C'est-à-dire la France
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k GEORGE WASHINGTON.
Capitulation de lord Comwallis. — Comte de Ségur.
Passy, 2 avril 1782.
Monsieur,
J*ai reçu à sa date, votre lettre contenant la capitulation du général Comwallis. Tout le inonde s'accorde à dire que jamais expédition ne fut mieux combinée ni mieux exécutée; elle ajoute beaucoup à la réputation militaire que vous vous êtes acquise, et rend plus éclatante la gloire qui entoure votre nom, et qui l'accompagnera jusqu'à la postérité la plus reculée. Aucune nouvelle ne pouvait me rendre plus heureux. Hercule enfant vient d'étrangler les deux serpents qui Vattaquaient dans son berceau; j'espère que sa vie future répondra à ce premier prodige.
La présente vous sera remise par le comte de Ségnr^ C'est le fils du marquis de Ségur, ministre de la guerre, un de nos meilleurs amis. Mais ce n'est pas à ce titre que je réclame vos bontés pour ce jeune gentilhomme; ses qualités personnelles, son caractère aimable, sa conversation spirituelle, son zèle pour la liberté lui mériteront votre estime, et lui seront, auprès de vous, une meilleure recommandation que toutes celles que je pourrais lui donner.
Les Anglais paraissent ne savoir ni comment continuer la guerre, ni comment faire la paix. Au lieu d'entrer directement en arrangement, pour mettre fin à une lutte dont ils sont las, ils ont voté en plein Parlement qu'il était impossible de reconquérir de force l'Amérique^ qu'il ne fallait pas continuer contre nous une guerre offensive ; et
] . Celui qui fut plus tard ambassadeur à la cour de Russie, et dont nous avons les mémoires.
que quiconque conseillerait de le faire serait regardé comme un ennemi de la patrie.
Ainsi donc, s'il reste des garnisons à New-York et à Gharleston, elles demeureront tranquilles; on ne leur permet que de se défendre. Les ministres ne concevant pas ou n'approuvant pas cette manière de faire la paix à demi, ont donné leur démission; mais nous ne savons pas qui leur succédera, ni quelles mesures prendra le gou' vemement anglais. Il est probable que nous en saurons quelque chose avant que le marquis de La Fayette ne parte. Nous avons tout à espérer : malgré cela, je crois pmdent de ne rien relâcher des préparatifs que nous faisons pour une vigoureuse campagne. Cette nation est sujette à des flucluations soudaines. Quelque humiliée qu^elle soit aujourd'hui, le moindre succès aux Antilles dissiperait ses craintes, réveillerait son insolence naturelle, interromprait les négociations et rallumerait la guerre. Nous avons fait ici de grands approvisionnements pour le service de votre armée ; nous vous les enverrons aussitôt que nous aurons pu nous procurer des transports et nous assurer d'un bon convoi.
Tous mes vœux vous ont toujours suivi, et vous suivront toujours. Avec le plus grand estime et le plus sincère respect, j'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence, le trèshumhle et très-obéissant serviteur B. F.
ADAVIDHARTLET,
De la réconciliation avec V Amérique.
Passy, 5 avril 1782« Mon cher ami.
.... Je vois avec plaisir que, dans les votes, dans les discours parlementaires et dans vos papiers publics, lorsqu'on
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parle de PAmérique, le mot réconciliation est souvent em ployé. Il signifie certainement quelque chose de plus qu'une paix simple. CTest un mot d'amitié. Mon cher ami, cherchez dans votre esprit les moyens d'amener cette réconciliation. Considérez l'injustice de la guerre que vous nous avez faite, et la façon barbare dont elle a été conduite, le grand nombre de nos familles qui ont souffert de vos incendies et du scalp des sauvages, etc., etc. , vous serez convaincus que, la cessation de la guerre peut s'appeler la paix sans 6tre pour cela une rkonctliation. De votre part, quelques actes de justice, et môme de bienveillance produiraient d'excellents effets, et amèneraient une réconciliation. Ne sauriez-vous pas trouver le moyen de réparer un peu le mal que vous nous avez fait? Vous avez en Angleterre et en Irlande douze cents de nos compatriotes qui sont prisonniers. Depuis plusieurs années ils ont bravement souffert toutes les misères de la détention, plutôt que de consentir à entrer à votre service pour se battre contre leur pays. Il me semble que vous de vriez être fiers de trouver dans vos descendants un tel héroïsme. Que ne commencez-vous vos mesures de récon" ciliation par mettre ces hommes en liberté? Je sais que cette mise en liberté vous procurerait celle d'un nombre égal de vos gens, même sans aucune stipulation de votre part. Cette confiance en notre équité, ce bon vouloir donnerait une heureuse idée de votre changement de dispositions envers nous. Vous ne connaissez peut-être pas ropinion qu'on avait dernièrement en Amérique de votre roi et de votre pays? La copie d'une lettre ci-incluse vous en fera juger; elle vous convaincra combien toute espèce de projet de nous ramener sous la domination d'un tel souverain serait impuissante et chimérique. Je suis, etc.