A RICHARD PRICE
Passy, 6 février 1780.
Je n'ai reçu que fort tard votre bonne lettre du 14 oc* tobre , le docteur Ingenhousz, qui était chargé de me la remettre, étant resté longtemps en Hollande. Je suis charmé d'apprendre que vous continuez de jouir d'une bonne santé. Après tous les outrages que votre personne et vos écrits ont essuyés, les conseils que vous avez donnés commencent à faire une impression sérieuse sur ceux qui les avaient d^abord rejetés : ils acquerront de jour en jour plus de poids, et seront encore en grande estime quand les critiques seront depuis longtemps mortes et ou* bliées*.
1. Le docteur Priée avait beaucoup écrit en faveur de rAmérique et de la liberté.
Présentez, s^il vousplalt, mes respects affectneux à cette société honnête, sensible et intelligente ' qui m'a fait si longtemps l'honneur de m'admettré h ses conversations instructives. Je ne songe jamais aux heures fortunées que j'ai passées dans cette compagnie sans regretter qu'elles ne puissent revenir, car je ne vois nulle raison d'espérer que cette malheureuse guerre finisse de mon vivant. Le docteur Priestley continue, dites-vous, ses expériences avec succès. Nous faisons chaque jour de grands progrès dans la philosophie naturelle; mais il en est un que je voudrais voir en philosophie morale : c'est la découverte d'un plan qui engagerait et obligerait les nations à régler leurs disputes, sans commencer par s'entre-égorger. Quand là raison humaine aura-t-elle fait assez de progrès pour reconnaître les avantages de cette innovation? Quand les hommes seront-ils convaincus que lès guerres les plus heureuses finissent toujours par être un malheur pour ceux qui les entreprirent injustement, et qui triomphèrent aveuglément dans leur i^ccès, sans en prévoir les suites? Ce qui doit nous consoler l'un et l'autre, au milieu de cette guerre, c'est d'avoir fait honnêtement, loyalement tout ce qui dépendait de nous pour la prévenir.
Adieu. Croyez-moi, mon cher ami, pour toujours, votre, etc. B. F,