‹ CorrespondanceChapitre 8 sur 95 · A WILLIAM FRANKLIN · texte numérisé non relu

A WILLIAM FRANKLIN

A bord du paquebot la Pensylvanie en charge pour Phila^ delphie, capitaine Osbome^ 22 mars 1775.

« Cher fils,

« Ayant en ce moment un peu de loisir pour écrire je vais tâcher, comme je vous l'ai promis, de rappeler le détail des négociations où j'ai été mêlé relativement 4 la mésintelligence entre la Grande-Betagne et l'Amé^ riqiis.

« Après la session où le parlement avait passé des lois sévères contre la province de Massachusetts, la minorité, qui sentait que sa faiblesse lui venait du

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manqne d'union^ songea sérieusement à former une coalition. A persister dans les mesures violentes prises contre rAmérique, il était visible qu'on courait le risque de démembrer, d'affaiblir, et peut-être de ruiner l'empire britannique. Cette perspective décida quelquesuns des membres de la minorité à proposer aux autres une union qui, à la prochaine session, rendrait l'opposition plus respectable et plus imposante, et permettrait d'en tirer aisément un nouveau ministère, si le mauvais succès des dernières mesures et la fermeté des colonies faisaient juger au roi ce changement nécessaire.

< Je pris quelques soins pour favoriser ces dispositions, dans les entretiens que j'eus avec les principaux membres de la minorité des deux Chambres. Je les suppliai et les conjurai de ne pas souffrir que, par suite de leurs petites mésintelligences, Tétourderie du ministère fît écrouler l'édifice glorieux de l'empire britannique. Pour les encourager, je les assurai, autant que je pouvais le faire, de la fermeté et de VtmanimUé de l'Amérique. Ile doutaient souvent de notre persévérance; c'était là leur crainte et leur inquiétude.

< Depuis l'affront qui m'avait été fait au bureau du conseil, en janvier 1774, je ne m'étais jamais présenté au lever d'aucun ministre. Je ne cherchai pas à me justifier des accusations portées contre moi; je ne rendis pas à mes ennemis injure pour injure; je gardai obstinément un froid silence, me réservant pour une occasion future. J'avais, pour adopter cette conduite, des raisons qu'il est inutile de spécifier ici. De temps en temps, j'entendais dire que les membres raisonnables de Tadministration rougissaient du traitement

qu'ils m'avaient fait subir. Je soupçonnais quelqu6s«-uns de ceux qui me parlaient ainsi, de vouloir tirer de moi mes sentiments et peut-être mes projets; mais je ne dis rien ou presque rien sur ce sujet. Cependant, les mesures prises par les ministres k Tégard de là Nouvelle-Angleterre, ne produisant pas l'effet qu'ils en attendaient, ils se trouvèrent de plus en plus embarrassés, et, à ce qu'il parait, pensèrent à se servir de moi pour se tirer d'affaire. Mais il aurait été trop humiliant de s'adresser à moi ouvertement et directement; c'est donc à des tiers qu'ils eurent recours pour connaître mon sentiment.

Toutes les nouvelles reçues d'Amériqua deptds la prorogation du parlement, prouvaient que les mesures de l'administration n'y avaient ni divisé ni intimidé le peuple; au contraire, il était plus uni et plus déterminé que jamais, et il fallait s'attendre à une résolution de non-importation. En gênant les villes de commerce et de manufactures, cette mesure pouvait influencer les votes contre la cour, dans les élections qui devaient avoir lieu l'année suivante. Dans cette crainte, le ministère fit prononcer tout à coup, et sans qu'on s'y attendît, la dissolution du parlement , et ordonna qu'on procédât à de nouvelles élections dans le plus court délai, avant qu'on pût sentir les suites de la résolution américaine ou qu'elle pût produire cet effet.

Quand j'allai en Angleterre, en 1757, vous pouvez vous rappeler que j'essayai plusieurs fois de me faire présenter à lord Ghatham, alors premier ministre, pour lui parler des affaires de Pensylvanie, mais que je ne pus y réussir. C'était alors un homme trop im-

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portant ou trop occupé d'aSaires plus graves. Jo fus donc obligé de mo contenter d'une sorte de communia cation secrète et non ayouée avec MM. Potier et Wood| 066 secrétaires. Ces messieurs furent très*polis, cultivèrent nui connaissance» et tirèrent de moi tous les renseignements que je pouvais donner sur la guerre qui avait alors lien en Amériquei et, à rocc«sion, me demandèrent mon opinion sur les mesures que d'autres proposaient ou conseillaient, ce qui me permit de faire sentir l'utilité de conquérir le Canada. Je regar* dai, depuis ce temps, M. Pitt comme inabordable. Je l'admirai da loin et n'essayai pas davantage de le voir de plus près. J'eus une ou deux fois seulement le plai* sir d'apprendre de lord Shelbumey et je crois aussi de lord Stanhope, qu'il me fit quelquefois l'honneur de parler de moi, eoumoe d'xm bonmie d'un caractère ras* pectable.

Mais vers la fin d'août dermer, comme je revenais de'Brigthelmstoney j'allai faire une visite ï mon ami M. Sargent) k sa terre d'Halsted, dans le comté de Kent, suivant la promesse que je lui en avais faite. H m'apprit qu'il avait promis de me conduire à Ghevening chez lord Stanhope, qui désirait que j'allasse le voir quand je viendrais dans son voisinage. Nous nous rendîmes le soir même chez lord Stanhope ; il me dit que lord Ghatham souhaitait me voir, et que la de«menre de M. Sargent, où je devais loger, se trouvant snr le chemin, il viendrait me prendre le lendemain matin et me conduirait à Hayee, C'est ce qui fut fait. Ce véritable grand homme me reçut avec force politesses; il m'interrogea en détail sur la situation des affaires en Amérique, parla avec sensibilité de la

sévérité dos dtnùèt^ k» raïAMs osatre le MianchoseUs, me diHun «i «ycrc*^ da dnmns qa*il «vait prononeé pour s^jcff^ts^T;^ et imfii^BafaesBDOQp d'estime et d'intérêt poorle p^iqib de « psfs; il espénit, me disait-il, que les Aflieneràs oonlÎBiienîent à demeurer fermes et unis pour défendre leurs droits constitutionnels par toutes ks Toàes pedfiqpes et légiles. Je rassurai que je ne doutais pas qu^ils ne le fissent Il me répondit qu'il était ehanné de m*aitendre parler ainsi, parce qu'il savait que je devais Iiî«i connaître leurs sentiments*

Je saisis cette occasion pour lui &bre ranarquer que la ruine des grands empùres avait toujouis commencé aux extrémités et par la même cause. Le contrées éloignées des yeux et du siège du gouvernement, et, par conséquent, mal connues, n'étaient jamais bien administrés; elles étaient opprimées par d*injh8tes gouverneurs, trop convaincus que des plaintes partant de si loin ne pourraient ni se faire entendre, ni être soutenues. Voilà ce qui encourageait ces derniers à continuer, jusqu'à ce que l'oppression devînt intolérable. Mais l'empire de la Grande-Bretagne avait heureusement trouvé et longtemps pratiqué un système qui assurait une bonne administration à chaque province ; c'était de confier à la province même une grande partie de son gouvernement. De là tant de satisfaction chez les sujets, tant d'encouragement à former de nouveaux établissements, que, sans la fausse politique suivie depuis peu (politique qui veut un parlement omnipotent, quoique, pour pouvoir tout, il faille aussi tout savoir)y nous aurions ajouté province à province et étendu nos colonies usqu'à la mer du Sud.

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J'ajoutai que je regrettais la ruine qui semblait menacer un si beau plan, si bien imaginé pour rendre heureux tous les sujets du plus grand empire; mais j'espérais que si Sa Seigneurie et quelques autres grands et sages personnages de TAngleterre voulaient unir leurs efforts, il était encore temps d'arracher ce pays aux mains d'un ministère incapable, et de rétablir, entre la Grande-Bretagne et ses colonies, l'union et l'harmonie si nécessaires pour leur avantage réciproque.

Il me répondit avec beaucoup de politesse, que j'avais des idées saines sur la manière d'étendre ainsi notre empire; qu'elles étaient dignes d'une âme grande, bienveillante et éclairée. Il souhaitait comme moi que les différentes nuances de l'opposition pussent s'entendre et rétablir l'accord qui régnait naguère entre les deux pays, ce qu'il désirait ardemment, mais il parla de cette réunion des partis comme d'une chose difficile, et qu'il fallait plutôt souhaiter qu'espérer. Il me dit que l'opinion dominante en Angleterre était que le but de l'Amérique était de s'ériger en État indépendant^ ou du moins de se débarrasser de Vacte de na/vigation. Je l'assurai qu'ayant traversé plusieurs fois toutes les colonies américaines d'un bout du continent à l'autre, et y ayant vu des gens de toute espèce, buvant, mangeant, causant avec tout le monde, je n'avais jamais entendu personne, ivre ou dans son bon sens, qui exprimât le moindre désir d'une séparation d'avec la mère-patrie, ou qui fît entendre qu'une telle séparation pût être utile à l'Amérique. Quant à Vacte de navigation^ la disposition essentielle, fondamentale, qui nous enjoignait défaire notre

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commerce sur des bâûmento anglais ou coloniaux, d'exclure de nos ports les navires étrangers, de composer réquipage de nos vaisseaux de trois quarts de marins anglais^ nous était aussi agréable qu'elle pouvait Tétre à l'Angleterre. Nous ne refusions même pas de nous soumettre aux règles générales que le parle* ment forait pour le commerce, pourvu que de bonne foi elles eussent en vue l'utilité de l'empire tout en^ tier^ et non le modique avantage d'une partie, au grand détriment de Tautre. Telle était, par exemple, l'obligation imposée à nos vaisseaux de toucher en Angleterre « en venant du Portugal et de l'Espagne, avec leurs vins et leurs fruits, les restrictions im« posées à nos manufactures de laine et de ohapel* lerie, la prohibition d'établir des forges et des acie» ries, etc. Il convint qu'on pourrait adoucir oes lois, mais il ajouta que ce qui concernait les forges et l'i^ âer avait été accepté par nos agents comme un com« promis, alors qu'on refusait ici une diminution de droits.

Enfin, il me témoigna beaucoup de satisfaction de m'avoir vu, et parut surtout heureux de l'assurance que je lui donnais que l'Amérique n'aspirait pas à l'tn* dépendance; il ajouta qu'il serait charmé de me revoir le plus souvent possible. Je répondis que je ne man* querais pas de profiter de la permission qu'il voulait bien m'aocorder, sentant vivement l'honneur que me faisait Ba Seigneurie et tous les avantages que je retirerais de sa conversation instructive; ce n'était certainement pas un pur compliment.

Le nouveau parlement devait s'ouvrir le 89 novembre 1774. Vers le commencement de ce mois, étant à

la Société royale, M. Râper, un de nos membres, me dît qpi'il connaissait mie dame qui avait envie de jouer avec moi aux échecs, espérant pouvoir me battre, et qu'elle Tavait prié de me conduire chez elle. C'était, me dit-il, une dame dont je serais charmé de faire la connaissance, une sœur de lord Hov^e, et il espérait que je ne refuserais pas le défi. Je lui dis que j'avais perdu depuis longtemps l'habitude des échecs, mais que je me rendrais chez cette dame quand il le jugerait à propos. lime dit oix elle demeurait, et m'engagea à y passer le plus tôt possible et sans introduction. Je lui promis de le faire, mais comme la chose me parut un peu gauche, je remis ma visite de jour en jour* Le 30 du même mois, m'étant retrouvé aveo lui le jour d'élection de la Société, qui était le Lendemain de l'ouverture du parlement , il me rappela ma promesse, me reprocha de ne pas l'avoir tenue, et me sonmia de lui donner un jour où il viendrait me prendre et me conduire chez mistriss Howe. Je fixai le vendredi sui*vant. Il vint me chercher; je jouai quelques parties avec cette dame, et lui trouvant une conversation sensée et des manières agréables, j'acceptai volontiers une nouvelle invitation. J'étais loin de penser que cette nouvelle connaissance pût avoir le moindre rapport avec les affaires politiques*

Le jeudi qui précédait le jour fixé pour notre partie d'échecs, M. David Barclay vint me voir pour causer avec moi du meeting des marchands qui voulaient présenter une pétition au parlement. Quand il eut fini, il me parla de la situation périlleuse des affaires d'Amérique, du danger que les mesures actuelles n'amenassent ime guerre civile, et du grand service

que rendrait Thomme qui imaginerait quelque moyen de prévenir une si terrible calamité et d'amener une réconciliation. Il voulut bien ajouter qu'il était convaincu que d'après la connaissance que j'avais des deux pays, la réputation et l'influence dont je jouissais dans l'un d'eux, et mes talents en affaires, personne n'y pouvait mieux réussir que moi. Naturellement, je répondis que je m'estimerais fort heureux de contribuer le moins du monde à une si bonne œuvre, mais que je n'y voyais aucun jour; que, sans doute, les Américains étaient prêts à accepter toutes conditions raisonnables, mais qu'un arrangement n'était praticable qu'autant que les deux parties le désiraient; que la conduite du ministère me faisait croire qu'il n'avait pas la moindre disposition à la conciliation; qu'il désirait plutôt pousser les Américains à une rébellion ouverte qui justifierait une exécution militaire, et satisferait l'animosité qui existait en Angleterre contre les whigs et les dissidents. M. Barclay dit que je jugeais trop sévèrement les ministres ; il était persuadé que tous ne partageaient pas ces sentiments, et qu'au contraire ils seraient charmés de sortir d'embarras k quelques conditions que ce fût , en sauvant seulement l'honneur et la dignité du gouvernement, n m'engagea à y réfléchir, et me dit qu'il reviendrait en causer avec moi. Je lui dis que j'y penserais, conmie il le désirait, mais sans grand espoir. Sur cela nous nous séparâmes. Deux jours après, je reçus de lui une lettre enfermée dans un billet du docteur Fothergill, Yoici ce que contenaient ces deux missives :

Youngsbury, près Ware, Séjour du 12* mois 1774. « Estimable ami,

« Après l'avoir quitté jeudi dernier, je rencontrai par hasard^ en retournant chez moi, notre ami commun, le docteur Fothergill : je lui fis part du sujet de notre conversation. Depuis, il m'a invité à une nouvelle conférence sur cette importante afiaire. Je me rendrai donc en ville demain, et je serai chez lui entre quatre et cinq heures; nous nous réunissons pour te demander ta présence. Nous sentons parfaitement tous deux que cette affaire est de telle grandeuVy qu'elle peut effrayer des particuliers et les empêcher de s'en mêler, mais nous en désirons tellement le succès, que nous ne devons rien négliger de ce qui est en notre pouvoir, quoique nos efforts puissent être infructueux.

Je suis ton ami respectueux,

« David Barclay. »

AU DOCTEUR FRANKLIN

Craven-Street.

« Le docteur Fothergill présente ses respects au docteur Franklin; il espère qu'il lui accordera le plaisir de sa compagnie dans Harpur-street, demain soir, pour conférer avec leur ami commun, David Barclay, sur les affaires d'Amérique. A cinq heures précises, s'il est possible.

Harpur-street, 3 décembre.

Ge rendez-vous tombait le soir du jour où je devais faire ma seconde partie d'échecs avec l'aimable mis-

triss Howe. J'allai chez elle. Après avoir joué aussi longtemps que nous le désirâmes y nous nous mîmes à causer^ d'abord d'un problème de mathématiques, et ensuite du nouveau parlement qui venait de s'assembler, quand tout à coup elle me dit : « Mais qu'y a-t«il donc à faire dans cette querelle entre la Grande-Bretagne et l'Amérique? J'espère que nous n'aurons pas une guerre civile. » — « Elles devraient s'embrasser et s'aimer, lui dis-j e ; que peuvent-elles faire de mieux? Les querelles ne peuvent profiter ni & l'une ni à l'autre; c'est la ruine de toutes deux. » — « J'ai souvent dit, répliqua- t-elle, que je voudrais que le gou* vemement vous employât pour terminer cette querelle; je suis sûre que personne ne pourrait mieux y réussir. Ne croyez-vous pas que la chose soit possible? » — « Sans aucun doute, madame, répondis-je, si les parties sont disposées à une réconciliation, car vraiment elles n'ont pas d'intérêts qui les divisent. C'est une querelle de point d'honneur que deux ou trois hommes de bon sens arrangeraient en une demi-heure. Je vous remercie de la bonne opinion qu'il vous plaît d'exprimer sur mon compte, mais les ministres ne penseront jamais à m'employer h, cette bonne œuvre; ils ont mieux aimé m'outrager. » — « Oui, me dit-elle, ils se sont conduits à votre égard d'une manière honteuse; quelques-uns d'entre eux en rougissent. » Je regardai ces paroles comme un accident de conversation, je n'y songeai plus, et, le soir, je me rendis chez le docteur Fothergill, où je trouvai M. Barclay.

Le docteur s'étendit avec beaucoup de sensibilité sur les malheurs qui pouvaient sortir de. la querelle présente, sur la nécessité d'un arrangement, sur Thonneur

qu'il y aurait à servir d'instrument pour cette œuvre excellente. Il finit par me faire des compliments: personne n'entendait la question mieux que moi et n'avait une meilleure tète pour les affaires de ce genre; c'était donc un devoir pour moi de faire tout ce que je pourrais pour amener une réconciliation. Il ajouta qu'il avait appris avec plaisir de David Barclay, que j'avais promis d'y réfléchir; il espérait donc que j'avais mis la main h la plume et apporté avec moi quelque plan à examiner. Je répondis que je n'avais formé aucun plan, que plus je pensais aux procédés dont on avait usé envers les colonies, plus j'étais convaincu qu'il n'existait pas dans le ministère la moindre disposition à un arrangement, et que, par conséquent, tous les plans seraient inutiles. H me dit que je pouvais me tromper, que, quelle que fût la violence de quelques membres de l'administration, il avait des raisons, de bonnes raisons^ pour croire que les autres étaient mieux disposés, que si je voulais dresser un i^ojet, et que nous l'approuvassions tous trois, ce projet pourrait être utile et amener un bon résultat, attendu qu'il croyait que David Barclay, ou lui, pourraient le communiquer à quelques-uns des ministres les plus modérés, qui Texamineraient avec attention, et que puisque, sur nous trois, deux étaient Anglais, ce que nous trouverions raisonnable pourrait le paraître aussi aux ministres.

Tous deux me pressèrent vivement. Je leur représentai qu'il était peu convenable que je m'occupasse de rien de semblable au moment où nous attendions des nouvelles du congrès qui, sans aucun doute, expliquerait les moyens à prendre pour rétablir la bonne intelligence. Cette réponse ne les satisfit point; ils

alléguèrent qu'on ne savait pas quand on recevrait ces nouvelles ni ce qu'elles seraient, que le moindre retard pouvait être dangereux^ qu'on pensait déjà à de nouveaux châtiments pour la Nouvelle-Angleterre, qu'un accident pouvait élargir la brèche et la rendre irréparable, qu'on ne pouvait donc trop tôt chercher et appliquer le moyen de prévenir ces maux. Je me laissai persuader; je promis de faire ce qu'ils désiraient, et de leur apporter le mardi suivant , dans la soirée, un projet que nous discuterions.

Je me trouvai au rendez-vous convenu, et j'apportai la note suivante :

Plan d'une conversation sur les conditions qui peuvent pro* duire une union durable entre la Grande-Bretagne et les colonies,

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