrir que lô Parlement puisse changer ses chartes et ses lois. « Ceux qui peuvent renoncer à la liberté pour obtenir un moment de sécurité ne méritent ni liberté ni sécurité. »

3" Notes.

« Si 'on veut une réconciliation cordiale, il faut agir franchement et sans détour.

a La plupart des assemblées sont dissoutes : il faudra du temps pour faire de nouvelles élections, ensuite pour se réunir et pour choisir des délégués, si toutefois on peut se réunir partout. L'assemblée du Massachusetts ne peut agir sous l'empire de sa nouvelle constitution sans' reconnaître au parlement le pouvoir de changer sa charte^ ce qu'elle ne fera jamais. La proposition qu'on lui fait est celle-ci : Essayez d' abord vos fers; s* ils ne vous convierment pas, faites une 'pétition, et nous y réfléchirons, »

Canada. — Nous ne pouvons souffrir l'action du despotisme sur aucun de nos concitoyens. Tous libres ou personne*

puis quelque temps; je répondis aussitôt que j'aurai rhonneur de Tattendre chez mistriss Howe~ le lendemain à onze heures.

M. Barclay et moi^ nous nous retrouvâmes chez le docteur^ comme nous en étions convenus. Je remis à ces messieurs mes remarques ^ et nous en causâmes quelque temps. Je leur lus aussi les projets de pétition et de mémoire. Mais comme ils pensaient que par mon engagement de faire payer le thé je ne pourrais obtenir que la levée du blocus du port de Boston, et non le rapport des autres actes concernant le Massachusetts, et que j'insistais pour que tous ces actes fussent rapportéSy refusant de rien faire sans cela, la démarche fut ajournée et je remis en poche toutes mes pièces. Ils résolurent pourtant de faire part de mes sentiments aux ministres et de voir si l'on n'en pourrait pas obtenir quelque nouvelle concession. Us observèrent aussi que j'avais signé mes remarques; sur quoi je dis que sachant, et par eux-mêmes et par d'autres voies, que les ministres n'ignoraient pas que j'avais été consulté sur cette affaire, un plus long mystère devenait inutile, et que, puisque toutes ces demandes et toutes ces réponses, obtenues de seconde main, faisaient perdre du temps et pouvaient donner lieu à des malentendus, je ne voyais pas pourquoi on ne se réunirait point pour discuter une bonne fois tous les points en litige; que, si donc on le jugeait convenable, j'étais tout prêt à les accompagner à leur conférence ministérielle. Ils parurent approuver la proposition et dirent qu'ils en parleraient.

Le lendemain matin, je me trouvai au rendez-vous avec lord Howe. Â son air de satisfaction, je supposai

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qu'il tenait de lord Hyde, à qui M. Barclay avait pu le dire le 16 au soir, que j'avais consenti à présenter une pétition et à répondre du payement du'thé, ce qui faisait espérer que les conditions d'arrangement offertes par le ministère pourraient être acceptées. Lord Howe m'informa qu'il était question de le nommer commissaire pour apaiser les différends en Amérique ; il ajouta, par un excès de politesse, que, connaissant son insuffisance aussi bien que mon expérience et mes talents, il ne penserait pas à se charger de cette affaire sans moi, mais qu'avec moi il le ferait volontiers, parce qu'il fonderait ses espérances de succès sur mon concours. Il avait donc désiré cet entretien pour savoir si je consentirais à l'accompagner, sous un titre ou sous un autre, comme ami, comme second, comme secrétaire; il sentait fort bien que, s'il était assez heureux pour faire quelque chose d'utile, il le devrait entièrement à mes avis et à mon concours, et il n'hésiterait pas à m'en laisser tout Thonneur en toute occasion. Il avait déclaré aux ministres l'opinion qu'il avait conçue de mes bonnes dispositions en faveur de la paix, et ce qu'il désirait maintenant, c'était que je l'autorisasse à dire que je consentais à l'accompagner et que je travaillerais avec lui au grand œuvre de la réconciliation. On savait que j'avais la plus grande influence sur l'esprit des Américains, et si quelqu'un au monde pouvait les décider à accepter des propositions raisonnables, c'était moi.

Je répondis que j'étais fort obligé à Sa Seigneurie de la bonne opinion qu'elle avait de moi et de l'honneur qu'elle me faisait en me demandant mon concours. Je désirais savoir quelles propositions on comptait faire

à TAmérique; si elles étaient raisonnables en ellesmêmes, il était possible que je fusse en état de les faire considérer comme telles par mes concitoyens; mais, dans le cas contraire, je doutais qu'il fût possible à personne d'en venir à bout, et certainement je ne l'entreprendrais pas. Lord Howe dit alors qu'il ne comptait pas obtenir mon concours sans de bonnes raisons. L'affaire était d'une grande importance et, s'il s'en chargeait, il insisterait pour qu'on lui donnât les moyens de traiter généreusement et amplement ceux qu'il prendrait avec lui, et moi tout particulièrement, sans parler de la certitude de récompenses subséquentes, c Et, ajouta-t-il, pour donner au ministère une occasion de montrer ses bonnes dispositions à votre égard, me permettrez-vous, monsieur Franklin, de vous en procurer d'avance quelque marque, par exemple, le payement des arrérages de votre traitement comme agent de la Nouvelle-Angleterre, qui, à ce que j'ai appris, a été arrêté depuis quelque temps? — Milord, répondisje, je regarderai comme un grand honneur de coopérer avec Votre Seigneurie à une si bonne œuvre, en quelque qualité que ce soit, mais si vous croyez qiie l'influence qu'on me suppose puisse vous servir, écartez toute idée d'obtenir pour moi quelques faveurs des ministres; car, les accepter, ce serait détruire l'influence même que vous voulez employer. On les considérerait comme des moyens de corruption employés pour m'engager à trahir les intérêts de mon pays; contentez-vous de me montrer les propositions; si je les approuve, je n'hésiterai pas un instant, et je serai prêt à accompagner Votre Seigneurie à l'heure même. » Il dit alors qu'il désirait que je causasse de l'affaire avec

lord Hyde et me demanda si j'aurais quelque répugnance à voir Sa Seigneurie. Je lui répondis que je n'en avais aucune, que j'avais beaucoup d'estime pour lord Hyde et que je me rendrais chez lui toutes les fois qu'il voudrait bien me le permettre. Lord Howe me dit qu'il lui en parlerait et qu'il me ferait avertir.

Le lundi suivant, je reçus de lord Howe la lettre suivante. Pour la bien comprendre, il faut faire attention que, dans l'intervalle, M. Barclay avait pu communiquer à lord Hyde les remarques que j'avais faites sur son plan, et que leur lecture avait probablement changé le dessein qu'on avait de se servir de moi en cette occasion.

Grafton-street, 20 février 1775.

N'ayant eu que ce inatin l'occasion de causer avec lord Hyde de l'affaire dont nous nous sommes entretenus, mon digne ami, la dernière fois qu3 j'ai eu le plaisir de vous voir, je me hâte d«e vous dire ce que Sa Seigneurie pense de ma proposition.

Il m'a déclaré que rien ne l'empêche de vous voir, qu'il a toujours aimé la conversation des gens instruits, et que par conséquent la vôtre ne peut que lui faire plaisir. Mais, en ce qui touche la querelle américaine , il craint que vos principes et les siens, ou pour mieux dire ceux du Parlement, ne soient tellement opposés , qu'une réunion qui n'aurait d'autre objet que de discuter sur ce point ne vous dérangeât inutilement. Si vous pensiez autrement, ou si quelque circonstance favorable pouvait rapprocher des opinions si différentes, lord Hyde serait heureux de servir de canal pour porter à ceux qui sont au pouvoir les sentiments d'un homme de votre autorité. Et d'après la connaissance que j'ai de Topinion de Sa Seigneurie sur les

hommes et les choses, j'ose assurer que riea ne se perdra au passage.

Je suis, avec une parfaite estime, votre très-obéissant serviteur. Howe,

AU DOCTEUR FRANKLIN

Je fus un peu piqué de ce que lord Hyde refusait de me voir, mais comme je n'avais nulle envie de m'imposer^ je trouvai mieux de montrer une indifférence convenable, ce que j'essayai de faire dans la réponse suivante à lord Howe.

Craven-street, 20 février 1T76.

N'ayant rien à ajouter sur les affaires d'Amérique à ce que lord Hyde sait déjà par les pièces qui lui ont passé sous les yeux, il me semble plus respectueux de ne pas donner à Sa Seigneurie l'ennui d'une visite, puisqu'il lui parait que la discussion ne pourrait être d'aucune utilité. Je n'en suis pas moins obligé à Sa Seigneurie de la permission qu'elle me donne de me présenter chez elle; j'en profiterai s'il survient quelque chose qui puisse donner à cette entrevue une chance d'utilité.

J'ai l'honneur d'être, avec estime et respect, mylord, votre très-humble et très-obéissant serviteur, B. P.

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