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Aussi donna-t-il sa démission

26'i CORRESPONDANCE

Je serais content de recevoir le compte que vous préparez des dommages méchamment faits à nos possessions, je voudrais bien aussi que vous puissiez me fournir le compte rendu des barbaries commises sur notre peuple. Les deux choses peuvent être d'un excellent usage en certaines occasions.

Les bonnes dispositions de la cour à notre endroit continuent. Nous avons été quelquefois trop pressants , nous avons espéré et demandé plus peut-être que nous n'aurions dû faire, nous avons employé des arguments peu convenables et qui peut-être ont causé un peu de déplaisir ; mais cela n'a pas duré. Dans mon opinion leplus sûr moyen d'obtenir d'autrui un secours libéral, c'est de nous aider nousmêmes vigoureusement. On craint d'assister le négligent, rindolent, l'insouciant, parce que le secours qu'on lui donne est perdu. Je sais que nous avons beaucoup fait, maison dit que nous sommes enclins à nous relâcher après le moindre succès, et que nous sommes toujours en retard pour fournir nos contingents. La France est vraiment une nation généreuse, amoureuse de gloire, et particulièrement fîère de protéger les opprimés. La noblesse qui gouverne toujours en ce pays a peu d'admiration pour le conmierce. Dire aux Français que leur commerce profitera de nos succès, et que leur intérêt est de nous aider, cela équivaut à dire : « Secourez-nous et nous ne vous en serons pas obligés. » Nos gens ont quelquefois tenu ce langage indiscret et peu convenable ; cela n'a pas produit bon effet.

La constante harmonie, qui subsiste entre les armées des deux nations en Amérique m'a causé un plaisir infini. U faut l'entretenir avec soin. J'espèrequ'il n'arrivera rien qui la trouble. Les officiers français qui sont revenus ici cet hiver, parlent de nous, de la plus noble et de la plus aimable manière ; il y a chez la jeune noblesse un vif désir d'aller se battre pour nous; on ne peut l'arrêter, et der-

nièrement il a fallu à cause de cela, faire quelques changements parmi les officiers de Parmée française.

Vous devez sentir l'utilité de vous maintenir en parfaite intelligence avec le chevalier de la Luzerne; aussi n'ai-je besoin de vous rien dire sur ce chef. Dans toutes les cours de l'Europe les affaires d'une nation éloignée se ressentiront toujours des rapports du ministre étranger qui réside chez elle.

Nous avons ici de grandes provisions de toute espèce ; elles sont prêtes à être expédiées, et seraient déjà en route si la perte malheureuse des transports partis avec M. de Guichen et d'autres demandes de vaisseaux n'avaient rendu difficile de les affréter. J'espère cependant que vous les recevrez par le prochain convoi.

Les nouvelles qui nous parviennent de Téconomie que M. Morris introduit dans nos finances, nous servent déjà en ce pays ; elles corrigeront peu à peu la fâcheuse opinion qu'on a de notre désordre et de notre mauvaise administration. Par ce courrier j'informe M. Morris des secours en argent que nous aurons cette année. La somme n'est pas aussi forte que nous Taurions désiré; raison de plus pour redoubler nos efforts. Un peu plus de travail chez chaque Américain, homme ou femme, une petite diminution de luxe, produiront une somme supérieure à tout ce que nous pouvons demander ou emprunter à tous nos amis d'Europe.

Nous avons en ce moment près d'un millier de braves gens, prisonniers en Angleterre ; il en est beaucoup qui depuis plusieurs années ont souffert les misères de la prison, en résistant à la tentation de servir notre ennemi. Notre grande victoire ne vous donnerait-elle pas le pouvoir de faire quelque chose pour les secourir? La misérable aumône d'un shilling par semaine que j'ai pu procurer à chacun d'eux durant l'hiver, monte à cinquante livres sterling par semaine. Un échange ferait le bonheur de

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tous ces braves concitoyens, ajouterait à notre force^ et diminuerait nos dépenses. Mais nos corsaires, qui croisent en Europe, ne voudront pas mener leurs prisonniers en Angleterre, et je n'en ai point à offrir en échange.

Le général Gornwallis et le général Arnold ' sont tous deux arrivés en Angleterre. On dit que dans toutes ses conversations le premier se prononce contre la continuation de la guerre en Amérique ; il ne sera donc pas en laveur. Quant au second on lui donne des audiences, et il assiste au conseil.

En ce qui touche les négociations de paix, je ne vois pas grande probabilité à ce qu'on les entame sérieusement cette année, si le ministre anglais a réussi, comme on le dit, à se procurer des fonds ; il faut donc nous préparer à une nouvelle campagne; j'espère que Dieu continuera de nous favoriser, et d'humilier nos cruels et fiers ennemis; ce sera une grande joie pour TËarope, quoi que M. Deane puisse dire au contraire.

L^année s'ouvre bien; Port-Mahon s'est rendu, et la garnison est prisonnière de guerre; nous ne sommes pas sans espoir que Gibraltar suivra bientôt. Si nous remportions en Amérique quelque nouveau succès d'importance, cela ferait beaucoup pour ramener nos ennemis à la raison.

Je suis touché de votre bonne opinion à mon endroit, et des vœux que vous faites pour que je continue mon service. Aussi longtemps que le Gongrès pensera que je pois être utile à notre cause, c'est mon devoir de lui obéir; mais je serais heureux de voir ses ordres mieux exécutés par un autre, et de me voir moi-même en liberté, et jouissant d'un peu de loisir et de repos, avant de quitter le théâtre de la vie. Avec grande estime, etc. B. F.

1. Le général Comwallis venait d'être vaincu à Yorktown, Arnold était un officier américain qui avait trahi son pays.

DE BESHAMIN FRANKUN. 267

A ROBERT R. LIYINOSTON.

Adre^e du Parlement anglais au roi powr cesser la guerre

d* Amérique.

Passy, 9 mars 1782.

Monsieur,

•...Vous trouverez dans les journaux ci-înclus les débats complets de la chambre des communes, sur la nêeessité de cesser la guerre d'Amérique. Des avis particuliers m'içprennent que toute Topposition, devenue majorité, s'est rendue en corps auprès du roi pour lui présenter Padresse. Le roi a répondu qu'il ferait grande attention à ravis de ses fidèles communes, et qu'il emploierait avec plus de vigueur toutes ses forces contre les anciens ennemis de la nation '. Des ordres ont été immédiatement donnés pour équiper un grand nombre de transports, parmi lesquels il y a beaucoup de vieux vaisseaux revenus des Indes ; on suppose que les Anglais veulent faire quelque grande expédition aux Antilles, et peut*être embarquer les troupes et les munitions qu'ils ont à New- York et à Gharleston. J'espère toutefois que ces nouvelles ne nous feront point diminuer nos préparatifs pour la prochaine campagne.

Présentez mes respects au Congrès, et croyez-moi avec une sincère estime, etc. B. F.

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