MOTION DE LORD NORTH, 20 FÉVRIER
C'est l'opinion du comité que, lorsque le gouverneur, le conseil et l'assemblée, ou la cour générale des provinces et colonies de Sa Majesté , proposeront de prendre les mesures nécessaires pour contribuer à la défense commune, suivant un chiffre déterminé par la cour générale ou rassemblée desdites colonies, et dont le Parlement aura la disposition, et lorsqu'en outre la susdite cour générale s'engagera à faire les fonds nécessaires au gouvernement civil et à l'administration de la justice dans lesdites colonies, il conviendra, si cette proposition obtient l'approbation de Sa Majesté en Parlement, et tant que dureront ces mesures, de s'abstenir de lever ou d'imposer à l'avenir
sar lesdites colonies aucans droits, aucunes taxes et contributions, si ce n'est les droits qu'il sera à propos d'établir pour le règlement du commerce, droits dont le produit net sera porté au compte exclusif desdites provinces et colonies.
Après un débat long et confus, où cette motion fat appuyée sur des motifs divers et peu d'accord entre eux, par les amis du ministère, et se trouva même combattue par quelques ministériels, ce qui annonçait un défaut de concert dû sans doute à des changements subits dans la proposition, elle fut enfin votée, suivant l'usage, à une grande majorité.
La semaine suivante, la seule chose que j'appris de MM. Barclay et Fothergill, fut que lorsque lord Hyde avait su que j'étais disposé à répondre du payement du thé, il avait dit que cela lui donnait une nouvelle vie. N'ayant reçu aucune nouvelle de lord Howe, j'en parlai à sa sœur, et je lui dis que je présumais que le silence de Sa Seigneurie venait de ce qu'il avait vu que ses propositions ne pouvaient avoir de suite. Je la priai de lui dire que si cela était, il eût la bonté de m'en informer par un mot, afin que je fusse libre de prendre d'autres mesures. Elle le fit dès qu'il fut de retour de la campagne, où il avait été passer un jour ou deux, et m'envoya le billet suivant :
Mistriss HoWe fait ses compliments au docteui* Franklin. Lord Howe ne comprenant pas très-bien le message qu'il a reçu de sa sœur, serait charmé de voir le docteur chez elle, ce matin entre midi et une heure (le seul moment qu*il ait de libre aujourd'hui), ou demain à l'heure qui lui conviendra le mieux.
Grafton-street, mardi.
Je me troavaî au rendez- vous à l'heure fixée; lord Howe me dit que s'il ne m'avait pas vu depuis quelque temps, c'est qu*il espérait de jour en jour avoir quelque chose à me communiquer. D espérait que j'aurais vu lord Hyde, comme j'avais promis de le faire lorsque je croirais que cette visite pourrait être utile, et il regrettait que je ne Teusse pas fait. H y avait dans mes paroles, telles que les avait rapportées mistriss Howe, quelque chose que peut-être elle n'avait pas bien saisi. Qu'était-ce que mon projet de prendre d'autres mesures? Je répondis que, depuis que je l'avais vu, ayant appris la mort de ma femme à qui j'avais laissé à Philadelphie le soin de mes affaires, il était nécessaire que je retournasse là-bas le plus tôt possible, que Sa Seigneurie m'avait proposé de l'accompagner en Amérique, et que si cette proposition avait une suitCi je retarderais mon voyage pour me prêter à ses convenances, mais qu'autrement je partirais par le premier bâtiment qui mettrait à la voile, que l'absence de nouvelles de Sa Seigneurie et la motion de lord North me faisaient supposer qu'on avait renoncé à toute idée de ce genre, et que c'était là seulement ce que je désirais savoir de lui.
Il me répondit que, dans mes remarques sur le projet de M. Bàrcli^y, j'avais fait d'une indemnité à accorder à Boston pour le blocus de son port, la condition de l'engagement que je souscrirais pour le payement du thé, qu'il était impossible d'accepter cette condition, et qu'elle avait fait abandonner toute idée d'aller plus loin. J'avais en poche la copie de ces remarques, je montrai à Sa Seigneurie que je n'avais pas mis cette condition à mon engagement, et
que je n'avais demandé que le rappel de tons les actes concernant le Massachusetts. Quant à l'indemnité, j*avais exprimé mcm opinion personnelle en disant qu'il serait juste de l'accorder^ mais je n'en avais point bit une condition. Lord Howe me dit que les mesures k prendre n'étaient pas encore définitivement arrêtées, et que d'après l'explication que je venais de lui donner, il paraissait qu'bn m'avait très-mal compris. H me pria vivement de voir lord Hyde, et me demanda A je voulais lui donner un rendez-vous chez mistriss Howe ou chez moi. Je dis qu'à aucun prix je ne voudrais donner cet ennui à lord Hyde ; que, puisque lord Howe pensait que cette conférence pourrait être utile, et désirait qu'elle eût Keu, je me présenterais sans retard chez lord Hyde ; je savais qu*fl était matinal, et je serais chez lui le lendemain à huit heures du matin, ce dont lord Howe se chargea de le prévenir. Mais j^ajoutai que d'après ce que je savais des dispositions du ministère, je craignais que ma vinte n'eût aucun résultat. Lord Howe était d'aune opinion différente, je cédai.
Le lendemain matin I*' mars, je me rendis de bonne heure chez lord Hyde qui me reçut avec sa politesse ordinaire. Nous parlâmes de la plupart des pomts qui divisaient les deux pays. Je le trouvai muni de tous les raisonnements des journaux et des pamphlets. H fit valoir la dépense de l'établissement de nos colonies, la protection qu'on leur avait accordée, la lourde dette qui pesait sur la Grande-Bretagne, la justice de prendre à notre compte une partie du fardeau ; il me répéta qu'en Angleterre il y avait une foule de citoyens qui n'étaient pas plus représentés que nous, et qui cependant étaient
taxés et gouvernés par le Parlement^ etc., etc. Je répondis à tont^ mais sans grand effet. Sa Seignenrie paraissait m'écouter avec politesse, mais j'avais (juelque raison de croire qu'il était moins occupé de ce que je lui disais que de ce qu'il allait me dire.
II avait espéré, me dit-il, que la motion de lord North aurait paru satisfaisante; il demandait ce qu'on y pouvait opposer. Je répondis qu'on nous demandait d'accorder des subsides jusqu'à ce que le Parlement eût dh: assez, sans nous laisser le moindre droit de juger la mesure à l'exécution de laquelle il nous fallait contribuer, sans nous permettre de consulter nos moyens; en outre, nous devions voter ces subsides sous la menace du droit prétendu de nous taxer à volonté, et de nous contraindre à main armée à payer ces taxes, si nous ne donnions pas jusqu'à ce qu'on pensât que nous eussions assez donné. C'était là une manière tout à fait nouvelle d'obtenir des subsides; on ne pouvait y comparer que celle du voleur de grand chemin qui, à la portière d'une voiture, présente son pistolet d'une main et son chapeau de l'autre; il ne demande pas une somme fixe; si vous lui donnez tout votre aident ou ce dont il voudra bien se contenter, il sera assez poli pour ne pas mettre la main dans vos poches, sinon, son pistolet est là. La façon dont on lève des contributions en pays ennemi est plus loyale, car là on demanda une somme fixe , et ceux qui payent savent ce qu'ils ont à payer et quand ce sera fini. Jamais peuple libre n'accordera de subsides à de telles conditions. Enfin on venait d'entamer un nouveau sujet de querelle; le Parlement s'attribuant le droit de changer nos chartes et nos lois ^ cette prétention
iO\) CORRESPONDANCE
était pour nous plus menaçante que celle de nous taxer, puisqu'elle nous jetait à la dérive et ne nous laissait pas un privilège sur lequel nous pussions oompter autrement que sous le bon plaisir du Parlemont. C'était une situation qui n'était pas tenable. Quand même la motion de lord North nous eftt permis de nous entendre sur la question d'impôts, comme elle ne contenait rien sur ces nouvelles prétentions du Parlement, nous étions encore loin d'une réconciliation. Lord Hyde pensant que je n'avais pas bien compris la motion, je la pris et la lus. Il glissa sur ce point et me dit qu'il serait charmé de snoir quelles mesures pourraient amener un accord* Je dis que Sa Seigneurie avait probablement vu plusieurs propositions rédigées par moi à cet effet. B me répondit qull les avait lues, mais qu'il y avait quelques-uns de mes articles qu'on n'aooepterait jamais^ On croyait que j'avais des instructions et des pouvoirs pour offrir des conditions plus raisonnables, mais que j'étais trèsréservé, peut^tre par le désir» qu'il ne blâmait pas, de procurer de plus grands avantages à mes constituants; il lyouta que ces espérances pouvaioit me tromper» et que je devais dtre assuré que je n'obtiendrais jamais û» condilions plus &voraÛiB ^e celles qui venaient d'être offertes par lord Nortb. Uadministration désirait sincèrement le rétablissement de l'harmonie avec l'Amérique» et on pensait que k chose serait facile» si je voulais y coopérer. Il espérait que je n'étais pas homme à conserver du ressentiment pour une chose qui n'était maintenant approuvée de personne» et pour laquelle il pourrait m*ôtre donné sati^aetû>n; il savait que j'étais fort estimé en Amééqpa^
et si je voulais amener une réconciliation à des conditions convenables à la dignité du gouvernement, j'acquerrais en Angleterre l'estime générale et j'y obtiendrais des honneurs et des récompenses^ au delà peut-être de ce que je pouvais espérer.
Je répliquai que je croyais avoir donné une preuve convaincante de mon sincère désir de rétablir la paix, lorsque ayant appris que tout ce qu'on désirait pour rhonneur du gouvernement était d'obtenir le payement du thé, j'avais offert, sans y être autorisé, sans être assuré que je serais remboursé ou qu'on approuverait ma conduite, de souscrire un engagement pour ce payement, si l'on rapportait les actes concernant le Massachusetts, engagement par lequel je risquais toute ma fortune, et que peu de gens auraient pris. Des ressentiments particuliers n'étaient rien pour nioi, quand il s'agissait des affaires publiques, mais je n'étais point Thomme réservé qu'on supposait, car je n'avais aucune instruction secrète pour régler ma conduite. J'étais certainement très -disposé à faire tout ce qu'on pouvait raisonnablement attendre de moi, mais si l'on me supposait en état de faire passer aux yeux de mes concitoyens le noir pour blanc et le tort pour droit, on ne nous connaissait ni eux ni moi; ils étaient aussi incapables de se laisser tromper que je l'étais de vouloir leur en imposer.
Lord Hyde me demanda alors mon avis sur le projet d'envoyer un conomissaire. Ma réponse fut celle que j'ai donnée plus haut. Je crois, soit dit en passant, qu'un des principaux motifs de lord Howe, pour désirer que je visse lord Hyde, était de 'me fournir l'occaâon de causer avec lui sur ce point. Lord Hyde ne me
102 CORRESPONDANGB
fit pas coimaltre son opixûon à ce sojat. Ainsi finit cet entretien .
Trois ou quatre joar3 après, jeragiisde mistrissHowe le billet suivant :
Mistriss Howefàit ses conq^liments an docteur FranUin. Lord Howç désire le voir encore une fois avant son départ. Lord Howe n'est pas en ville, nuds il y revient lundi* Que le docteur veuille bien désigner le jour et l'beure, lord Howe sera charmé de le rencontrer.
(jraftoa-street^ samedi 4 mari.
Je répondis que j'aurais l'honneur de me rendre chez elle, le mardi suivant à onie heures. J'y trouvai lord Howe ; il me dit que j'avais été meilleur prophète que lui en prédisant que mon entrevue avec lord Hyde ne servirait pas à grand (diose; il espérait que je lui pardonnerais cet ennui, car il avait agi dans les meilleures intentions pour le public et pour moi. Il voyait avec peine que les choses ne marchaient pas, quant à présent, comme il Taurait désiré, mais il était encore possible qu'elles prissent une tournure plus favorable. Puisque je retournais en Amérique, il espérait qu'il pourrait encore compter sur mon concours, s'il arrivait qu'il y fût envoyé pour cette affaire importante. Je l'assurai qu'il me trouverait toujours disposé à coopérer avec lui à une si bonne oeuvre. Et c'est ainsi qu'en prenant congé de lui, et en recevant ses adieux, se termina ma négociation avec lord Howe. Je n'entendis plus parler de celle qui avait été entamée avecMM.Fothergill et Barclay. Tout ce que je pue conclure de quelques mots qui leur échappèrent dans la conversation, c'est
DE Bfilf JAMIN FRANKLIN. 103
qne lu fan ni l'antre n^ëtait content de la conduite des ministres en cette occasion. Quelques jours avant de quitter Londres^ ils me prièrent de venir chez le docteur, et là ils me chargèrent d'assurer leurs amis d'Amérique, de leur part, que leur opinion, maintenant bien fixée, était que rien ne pouvait sauver les libertés de l'Amérique qu'uue ferme et sage adhésion aux conditions de Tassociation établies par le congrès, et que le salut de la liberté en Angleterre dépendait maintenant de la constance et de la vertu de TAmérique. '
Pendant tout ce temps, j'étais occupé à recevoir des amis qui venaient à chaque instant me demander des uouyelles d^Amérique^ des membres des deux chambres du Parlement qui venaient m'informer de ce qui s'y passait, et causer avec moi des motions qu'on y faisait ou qu'on y devait faire, des marchands qui arrivaient de Londres, des villes de fabrique ou des ports de mer, pour m'apporter leurs pétitions, des quakers qui venaient me -consulter sur les leurs, etc.; aussi n'avais-je le loisir de prendre aucune note. C'est donc à peu près de souvenir que je viens de vous faire ce récit, et il est certain que, faute de mémoire, bien des choses m'auront échappé, mais je crois exact tout ce que je vous écris, sinon qu'ayant conféré en même temps avec tant de personnes sur un même sujet, il n'est pas impossible que j'aie attribué à Tune ce qui aurait été dit par. l'autre.
Peu de temps avant de quitter Londres, j'assistai, à la chambre des lords, à un débat oùlordCamden devait parler, et où, de fait, il parla admirablement sur les affaires d'Amérique; ce jour-là, j'entendis, avec un dé-
goût extrême, le parti ministériel faire les réflexions les plus outrageantes sur le courage, la religion, Tintelligence, etc., des Américains. On nous traita avec le plus profond mépris, comme les derniers des hommes , comme étant en quelque sorte une espèce différente des Anglais de la Grande-Bretagne. Quelques lords attaquèrent surtout Thonneur américain; ils dirent que nous étions tous des misérables, que nous n'avions cherché cette querelle que pour nous dispenser de payer nos dettes, que, si nous avions quelque sentiment d'équité ou de justice, nous offiririons de payer le thé, etc. Je rentrai chez moi, un peu irrité et échauffé; et voulant rétorquer contre l'Angleterre ce reproche d'infusticej je rédigeai un Mémoire que j'avais dessein de présenter à lord Dartmouth avant mon départ. Je le montrai à mon ami Thomas Walpole, membre de la chambre des communes. Plusieurs fois en le lisant, il regarda alternativement le papier et moi, comme s'il craignait que je n'eusse perdu le sens. Gomme j'étais dans toute la presse des paquets, je priai M. Walpole d'avoir la bonté de montrer ce Mémoire à son voisin lord Gamden, et de lui demander son avis. Il le fit, et me renvoya le Mémoire avec la note que vous trouverez ci -après. Voici le Mémoire :
\ L*H0N0RABLE COMTE DE DARTMOUTH, UN DES PRINCU^AUX SECRÉTAIRES D'ÉTAT DE SA MAJESTÉ.
Un mémoire de B, Franklin^ agent de la province
de Massachusetts.
Attendu qu'une injure ne peut donner à la partie injuriée que le droit d'en obtenir pleine réparation, ou, en cas
de refus, ' le droit de rendre une injure semblable ; et attendu que le blocus du port de Boston, qui dure depuis neuf mois, a causé chaque semaine à cette ville un dommage égal à celui qu'a souffert la Compagnie des Indes par la destruction du thé : il en résulte que Vexcédant de ce dommage est une injure faite par le gouvernement britannique, et dont il est dû réparation. Et attendu que la réparation des injures (d'après l'usage de toutes les nations sauvages ou civilisées), doit toujours être faite avant qu'on se fasse à soi même justice en causant un dommage aux agresseurs, ce que la Grande-Bretagne n'a pas fait dans le cas dont il s'agit: je soussigné, comme agent colonial, au nom de mon pays et de la ville de Boston, proteste contre la continuation dudit blocus, et, par ces présentes, je demande solennellement satisfaction pour rinjustice multipliée qu'on leur a faite au delà du dommage qu'a souffert la Compagnie des Indes par la destruction de ses thés.
Et attendu que la conquête du golfe de Saint-Laurent, des côtes de Labrador, de la Nouvelle-Ecosse, et des pêcheries que les Français possédaient , tant dans ces divers établissements qu'à Terre-Neuve, a été faite par les forces réunies de la Grande-Bretagne et des colonies, et que ces dernières ont mis sur pied pour ce service un nombre d'hommes presque égal à celui qu'à envoyé l'Angleterre : d'où il suit que les colonies ont le droit incontestable de participer aux avantages de ces pêcheries : en conséquence, au nom de la colonie de Massachusetts, je proteste contre l'acte soumis en ce moment à la considération du Parlement, pour priver du droit de pêche cette province, ainsi que les autres, (sous prétexte qu'elles refusent d'acheter des marchandises anglaises), déclarant cet acte souverainement injuste et injurieux. Et j'avertis que satisfaction sera probablement demandée un jour pour tout le dommage qui pourra être fait et souffert par suite dudit
106 GOBRESPONDANGB
acte , et que Pinjustice de ce procédé donnera vn tel ombrage à toutes les colonies, que, dans toute guerre future où Ton pourrait méditer d'autres conquêtes , on n'en obtiendra ni un homme ni un shilling pour j contribuer, jusqu'à ce qu'entière satisfaction soit donnée, comme il est dit ci-dessus. B. 7.
Fait à Londresy i« 16 mars IT75.
AU DOCTEUR fllA!fKLIir.
Cher monsieur,
Je vous renvoie votre Mémoire. On pense qa^ potmrait avoir des suites dangereuses pour votre persome, et qu'il contribuerait à exaspérer U nation.
Je vous souhaite de tout mon corar un heureux voyage, une longue santé, et sois avec une tinoère estime , votre très -fidèle et très-obéissuit serviteur,
Tbomas Walpols.
Uncoln's Inn fields, 16 mars 1775.
M. Walpole vint chez moi le lendemain, et apprenant que j*étais allé à la chambre des lords, il alla m j trouver et me répéta plus au long ce qu'il m'avait écrit la veille; il ajouta que comme je n'avais pas d'instructions qui me chargeassent de remettre une telle protestation, mon Mémoire paraîtrait injustifiable, et qu'on le regarderait comme un affront fait à la nation. Je n'avais nulle envie d'empirer les choses et j'avais eu le temps de retrouver mon sang-froid; je profitai donc de l'avis qu'on avait la bonté de me donner.
Le soir qui précéda mon départ de Londres, je reçus un billet du docteur Fotheigill avec des lettres pour ses amis de Philadelphie. € Rassembles ces amis^ avec
DE BENJAMIN FRANKLIN. i07
deux ou trois aulres personnes, me disait-il dans es billet, et informez -les que quelques spëcieuses prq[KH sitions qu'on vous fasse, elles sont creuses; tout ce qu'on veut est de se procurer un champ plus large, afin d'y engraisser un troupeau d'indignes parasites. H s«* rait peut-être à propas de les instruire des efforts que nous avons faits avec David Barclay, et de l'effet qu'ils ont produit. C'est le moyen de frapper, sinon de convaincre, nos dignes amis, de l'idée qu'on n'a en vue rien de bien favorable pour eux, si l'on ne peut obtenir des conditions plus défavorables. » Dans le cours des visites journalières qu'il faisait chez les grands, pour l'exercice de sa profession, le docteur ne manquait pas d'occasions pour connaître leurs sentiments, la conversation roulant partout sur les affaires d'Amérique.
Franklin était parti d'Angleterre le 21 mars 1775; il arriva à Philadelphie le 5 mai suivant. Gomme nous venons de le voir, il avait employé le temps de la traversée à consigner par écrit les efforts qu'il avait faits pour conserver la paix entre les deux pays. Ce récit ne fut publié qu'après sa mort.
Cet écrit ne fut pas la seule occupation de ses loisirs. Toujours observateur, toujours attentif aux phénomènes naturels pour en chercher la loi, il fit des expériences avec un thermomètre pour connaître la température de l'Océan à diverses profondeurs. Ce fut ainsi qu'il reconnut l'existence du Gulf stream ou grand courant d'eau chaude, qui part du golfe du Mexique et vient se perdre en partie sur les côtes de l'Europe. C'est ce qu'il appelle avec raison vm découverte scientiflqm qui avait
d08 C0RRE8P0NDANCB DE FRANKLIN-
quelque valeur. La science, en effet, a profité de cette déconverte de Franklin, aossi bien que de ses vues ingénieuses sur rélectricité.
Toutefois, ces études naturelles, si chères qu'elles luifussent.nedevaientpaslui être permises longtemps : la patrie allait le réclamer tout entier.