CHAPITRE XII
Les amis de Franklin à Paris. — Madame Brillon. — Madame Helvétius. — Madame d'Houdetot. — Franklin demande à Ô1a>e remplacé. — Reftis du Ck>ngrè8. — - -^ La herse (1781),
« Vous désirez sayoir de quelle façon je vis, écrivait Franklin à sa vieille amie de Londres, mistriss Stevenson. J'habite une jolie maison, située dans un beau rlUage en amphithéâtre, à un demi-mille de Paris; il y a un grand jardin pour me promener. J'ai une foule de connaissanceSj et je dîne en ville six jours sur sept. J'ai réservé le dimanche pour dîner chez moi avec les Américains qui passent à Paris, et ce jour-là je fais sortir de Técole mon petit-fils Ben, avec quelques autres enfants Américains *. i
Ces nombreuses connaissances, qui devinrent bientôt des amis dévoués, des disciples fidèles, c'était tout ce que Paris comptait d'esprits distingués^ de savants
t. Lettre de Passy, 25 janvier 1779.
illustres, d'ardents amis de la liberté. Turgot, Buffon, D'Alembert, GondoFcet, La Rochefoucauld, Malesherbes, Raynal, Mably, voilà les amis de Franklin. On voit qu'il vivait en bonne compagnie.
A côté de ces illustres personnages Franklin avait une société plus intime.
Il aimait beaucoup la société. des dames françaises; on lui prête le mot suivant : « L'ami lé plus pur et le plus utile qu'on puisse avoir, c'est une Française, a&sez âgée pour n'avoir plus de prétentions. Ces dames sont disposées à vous rendre service, ajoutait-il, et, grâce à leur connaissance du monde, elles savent si bien comment s'y prendre*! » Franklin était presque devenu un membre de la famille Brillon à Passy ; c'est pour Mme Brillon, sa Brillante^ qu'il a écrit en français la plupart de ses Bagatelles.
A Auteuil il avait une amie non moins chère; c'était Mme Helvétius, veuve du célèbre philosophe. Bonne et charmante femme, elle avait retenu auprès d'elle quelques hommes distingués et aimables, l'abbé Morellet, Tabbé La Roche, Gabaliîs, Le Roy. Franklin fut bientôt de cette petite société , et malgré ses soixante*dix ans, se déclara le chevalier de Mme Helvétius qui avait bien la soixantaine. On peut juger de sa galanterie, par un billet qui est conservé à la bibliothèque Impériale, et qui n'a jamais été publié. J'en dois la connaissance à mon aimable et savant confrère, M. Paulin Paris. Je respecte l'orthographe de Franklin.