CHAPITRE VllL
Franklin reste en Angleterre pour attendre Pissue du congrès continental. — Mort de mistriss Franklin, — Rapports de Franklin avec lord Ghatham et lord Howe. — Motion de lord Ghatham au parlement, elle est rejetée. •^ Départ de Franklin pour FAmérique.
Après l'affaire du conseil privé, Franklin renonça à son rftle d'agent de l'Amérique, et fit des préparatifs pour retourner dans sa patrie. Mais bientftt arriva la nouvelle que les colonies s'étaient réunies en congrès contiuental, et, sur l'avis de ses amis, Franklin se décida à attendre l'issue de cet événement considérable. Le congrès ne voulait pas rompre avec la métropole, et il était important d'avoir à Londres on homme tel que Franklin, qui pût au besoin servir d'intermédiaire entre les deux pays. Néanmoins, la position du docteur n'était rien moins qu'agréable^ conune il l'écrit à son ami Galloway, à la date du 12 octobre 1774.
« Beaucoup de gens pensant que mon séjour ici n'est
CORRESPONDANCE DE FRANKLIN. i(9
pas sans péril, car si, par accident, les troupes an-» glaises et le peuple de Boston en viennent aux mains, il est probable qu'on s'en prendra à moi. Le parti ministériel affecte de me représenter partout comme la cause des mésintelligences; aussi m'a-t-on souvent averti de mettre mes papiers en sûreté, et on m'a même conseillé de partir. Mais, suivant un désir qui n'est pas le mien, et puisqu'on croit que je puis être utile, je me hasarde à rester jusqu'à ce qu'on connaisse le résultat du congrès. Je me confie dans mon innocence ; le pis qui puisse m'arriver sera d'être emprisonné comme suspect : chose que, du reste, je désii'e beaucoup éviter, car ce sera coûteux, vexatoire et dan« gereux pour ma santé. »
Au milieu de ces inquiétudes, et quand, pour se consoler, il songeait au bonheur de retrouver son foyer après dix ans d'absence, pour y achever en paix, au milieu des siens, le peu qui lui restait à vivre, il apprit la mort de sa femme. Elle avait été prise d'une attaque de paralysie et emportée en cinq jours ^ Ils avaient été mariés quarante- quatre ans, et on voit par la correspondance de Franklin combien il aimait sa femme, et quel plaisir il se faisait de lui envoyer des cadeaux. C'est à elle qu'il confiait aveuglément le soin de ses affaires privées. Il est vrai que Deborah avait la première de toutes les qualités aux yeux de Pranklm : l'économie. Plusieurs années après la mort de sa femme, Franklin écrivait à une jeune dame : « L'économie est une vertu qui enrichit, une vertu que je n'ai jamais pu acquérir par moi-même, mais je fas assez heureux