‹ Correspondance complète de la marquise du Deffand avec ... le présidentChapitre 1 sur 53 · DE MADAME · texte numérisé non relu

DE MADAME

Paris , 20 septembre 1769.

Vous avez beau dire, monsieur, vous ne me persuaderez jamais que ce qui produit de si mauvais ouvrages , et qui introduit un si détestable goût , soit un établissement bon et utile. Pourquoi inciter les gens à parler quand ils n'ont rien à dire? et a-t-on quelque chose à dire quand on n'a ni pensées ni idées? Que l'Académie se borne à traiter de la grammaire, à enseigner les règles , mais qu'elle ne donne point de sujets à traiter; qu'elle ne donne point d'entraves au génie; que les prix qu'elle a à distribuer soient pour les auteurs de bons ouvrages donnés au public; qu'on suive en cela la méthode des Anglais. Enfin, monsieur, je ne puis souffrir qu'on encourage les gens ^ns talents; ayez la sévérité et la fermeté de Despréaux; elles vous conviennent encore mieux qu'à lui. Réformez votre maison , vous y avez trop de bouches et de langues inutiles; votre livrée est trop nombreuse, contentezvous d'être magnifique, et dédaignez le faste.

Quoi ! pensez-vous sérieusement que ma voix puisse se faire entendre, et que je puisse vous être utile pour faire représenter vos Guèbres ? Jamais le gouvernement n'y consentira ; contentez-vous de l'impression. Vos Guèbres sont dans les mains de tout le monde , et si vous connaissiez vos acteurs , vous verriez combien ils vous sont inutiles ; ils n'ajoutent aucun prestige à ce qu'ils représentent, tout au contraire, ils font voir le derrière des coulisses, et sentir tous les défauts. Vous ne pouvez être retenu par celte considération, j'en conviens; mais, monsieur, vous voulez établir la tolérance, vous avez raison, je II. 1

î CORRESPONDANCE COMPLETE

voudrais qae vous fussiez le premier à en ressentir les efFets. Pour y parvenir, prêchez-la d'exemple; çontentez-vous d'avoir montré la vérité, et laissez-y tourner le dos à ceux qui ne la veulent point voir. Vous avez tout dit, tenez-vous-en à ne pas vous dédire, et ne mettez point de nouveaux obstacles à la chose du monde que je dëaire le plus, et sur laquelle j'ai eu une conversation avec madame Denis, dont elle vous rendra compte. Votre correspondance avec la grand'maman Gargantua me ravit; elle vous répond à ce qu'il y a de solide, c'est ce qui doit lui appartenir : pour moi , je ne suis que pour le frivole ; je ne vois point dans l'histoire des Soukirs l'établissement des manufactures, je n'y vois qu'un très-beau sujet de conte de fées, qui pourrait surpasser Cendrillon, Voilà, monsieur, les progjrès de mon esprit et de ma raison, qui au bout de soixante et mille ans que j'ai vécu, me mettent à côté des enfants de quatre ans. Ah! je ne suis qu'une petite fille; mais j'ai une charmante grand'maman; il faut l'adorer, monsieur, et moi, m'amuser et m'aimer toujours.

Vendredi, 6 octobre, à sept heures du matin, lendemain de votre départ.

N'exigez point de gaieté, contentez-vous de n^pas trouver de tristesse; je n'envoyai point chez vous hier matin, j'ignore à quelle heure vous partîtes; tout ce que je sais, c'est que vous n'êtes plus ici.

Landi 9, à 8 keures du matim.

Je ne respirerai à mon aise qu'après une- lettre de Douvres. Ah ! je me hais hien de tout le mal que je tous cause ; trois jour* nées de route, autant de nuits détestables, an embarquement, un passage , le risque de mille accidents , voilà le bien que je vous procure. Ah ! c'est bien vous qui pouvez dire en pensant à moi : Quallais-je faire dans cette galère? Eh ! mon Dieu, qui suis-je? Oh! le centenier de P Evangile ne se rendait pas plus de justice que moi; phis je sais contente de vous, moins je le suis de moi ; mais pour le présent je n'épluche point de cer» taines choses. Vous êtes à Douvres, tous serez, j'espère, ce

soir à Londres, voilà ce que j'ai impatience d'apprendre, après quoi je causerai plus à mon aise avec vous.

LA MÊME AU MÊME

Paris, 17 octobre 1769.

Enfin vous voilà passé ; mais quatorze heures et demie sur mer, c'est bien long, et me fait faire de tristes réflexions. Vous vous portez bien; la lettre que j'attends demain me le confirmera, à ce que j'espère.

Les oiseaux de Steinkerque ' sont revenus, ils arrivèrent avant-hier et restèrent si tard, qu'ils me firent manquer mon souper chez le président. Votre nièce avait pris médecine , je ne l'avais point vue de la journée ; ces dames voulurent la voir, je les accompagnai, et tout d'un coup nous primes la résolution de souper chez elle. Vous juges de la bonne chère , mais nous fCanes fort gais. Nous nous sommes engagées pour jeudi chez la marquise ; nous aurons le prince de Beaufrenaont de plus ; nous feuiUetteroDS tous les manuscrits et je ramasserai tous les ver» du chevaher *, je vous les enverrai, vous en serez l'éditeur si vous voulez. La marquise nous dit quatre vers qui sont pour le moins aussi vieux que moi ; les voici :

firouiwin dès Vàf^e le plus tendre Posséda la sauce à Robert , Sans que son précepteur lui pût jamais apprendre Si son Credo ni son Pater.

Ce Broussin était un débauché, ami de Chapelle; il était Brulart, de même famille et de même nom que ma mère ' .

Ces oiseaux de Steinkerque souperont dimanche chez moi, il y aurait de l'affectation à ne les jamais inviter; il paraîtra peutêtre à madame de Forcalqnier que j'en mets dans ma conduite avec elle, cependant le hasard en décide plus que Finteution.

1 La mar<|iiise de BoufHers.èif sa nièce^la vicomteMe de GBmbis^(|ue madame du DefFand désignait de la aoiae, d'après quel<}i^ulaia|Uiterîe8 j^çuçs s ^ j dans la société dans laquelle elles vivaient. (A. N.) c/^---'*^»^^ *'^ /o<riâ<V ^.. . j ' '^ a De Boufflers. (A. N.) a^-->^xJ ' x ^;iw 3 Anne Brulart, fille du prtmier président da parlement de Bourgogne. ri^''u^.K (A-N.) , * ' '^

Jeudi.

Voilà votre première lettre numérotée; si je l'avais reçue hier, celle-ci serait partie aujourd'hui, mais je vois que le calme et le trouble nous sont également contraires. Le calme vous fait rester quatorze heures et demie sur mer , et met du retardement dans notre commerce ; et le trouble dérange votre tête et abrège vos lettres : mais enfin vous voilà arrivé, et j'ai presque autant de joie de vous savoir à Strawberry-Hill , que j'en aurais à vous avoir auprès de mon tonneau ; je dis presque, car cela n'est pas tout à fait de même-.

Je sais peu de nouvelles. Le . gouvernement d'Amiens est donné à M. de la Perrière, sous-gouverneur du Dauphin; celui de Landrecies à M. du Sauçay, major des gardes, qui est un peu de mes amis. M. de Monclar ', avec qui vous avez soupe, fut l'autre jour chez M. le duc de Ghoiseul, qui lui dit: a Je vous fois mon compliment sur la pension de cinq mille francs que le roi vous donne sur les affaires étrangères. » Ensuite il alla chez M. le chancelier, qui lui dit : a Je vous fais mon compliment sur la gratification annuelle que le roi vous donne sur les états de Provence. »Puis il alla chez M. de Saint-Florentin, qui lui dit : «Je vous fais mon compliment sur le remboursement que le roi vous fait de votre charge. » Il voulait aller chez Tévéque d'Orléans, espérant un compliment sur le don de quelques bénéfices; c'est de madame de la Vallière que je tiens ce fait, qui le tenait de M. d'Eutragues *.

Je crois que les Ghoiseul nos parents ne sont pas contents;

1 RippRrt de Monclar, procureur général au |>arlement d'Aix. C'était un homme d'un mérite distingué, profondément versé dans le droit puhlic : il doinin la preuve de ses connaissances dans une foule de mémoires et de réffuisituires sur des objets d'une haute importance. Ce fut surtout contre les Jésuites qu'il déploya toute l'énergie de son caractère et toute Tartivité de son zèle. Son Compte rendu des Constitutions de cette société, les réquisitoires où il l'attaquait, sont plus substantiels et aussi forts que les philippiqucs de la Chalotais. Louis XV ayant, par suite d'une mésintelligence avec la cour de Rome, fait occuper Avign<m et le Comtat, en 1768, Monclar, l'année suivante, publia un mémoire jKïur établir 1cm droits du iw sur cette enclave. Ce fut sans doute en récompense d<' ce travail qu'il reçut les bienfaits dont parle madame du Deffand. Monclar mourut ât Tâge de soixante-sept ans, dans sa terre de Saint-Savouniin , en 1773, pendant la disgrâce des parlements.

2 Le marquis d'Entragues y courtisan assidu de Louis XV, dont il était le fovori : il monrnt célibataire, de la petite vérole, à un âge peu avancé.

j*aâ reçu un billet du baron de Gleichen qui me fait juger qu'ils ne sont pas de bonne humeur.

LA MÊME AU MÊME

Paris, lundi 23 octobre 1769.

Le petit Graufurd part mercredi, je ne veux pas perdre cette occasion. Vous direz, si vous voulez, que j'aime à écrire, je conviendrai que cela est vrai quand c'est à vous; pour tout autre c'est une corvée.

Je n'ai pas grand' chose à vous dire sur la politique. Le roi soupa jeudi 19, pour la première fois, chez madame du Barry. Les convives étaient mesdames de Mirepoix, de Flavacourt, de l'Hôpital. Les hommes, MM. de Condé, de Lusace, de Soubise, de Richelieu, d'Aiguillon, d'Estissac, de Croissy, de Ghauvelin, de Noailles et de Saint-Florentin. M. de Beauvau, qui me l'avait mandé, me marquait qu'on était en peine de savoir si M. de Gontault * avait été invité; il pouvait n'avoir pas reçu l'invitation, parce qu'il pouvait n'être pas rentré chez lui depuis qu'elle y serait arrivée; doute qui met du probléma-, tique dans cette affaire, et que je n'ai point éclairci.

Je reçus hier au soir une très-longue lettre de la grand'maman * ; elle me rend un compte très-détaillé de sept ou huit petites commissions dont elle s'était chargée : la principale était le payement de ma pension ; elle ne me dit pas un mot de sa santé; elle s'excuse de ne m' avoir pas écrit plus tôt, parce qu'elle n'a pas un moment à elle, et qu'il faut qir'elle prenne sur son sommed pour écrire.

Je crains que cette grand' maman ne soit très-malade ; son mari voudrait qu'elle revint à Paris; peut-être a-t-on fait venir l'abbé pour l'y déterminer : indépendamment de sa délicatesse et de son rhume, elle a certainemci^ beaucoup de chagrin. V^ous devriez lui écrire , je ne puis douter qu'elle n'ait véritablement de l'amitié pour vous, une parfaite estime, un véritable goût. Ne vous en faites point une tâche, ne mettez pas

^ Le dac de Gontault était le frère du maréchal duc de Biron , et père du duc de Laozun. Il avait épousé une sœur de la duchesse de Choiseul. (A.N.)

^ La duchesse de Choiseul se trouvait alors à Fontainebleau avec la cour. (A. S.)

6 GORRESPONDAMCE COMPLETE

plus de recherche que quand tous m'écrivez, et laissez-vous aller à votre sensibilité naturelle; elle n'a pas plus de répugnance que moi pour tout ce qui part du sentiment. Sentiment ! ce mot vous semble ridicule ; eh bien , moi je vous soutiens que sans le sentiment l'esprit n'est rien qu'une vapeur, qu'une fumée; j'en eus la preuve hier. Je soupai chez les oiseaux, nous feuilletâmes leurs manuscrits, on lut une douzaine de lettres du chevalier ' , il y en avait de toutes sortes ; elles me parurent insupportables. Beaucoup de traits, je l'avoue, parfois naturels, mais le plus souvent recherchés, enfin fort semblables à ceux de Voiture , si ce n'est que le chevalier a plus d'esprit. Je n'ai rien emporté parce que je n'ai rien trouvé dig^ne de vous. Tenez, mon ami, vous avez beau déclamer contre le sentiment, il y en a plus dans vos invectives que dans tous les semblants du chevalier.

Les empressements de la Béllissima ont la fièvre continue avec des redoublements ; vous vous souvenez de la chanson des oiseaux sur mon tonneau *. Voici ce que je reçus parla petite poste sur le même air, qui est celui de Y Ambassade :

Ce n*est pas quand on voyage Que l*on trouve le plaisir; Ce n'est que près dn rivage Qu'il remplit notre désir.

Ou a licau voguer i«ur l'onde, Parcourir dans un vaisseau Les quatre coins de ce monde, Rien ne vaut votre tonneau.

Quelques jours après, étant avec les oiseaux, je fis le couplet sur l'air : Du haut en bas.

Dans sou tonneau, On voit une vieille sibylle,

Dans son tonneau, Qui n'a sur les os que la peau.

Qui jamais ne jeûna vigile, Qui rarement lit l'Évangilo,

Dans son tonneau.

Le lendemain autre billet par la petite poste , où était mon couplet, suivi de celui-ci :

* Le chevalier de Boufflera.

8 QuelqiiPM vers qui avaient été faits pendant le séjour de M. "Walpole à Paris, et qui ne ë? trouvent pas dans va lettres. (A. N.)

DE MADAME LA MARQLISE DU DËFFAND. 7

Dans ce tonneau Venez puiser la vraie sagesse,

Dans ce tonneau ; Il auraîc enclianté Boileaa ; Car VM18 troaTeresE la jusfeease.

Le §oùt et la délicatesse

Dans ce tonneau.

Quoique ces couplets soient anonymes, je ne doute pas qu'ils ne soient de la BelÛssina.

Femey, l®*" no%'embre 1769.

Si je suis en vie ce printemps, madame, je compte venir passer dix ou douze jours auprès de vous avec madame Denis. J'aurais besoin d'une opération aux yeux, que je n'ose hasarder au commencement de l'hiver. Vous me direz que je suis bien insolent de vouloir encore avoir des yeux à mon âge, quand vous n'en avez plus depuis si longtemps.

Madame Denis me dit que vous êtes accoutumée à cette privation , je ne me sens pas le même courage. Ma consolation est dans la lecture , dans la vue des arbres que j'ai plantés et du blé que j'ai semé. Si cela m'échappe, il âera temps de finir ma vie, qui a été assez longue.

J'ai ouï parler d'un jeune homme fort aimable, d'une jolie figure, ayant de l'esprit, des oonoaissaBces , un bien honnête, qui, après avoir f;^it un calcul du bien et du mal, s'est tué à Paris d'un coup de pistolet. Il avait tort, puisqu'il était jeune, et que par conséquent la txMUe de Pandore lui appartenait de droit. Un prédieant de Genève, qui n'avait que quarante-cinq ans, vient d'en £iire autant; c'était une maladie de fsuraiUe : son grand-père, son père et son frère lui avaient tous donné cet exemple. Cda est unique et mérite une grande considération. Gardez-vous bien d'en faire jamais autant, car vous courez, TOUS soupes, vous conversea, et surtout vous penses. Ainsi, madame, vivez ; je vous esnvenrai bientôt quelque chose d'honnête, ainsi qu'à votre grand'maman. Je n'ai guère le temps «récrire des lettres, car je passe ma vie à tâcher de faire quelque chose qui puisse vous plaire à toutes deux ; j'en ai pour l'hiver.

J'aime passionnément le mari de votre grand' maman , c'est une belle àme. Croyez-moi, il vaut mieux que tout le reste; il se ruinera; mais il n'y a pas grand mal, il n'a point d'enfents. Mafs surtout qu'il ne haïsse point les philosophes parce qu il a plus d'esprit qu'eux tous; c'est une fort mauvaise raison pour haïr les gens.

Je vois qu'on me regarde comme un homme mort; les uns s'emparent de mes sottises, les autres m'attribuent les leurs.

Dieu soit béni !

Comment se porte le président Hénault? Je m'intéresse toujours bien tendrement à lui. Il a vécu quatre-vingt-deux ans; ce n'est qu'un jour. On aime la vie, mais le néant ne laisse pas d'avoir du bon.

Adieu, madame, je suis à vous jusqu'au premier moment du néant. Madame Denis vous en dit autant.

MADAME LA MARQUISE DU DEFFAMD A M. HORACE WALPOLE

Paris , jeudi 2 novembre 1769.

Je vous ai menacé de* vous écrire par M. Ghamier ' ; il fiaiut tenir ma parole , sans quoi vous vous moqueriez de mes menaces. Je pensais avoir beaucoup de choses à vous dire, et aujourd'hui je ne trouve presque rien. •

Le duc de Richmond m'a parlé avec beaucoup de confiance , d'abord de son duché " ; les difficultés qu'il trouve , ou plutôt l'impossibilité de faire enregistrer au parlement ses lettres ou patentes de pairie à cause de sa religion; le parti qu il prend de se contenter qu'il soit héréditaire, la consultation de M. Gerhier , la conversation qu'il a eue avec le grand-papa , dont il m'a dit être très-content. Il m'avait recommandé de lui en parler , ce que j'ai fait ; je n'ai pas été extrêmement contente de ce que m'a répondu le grand-papa, il m'a paru peu au fait de l'affieiire, mais ses dispositions ne m'ont pas paru défevorables ; je lui dis que le duc était très-satisfait de lui, qu'il m'en avait dit mille biens. « Il me semble, a-t-il répondu, qu'il ne pensait pas de

1 M. Charnier était d'une famille d'origine française, mais étalilie depuis longtemps en Angleterre. Il s'était rendu si Paris pour les affaires de la Compagnie des Indes orientales. (A. N.)

2 D'Aubigny. (A. N.)

même étant ambassadeur ; » mais il n'avait point le ton d'aigreur ni d'ennui; je suis persuadée que s'il n'arrive aucun changement, c'est-à-dire s'il reste dans sa situation présente, il rendra service à votre ami; mais ce que je trouvai plaisant, c'est que la grand'maman entendait mieux cette affaire que lui ; je crois qu'il fera bien de la poursuivre, et qu'elle réussira. Ensuite , votre ami me parla de ses chagrins et du parti que sa sœur * allait prendre de revenir pour vivre avec lui ; je fus édifiée et touchée de l'honnêteté , de la bonté , de la tendresse de ses sentiments. Je trouve que c'est un homme excellent. Ah ! je ne suis pas étonnée qu'il vous plaise , je sens que si je vivais avec lui je l'aimerais de tout mon coeur, et sa femme aussi, qui est d'un naturel et d'une simplicité charmante. J'avais une double satisfaction avec eux, leur mérite personnel, et d'être avec vos meilleurs amis. Ne me laissez point oublier d'eux, et répondez-leur qu'ils peuvent m' employer à tout ce qu'ils jugeront à propos.

Le grand-papa paraît de très-bonne humeur, cependant il n'est pas sans inquiétude; la dame ^ ne dissimule plus sa haine pour lui, et cette conversation qu'il eut avec elle , pendant que vous étiez ici, a été une feusse démarche de sa part, puisqu'elle n'a produit aucun bon effet; il reçoit journellement de petits dégoûts , comme de n'être pas nommé ou appelé pour les soupers des cabinets, et chez elle; des grimaces, quand au whist il est son partenaire ; des moqueries , des haussements d'épaules , enfin des petites vengeances de pensionnaire , mais qui ne laissent pas d'écarter une sorte de gens , des sots à la vérité , mais c'est une petite brèche à la considération ; jusqu'à présent, il n'y a encore rien eu qui attaque le crédit dans ce qui regarde ses départements. Le nombre des soupeuses et des voyageuses n'augmente pas ' ; la dame Valentinois est comme hors de combat, on dit qu'elle redevient folle; elle n'a point été à Fontainebleau ; elle ne dort point ; il y a dix ou douze jours que j^ ne l'ai Vue.

La princesse de Montmorency est une soupeuse, parce .que

^ Lady Sarah BunLury, dont M. de Lauzun parle dans ses Mémoires. (A. N.)

^ Madame du Barry.

^ Elle entend par là les dames que Ton engagea à être des soupers de madame du Barry, et des petites excursions qu'elle fit avec le roi dans les difFérents châteaux de plaisance. (A. N.)

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