‹ CorrespondanceChapitre 76 sur 95 · A JOHN ADAMS · texte numérisé non relu

A JOHN ADAMS

Passy, 29 avril 1781.

Je VOUS envoie l'extrait de .deux lettres ministérielles (anglaises), trouvées dans le môme paquet; elles sont écrites avec la ferme croyance que les États sont sur le point de se soumettre, et on avertit les commissaires de la paix de ne point trop promettre en ce qui touche les futures constitutions. On y parle à mots couverts, mais il est aisé d'en saisir le sens quand on les explique par deux maximes de la Cour d'Angleterre ; Tune est de lord Gran« ville, qui a été dernièrement président du Conseil ; L$ Roi est le Légiilateur des Colonies ; l'autre est du chancelier actuel qui a dit à la Chambre des Communes: Que la constitution de Québec était la seule constitution qui convint aux Colonies^ qu^on aurait dû la donner à toutes lors de leur plantation^ et qu'aujourd'hui il fallait les y réduire toutes *. Là, nous pouvons voir Je danger d'écouter leurs

1. Cette constitution du Canada, empruntée des lois françaises, refusait toute liberté politique à la colonie.

propositions trompeuses, quelque piqués d'ailleurs que nous soyons de rindifférence des puissances européennes qui seront les premières à profiter de notre Révolution. J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très -obéissant et trèshumble serviteur. B. F.

▲ SAMUEL GOOPBR.

Nouvelle constitution du Massachusetts, -*^ Frais du Culte,

Passy, 15 mat 1781.

Cher Monsieur,

J'ai reçu votre bonne lettre du 1» février, par le colonel Johonnot. Vos sentiments sur la situation de nos affaires me pai'aissent fort judicieux, je vous suis fort obligé de me les comnauniquer franchement. En ce pays, ils nous sont souvent utiles ; car vous avez en France un nom et une réputation qui donne du poids à vos opinions.

J'ai grand plaisir à apprendre que votre nouvelle Constitution (du Massachusetts), a été enfin acceptée à la presque unanimité et à la satisfaction générale. A tout prendre elle me parait excellente ; s'il y a quelques articles qu'on aimerait mieux autrement rédigés, on sent que dans la situation présente on ne pouvait faire davantage ; on les changera quand l'expérience en aura démontré les inconvénients. Quant à présent» je ne vous parlerai que d'un article, l'entretien du clergé. Il me semble que, suivant la Constitution, les Quakers peuvent être obligés de payer la taxe pour les frais du culte. Pourquoi impose-t-on cette taxe ? C'est, on le déclare, pour favoriser la piété, la religion, la morale. Mais les QutJœrs ont trouvé moyen d'atteindre ce but sans avoir de clergé, et ils ne permettent pas à leurs prédicateurs de recevoir de Targent. Je ne trouve donc pas juste de les taxer et de remettre cet argent au mi-

lUlx CORRESPONDANCE

nistre de la paroisse ; mais j'imagine que dans les lois qu'on fera pour lever les taxes paroissiales, on pourra régler ce point à leur satisfaction.

Je suis très-sensible à Phonneur que m'a fait l'Académie américaine des arts et des sciences en me choisissant pour un de ses membres. Je voudrais pouvoir la servir, en favorisant le noble dessein de son institution. Peut-être pourrai-je le faire, en lui envoyant de temps en temps les meilleures publications qui paraissent ici. Je vais commencer à en faire collection pour elle.

Votre excellent sermon m'a fait le plus grand plaisir; il est fort admiré par plusieurs de mes amis qui entendent l'anglais. Je me propose de le faire traduire et imprimer à Genève, à la suite d'une traduction de votre nouvelle Constitution. Rien de plus heureux que le choix de vDtre texte et l'application que vous en avez faite. Dans la Nouvelle- Angleterre oti chacim lit la Bible» et est familier avec les versets de l'Écriture, il n'était pas nécessaire de marquer les textes auxquels vous avez emprunté vos citations, mais j'ai observé qu'en Angleterre, aussi bien qu'en France, les citations et expressions prises de la Bible, et dont on ne connaît pas la source , paraissent très-étranges et trèsgauches à certains lecteurs; aussi, dans mon édition, pren- ' drai-je la liberté de citer les textes à la marge.

Je ne sais pas si personne s'en est donné à plein ventre du plaisir de ronger mes os ; mais pour rongés, ils le sont, et je pense qu'il est temps qu'ils se reposent. Je me mets en mesure d'obtenir pour eux ce repos ; heureux si, ayant de mourir, je puis trouver quelques jours dont je sois le maître absolu. Je me forge souvent d'agréables imaginations du plaisir que je goûterai, comme simple particulier, au milieu de mes amis et mes compatriotes, dans ma ville natale de Boston. Dieu seul sait si ce plaisir m'est réservé. Avec la plus grande et la plus sincère estime, je suis, etc.

A JOHN ADAliS.

Des droits à V Exportation.

Passy, 19 mai 1781.

Monsieur,

Comme vous je ne doute nullement que l'Amérique ne soit un jour aisément en état de payer, non-seulement Pintérêt, mais le principal de toutes les dettes qu'elle pourra contracter dans cette guerre. Mais il n'est pas aussi clair pour moi que des droits à l'exportation soient le meilleur moyen d'arriver à cet amortissement. Il est vrai que l'Angleterre a tiré un grand revenu des droits qu'elle a mis sur le tabac. Mais en même temps elle prohibait les tabacs étrangers, et forçait ainsi le consommateur intérieur à payer ces droits. Si l'Amérique mettait un droit de cinq pences sur chaque livre de tabac exporté, y aurait-il une nation d'Europe qui lui achèterait du tabac ? Les colonies d'Espagne et de Portugal, et l'Ukraine de Russie n'en fourniraient-elles pas à plus bas prix? Les mômes raisons n'ontelles pas obligé l'Angleterre à ôter le droit sur le tabac qu'elle fournissait à la France? Ne dépenserait-on pas des sommes énormes en douaniers, etc., pour garder nos côtes contre la contrebande du tabac exporté en fraude pour échapper au droit? N'y aurait-il pas beaucoup do ces employés qui se laisseraient corrompre et qui fermeraient les yeux? C'est peut-être une erreur, mais j'incline à adopter l'opinion moderne qui suppose que le mieux pour chaque pays c'est de laisser son commerce entièrement libre de toute entrave. Nul pays peulrôtre ne le fait à présent. La Hollande est le plus près de ce système, et sa richesse commerciale a grandi en proportion de la liberté.

Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'annoncer sa nomination*. J'espère lui retourner bientôt le compliment en

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