II
y avoir égard. Je vous manderai vraisemblablement lundi le jugement de ce procès, qui m'aurait bien ennuyée si je n'y étais pas un peu intéressée.
Dimanche il juin 1775.
Oui , la reine a été au sacre, avec Madame, Mesdames Clotilde et Elisabeth. C'est aujourd'hui que la cérémonie s'est faite; nous aurons une liste des morts et des mourants, car il est impossible que qui que ce soit n'ait succombé à cette fiatigue. Paris est désert dans ce moment-ci ; j'aurais dû prendre ce temps pour aller à Roissy. Les Garaman ont marié leur fille afnée à un M. le comte de la Fare dont ils sont extrêmement contents.
Madame de Gramont part mardi pour aller aux eaux de Bonrbonne , madame de Tessé * l'accompagnera ; elles passeront par Cirey, chez les du Châtelet; elles y arriveront jeudi , et M. de Choiseul s'y rendra de Reims, et après y avoir séjourné quelques jours, il en partira avec sa sœur, et passera une quinzaine de jours avec elle à Bourbonne; il retournera ensuite à Ghanteloup. La grand'maman y est présentement toute seule; Tabbé est ici, il y restera jusqu'au départ de son neveu pour Vienne , on il va être secrétaire d'ambassade ; il l'a été en Suède avec succès'.
J'attends mon évéque de Mirepoix dans quinze jours; j'aurai dans ce temps-là des évéques à foison , et une partie de mes diplomatiques. Je voudrais que votre ambassadeur fût du nombre , mais M. de Saint-Paul n'a pas l'air de l'attendre sitôt.
Je saurai par votre première lettre des nouvelles de notre ambassadeur*. Que dites-vous, de la conclusion de son affaire? comment trouvez-vous la sentence^? Je vous ai envoyé par lui les brochures que vous demandiez.
1 La marquise de Tessé, fille du marcchal de NoalIIes. (A. N.) 3 Le même M. Barthélémy qui fut ensuite plusieurs années secrétaire d'ambassade à Londres, durant la mission du comte de la Luzerne, un des directeurs sous la République, membre du sénat conservateur sous l'Empire, et aujourd'hui pair de France. 1827. (A. N.)
' Le comte de Guines, alors retourné en Angleterre. (A. N.)
^ Cette sentence, qui condamnait Tort « à faire réparation d'honneur audit
Enyoyez-moi les rers de M. Fitz-Patrick et ceux de Charles Fox.
LA MÊME AU MÊME
Paris, dimancLe 25 juin 1775.
Vous me confirmez ce que disent les gazettes sur votre Amérique ; je ne suis pas politique , vous avez raison , mais je m'intéresse à milord North ; je ne sais pas pourquoi, mais je m'imagine que c'est un honnête homme , et je serais fâchée qu'il quittât le ministère. Cette fête sur l'eau doit être fort belle ' . Le pauvre milord Stormont est donc éconduit*? Puisque cela est , renvoyez-le-nous , il sera très-bien reçu ici , et en particulier par moi. L'ambassadeur de Naples est de retour, plus de troupe italienne que jamais. Le grand abbé est encore ici , il ne nous quittera que dans douze ou quinze jours.
L'évêque de Mirepoix est arrivé , dont je suis fort aise ; il a Pair de m' aimer im peu. J'ai deux soupers dans la semaine, le mercredi et le jeudi. Le mercredi , j'ai les maréchales, les princesses, les duchesses, marquises, comtesses, les diplomatiques, les évéques, etc. N'allez pas croire que cela fesse quarante personnes, mais quelquefois il y en a quinze ou seize. Les jeudis , cela est différent : c'est le grand abbé , un certain président de Cotte, l'évêque de Mirepoix, qi^elquefois celui d'Arras, M. Necker, et de temps en temps quelques autres. Mon unique occupation est de m' assurer de la compagnie pour passer la soirée , soit en l'attirant chez moi, soit en l'allant chercher chez les autres ; il ne m'arrive presque jamais de la passer seule , mais c'est par les soins que je prends pour l'éviter.
Toutes réflexions faites, je vous l'avouerai, je trouve que je vis trop longtemps.
P. S. J'avais fini là , je me le suis reproché , et je rouvre ma lettre pour vous dire que je ne hais pas tant la vie que j'en ai
comte de Gaines, en présence de douze personnes au dioîz dudit comte de Gaines, donc sera dressé acte ; ledit Tort condamné en outre à 300 livres de dommages-intérêts envers ledit comte de Guines, etc., etc.;» cette sentence était néanmoins si ampLihologique dans d'autres points, que les deux parties jugèrent également convenable d*en appeler. (A. N.)
1 Fête donnée sur la Tamise. (A. N.)
S Refusé par lady Harriet Stanhope. (A. PJ.)
Pair; il y a tels événements et circonstances qui me fei*aient désirer qu'elle se prolongeât encore quelque temps.
Je fais traduire les vers de Charles Fox par deux personnes. Je serai curieuse de savoir laquelle aura le mieux réussi; je ne vous les nommerai qu'après que vous m'en aurez dit votre avis.
LA MÊME AU MÊME
Paris , samedi l**" juillet 1775.
Je ne suis point surprise de votre irrésolution , et je le serai infiniment si vous vous déterminez à venir ici. L'espace de quatre ans n a pas été suffisant pour vous vieillir, mais plus que suffisant pour effacer des traces peu profondes, et dont vos singulières interprétations avaient fort avancé l'ouvrage.
Vous dites qu'il n'y a que moi qui ne vieillis point; vous vous trompez très-fort en me tirant de la classe des décrépites, j'en ai tous les apanages : du dégoût pour tous les amusements et un fond d'ennui contre lequel je ne trouve nulle ressource. Aucun plaisir ne me tente , je ne me plais que dans mon tonneau » mais la compagnie m'est nécessaire , surtout dans la soirée. Toute lecture m'ennuie : l'histoire, parce que je n'ai point de curiosité; la morale, parce qu'on n'y trouve que des idées communes ou peu naturelles ; les romans , parce que tout ce qui tient à la galanterie me paratt fade, ou que la peinture des passions m'attriste. Enfin, je vous dirai la vérité quand je vous assurerai que ce qjii me fait supporter mon état, c'est la certitude qu'il ne durera pas longtemps. Je tâche par mes réflexions d'adoucir ma situation, mais les réflexions me sont contraires, parce qu'elles me font attribuer à moi-même tous les chagrins que j'éprouve, et dans les mécontentements que j'ai de tout ce qui m'environne, je suis plus mécontente de moi que de qui que ce soit. Voilà la peinture de mon âme ; elle est interrompue par une visite.
Dimanche 2.
Je ne désavoue rien de ce que j'ai écrit hier; je me flatte que vous n'en serez point choqué ; il est juste qu'il me soit permis de parler quelquefois de moi et de dire la vérité ; je n'abuserai point de cette liberté; vous pouvez vous flatter d'avoir réussi à mon éducation, il est fiàcheux que vous n'ayez pu l'entreprendre plus tôt.
Je suis parfaitement disposée à tous rendre ma société et ma conversation très-faciles, et je n'aurai ntil effort à me faire; je souhaite seulement que vous puissiez prendre quelque intérêt à mille et mille choses que je serai en état de vous raconter, et que je ne puis ni n'ai pu vous écrire. Ce n'est pas votre indifférence particulière qui seule me fait prévoir votre ennui , c'est celle que vous avez pour toutes choses. Cependant , en y réfléchissant, j'ai peine à croire que ce ne soit pas une sorte de plaisir pour vous de sentir celui que j'aurai à vous revoir ; d'ail- Jeurs vous trouverez l'évéque de Mirepoix ici , quelque temps que vous puissiez prendre pour y venir; il y restera jusqu'à la fin de novembre. Et puis, ne m'avez-vous pas dit que M. de Richmond devait venir? pourquoi ne vous arrangeriez-vous jpas à faire votre voyage avec lui ?
Âh ! j'allais oublier de vous envoyer la traduction que j'ai fait faire des vers de Charles Fox ' ; ils n'ont pas eu un grand succès , et je trouve que vous les admirez un peu trop ; marquez-moi laquelle des deux traductions vous trouvez la meilleure , je vous dirai après de qui elle est.
Par madame la C,
ft Quand la plus charmante expression est* jointe à des traits « formés par le pinceau le plus délicat de la nature ; quand la » rougeur naturelle de la pudeur et des souris sans -art expri- « ment la douceur et le sentiment qui résident dans le cœur ; » quand dans les manières enchanteresses on ne trouve pas le » moindre défaut, et que Tàme tient tout ce que le visage avait « promis ; la philosophie, la raison, l'indifférence même ne doi- » vent se trouver que des boucliers bien faibles pour nous » garantir de l'amour.
» Dites-moi donc, enchanteresse mystérieuse, oh ! dites-moi pai* » quel art étonnant, ou par quel sortilège, mon cœur se trouvB » si bien fortifié , qu'une fois dans ma vie je suis sage , et que , » sans devenir fou , je contemple les yeux d'Amourette : que » mes désirs , qui jusqu'à présent n'ont jamais connu de bor- » nés, sont ici bornés par l'amitié et ne demandent rien de
1 Les vers adressés à madame Crewe. L'éditeur a pensé ne pas devoir donner ces deux traductions. Celle qa*on insère ici est la plus littérale et la plus élégante. 11 est presque impossible de rendre des vers anglais dans de la prose firançaise; cependant il faut convenir, avec madame du DefFand, que les disjecti membra poetœ se reconnaissent à peine ici. (A. N.)
SOS C0RRESP0NDAÎ9CE COMPLETE
9 plus. Est-ce la raison ? Non : toute ma vie démentirait cela ; » car qui est aussi brouille que la raison et moi? Est-ce l'ambi- » tion qui remplit chaque crevasse de mon cœur, et ne laisse » aucune place à un sentiment plus doux? Non, non; car tout « le monde doit être d'accord de ceci, qu'une seule folie n'a » jamais été suffisante pour moi. Mon àme est-elle trop forte- » ment occupée de ses malheurs, ou relâchée parle plaisir, ou V dégoûtée par les variétés? car en cela seul le plaisir et la dou- » leur se ressemblent, Pun et F autre relâchent les ressorts des « nerfs qu'ils ont efforcés. Avoir senti chaque revers que la for- « tune peut donner, avoir goûté chaque félicité que le plus « heureux puisse connattre, a toujours été le destin singulier « de ma vie, où l'angoisse et la joie ont toujours été en combat. « Mais , quoique bien versé dans les extrêmes du plaisir et de » la douleur, je ne suis que trop capable de les ressentir encore. 3 Si donc , pour cette seule fois dans ma vie je suis Ubre, et que 9 j'échappe à un piège qui pourrait prendre de plus sages que « moi , c'est que la beauté seule ne charme qu'imparfiadtement, » car l'éclat peut éblouir, mais c'est la tendresse qui échauffe. 9 Gomme on peut avec plaisir admirer l'hiver, le soleil, mais 9 non sentir sa force quoiqu'on loue sa splendeur, ainsi la 9 beauté a de justes droits sur notre admiration; mais l'amour, 9 l'amour seul peut enflammer nos cœurs. »
MADAME LA MABQUISE DU DEFFAND A M. HORACE WALPOLE
DimaDche 9 juillet 1775.
Votre lettre du 3, à laquelle je vais répondre, m'imprime un ijj^spect qui glace mes sens, cependant j'en suis contente. Vous me dites que vous êtes sûr que je ne compte sur personne autant que sur vous ; j'en conclus que cela doit être , et je n'ai jamais rien désiré par delà.
Nous avons ici des nouvelles qui ne seront pas surprenantes pour vous, mais qui le sont un peu pour nous. M. le duc de la Vrillière donne sa démission ; M. de Malesherbes lui succède dans toutes ses places. Voilà notre gouvernement rempli par les philosophes; c'est le règne de la vertu, du désintéressement, de l'amour du bien public et de la liberté. On annonce beaucoup d'économie et d'exactitude à payer ce qui est dû.
Depuis le cardinal de Fleury, il y a eu bien des gouvernements différents ; il faut espérer que celui-ci sera un des meilleurs. Enfin, s'il est yrai que vous veniez ici, vous trouverez bien des changements; d'abord dans SaintrJoseph , je ne parle que du local; l'ancien bâtiment, où j'avais un petit logement, a été abattu, et l'on a bâti à la place trois maisons complètes. Les modes ne vous surprendront pas, puisqu'elles ont déjà été portées chez vous : vous devez les avoir trouvées bien surprenantes; je ne comprends rien au récit qu'on m'en fait. Les spectacles ne se sont pas perfectionnés, à ce que j'en entends dire ; l'extraordinaire et le baroque dominent en tout genre. Je iyi' embarrasse peu de tous ces changements ; pourvu que vous ne changiez point pour moi , peu m'importe du reste.
Voici l'extrait du compliment que M. Gaillard , directeur de l'Académie française, fit au roi, ces jours passés» à l'occasion de son sacre : .
Il Les deux plus funestes ennemis de la religion ( après l'im* » piété qui l'outrage) sont l'intolérance qui la ferait haïr, et » la superstition qui la ferait mépriser.
» Un roi doit à ses peuples la justice , des juges dignes de » la rendre, et des ministres nommés par la voix publique. »
LA MÊME AU MÊME
Paris y samedi 5 août 1775.
Vous dispensez donc vos parents de m'écrire en leur disant qu'ils font assez pour moi en vous envoyant? Quelle présomption ! quelle vanité ! Quoi! vous croyez que je fais plus de cas de vous que d'une lettre d'eux! La politesse m'oblige à vous- le laisser croire : je souscrirai à tout ce que vous me prescrivez.
Je crois. Dieu me pardonne! que je m'intéresse plus à votre Amérique que vous. Vous vous imaginez ne vous soucier de rien, et c est de quoi je doute; il faudra bien, quand vous serez ici , que vous vous souciiez de quelque chose , car je vous jure que je ne me soucierai de rien pour vous ; c'est-à-dire, de vous foire flaire une chose plutôt qu'une autre; vous serez totalement libre de toutes vos pensées, paroles et actions; vous ne me verrez pas un souhait, un désir qui puisse contredire vos pensées et vos volontés ; je saurai que M. Walpole est à Paiis, il saura
504 CORRESPOiNDAISCE COMPLETE
que je demeure à Saint-Joseph , il sera maître d'y amver, d'y rester, de s'en aller, tout comme il lui plaira ; et comme je passe de très-mauvaises nuits , que je me lève fort tard , il sera pour moi comme s'il était à Strawberry-Hill jusque sur les quatre heures.
Je pourrai avoir encore une de vos lettres, mais pas en réponse à celle-ci, du moins je l'espère.
Dimanche.
Je soupai hier au soir à Saint-Ouen chez les Necker ; j'y menai la maréchale de Luxembourg, l'évéque de Mirepoixet la Sanadona ; j'y trouvai l'Idole et sa belle-fille. Tout cela sôupera chez moi mercredi prochain ; j'aurai peut-être seize ou dix-sept personnes; le lendemain neuf ou dix. J'ai besoin de m' étourdir cette semaine. Je soupe ce soir chez madame de Mirepoix. Elle sera fort aise de vous revoir. Madame de Luxembourg prétend aussi vous aimer beaucoup. Les Necker et la dame de Marchais sont brouillés. Je ne sais si ces nouvelles connaissances vous plairont; le Necker a beaucoup d'esprit, il ne s'éloigne pas de vous ressembler à quelques égards. La dame Marchais vous fera manger de très-bonnes pèches ; son ami ', qui est directeur des bâtiments, lui fournit toutes sortes de fruits en abondance, elle m'en fait une très-grande part. Je me fais un plaisir du jugement que vous porterez de quantité de personnes que vous n'avez jamais vues ; je crois que nous serons fort d'accord.
Peut-être ne vous ennuierez-vous pas autant que je le crains.
• HORACE WALPOLE A l'hoMOBABLE H. S. CONWAY*.
Parts , 8 septembre 1775.
Les retards de la poste m'ont sauvé quelques jours d'inquiétude pour lady Ailesbui-y , et m'ont empêché de vous dire la part que je prends à son malheureux accident; quoique à cette heure, j'espère, il ne lui en reste plus la moindre suite. Je conçois toute l'horreur que vous avez dû ressentir durant ses souf-
^ Le comte de la Billartlerie d*Ângî ville», directeur et ordonnateur général des bâtiments, etc. (A. N.)
3 M. Walpole arriva à Paris le 19 août, et quitta cette ville le 12 octobre. Nous donnons ici, pour ne ])as interrompre la série des faits, les deux lettres qu*il adressa pendant son séjour à Paris, à son ami le général Gonway.(A. N.)
DE MADAME LA MAUQQISE DCJ DEFFAND. 505
frances, au milieu de l'obscurité et à la vue de son bras*. Personne n'admire plus que moi ses ouvrages à Faiguille, et cependant je me réjouis de ce que le bras a tout porté. Madame du Deffand, qui, comme vous savez, n'aime jamais à demi ceux qu'elle aime, et dont l'impatience n'attend jamais le temps nécessaire pour s'informer d'une chose, s'est presque mise hors de sens, parce que je ne pouvais lui dire exactement ni où ni comment l'accident est arrivé. Elle voulait écrire directement > quoique l'heure de la poste fût passée ; et dès que j'eus réussi à la calmer un peu sur ce point , elle tomba dans de nouvelles ang[oisses à propos de ses éventails pour madame de Marchais , prétendant qu'ils avaient dû verser aussi et être tous brisés. Bref, je n'ai vu personne de semblable. Elle m'a engagé jusqu'à lundi en huit; dans cet engagement sont comprises je ne sais combien de parties de campagne , et comme on ne la quitte jamais sans qu'elle vous engage pour une autre fois , ces parties sont autant de polypes qui en pousseront d'autres à l'infini. Madame de Jonsac , une de mes grandes amies , est arrivée avant-hier , et' madame du De^nd l'a piquée sur sa liste pour quatre réunions avec moi chez elle , toutes avant mardi prochain , et sans préjudice à nos autres soupers , dont je ne sors jamais avant deux ou trois heures du matin. Il me faudrait l'activité d'un écureuil jointe aux forces d'un Hercule pour venir à bout de tous mes travaux , sans compter les nombreux démêlés que j'ai à raccommoder, et les nombreux mémoires à présenter à M. Tonton, qui à mesure que sa faveur augmente devient plus grand mangeur de gens. Comme je suis la seule personne qui ose le corriger , j'ai déjà insisté pour qu'on l'enferme à la Bastille tous les jours après cinq heures. Dernièrement il s'est jeté au visage de lady Barrymore, et j'ai cru qu'il allait lui arracher les yeux, mais tout s'est réduit à une morsure au doigt. Madame du Defïand, qui a trop d'esprit pour ne pas voir chaque chose sous son vrai jour, s' apercevant qu'elle n'avait pas battu Tonton à moitié assez , se mit aussitôt à nous raconter l'histoire d'une dame dont te chien avait enlevé un morceau de la jambe à un monsieur, et qui, dans un excès de tendresse et d'alarmes, s'écriait : «Est-ce que cela ne pourrait pas rendre mon chien malade?» Lady Barrymore a pris une maison. Elle va être obsédée de
< Lady Ailesbury avait versé dan^ sa voiture à Park-Place, et s était démis le poignet. (A. N.)
506 CORRESPONDATïGE COMPLETE
conquêtes*; je n'ai jamais vu aucune femme exciter autant d'admiration. Je crois que sa pauvre petite tète lui en tournera tout à feit.
Madame de Marchais est charmante; c'est l'éloquence et
l'attention même. Je ne suis pas si épris des N , honm:ie et
femme*. C'est un taml^our et un fifre auxquels je n'entends rien ; il mâchonne , elle criaille , et aucun n'articule. Je n'ai pas vu M. d'Entragues. En tout, Paris me platt plus que jamais, et peut-être y resterai-je un peu plus longtemps que je n'avais compté....
Moi qui ai l'habitude de vous faire des querelles pour rotre mauvaise écriture , je m'aperçois que j'ai écrit tellement vite et barbouillé ma lettre d'une telle numière que vous aurez peine à la lire. Mais considérez combien peu d'instants j'ai pour moi-même ; je suis obligé de me boucher les oreilles avec du coton pour obtenir du sommeil. Malgré cela » mon voyage m'a fait du bien. Je suis rajeuni de quinze ans au moins.
Je vous porterai deux Éloges du maréchal de Catinat; non que je les admire, mais je l'admire, lui, parce que je trouve qu'il vous ressemble beaucoup.
HOEACE WALPOLE A L^HONORABLE H. S. GONWAT.
Paris, 6 octobre 1775.
Il y a bien un mois que je ne vous ai écrit , mais depuis ce temps j'ai été et je suis encore tout en l'air. Madame du Deffand a été si mal, que le jour où elle s'est mise au lit je croyais qu'elle n'irait pas jusqu'au soir. Sa faiblesse d'Hercule, qui n'avait pu résister à des fraises et de la crème après souper, a surmonté tous les haut et bas qui ont été la suite de cet excès. Mais son impatience d'aller partout et de s'occuper de tout lui a attiré une espèce de rechute, et je ne suis pas encore tout à fait hors d'inquiétude sur elle; on ne lui permet de prendre aucune nourriture pour se refaire, de sorte qu'elle mourra d'inanition , si elle n'en guérit pas. Elle ne peut soulever sa tète de dessus l'oreiller sans étourdissements , et malgré cela son
^ Elle fit tout d*abord celle de Lausun. Voir ses Mémoires. (L.)
^ Walpole emploie ici les mots co^f and herty qai reulent dire cotf et poule.
^esprit galope plus vite que celui de qui que ce soit , et de même ses reparties. Elle donne un grand souper ce soir pour le duc de Choiseul , et cela Ta mise hier en si grande colère contre son cuisinier, et Tonton en a pris une telle rage , que nos dames de Saint-Joseph croyaient que le diable ou les philosophes allaient emporter leur couvent. Gomme je Fai à peine quittée un moment, je n'ai rien à vous apprendre. Si elle va bien, comme je Tespère, je me mettrai en route le 12; mais je ne puis la laisser tant qu'elle sera dans le moindre danger , quoiqu'il y en ait beaucoup pour moi à rester davantage ici. JTai eu de si mauvaises heures auprès de cette malade, qu'il m'est revenu quelques alarmes de goutte; et le mauvais temps, les mauvaises auberges et xm voyage en hiver me conviennent extrêmement peu. Les éventails sont arrivés dans un bon moment; elle les a fait aussitôt ouvrir tous sur son lit , elle a tàté les modèles pour voir s'ils étaient bien de la même forme, et s'est £iit décrire les dessins. Elle était tout en joie et en remerciments, et jurait de rendre pleine justice à lady Ailesbury et à mistriss Damer.
Je ne sais rien de ma chère patrie que ce que m'en apprend le London Chronicle^ ., 11 me dit que les habitants des villes commerçantes sollicitent des lettres de noblesse , c'est-à-dire prient à qui mieux mieux le roi de détruire le commerce , afin qu'ils deviennent tous gentilshommes. Ici l'agriculture, l'économie, la philosophie, les réformes sont de bon ton, même à la cour. Il semble que les deux nations ont joué aux barres; mais, comme les gens qui en copient d'autres, ils prennent le mal avec le bien, tout comme le bien avec le mal. 11 y a eu avant-hier une grande course de chevaux dans la plaine des Sablons, entre le comte d'Artois, le duc de Chartres, M. de Gonflans et le duc de Lauznn. Le dernier a gagné, grâce à l'adresse d'un petit Anglais qui est. si fort à la mode que je ne sais si l'Académie ne le proposera pas pour sujet d'un Éloge.
Le duc de Ghoiseul , comme je vous l'ai dit , est ici , et comme c'est la seconde fois que son départ est contremandé , cela fait beaucoup de bruit. Je ne serai point du tout surpris s'il reprend les rênes, car (passez-moi le jeu de mots) il a déjà la reine. Messieurs Turgot et de Malesherbes certainement branlent au manche. Mais je ne vous en dirai pas davantage jusqu'à ce
^ La Chronique de Londres, journal anglais. (A. N.)
que nous nous revoyions , quoique cette lettre doive vous être
remise par une occasion particulière
Madame du DefFand dit que je vous aime plus que rien au monde. Si cela est vrai , j'espère que vous n'aurez pas moins de pénétration qu'elle. Si vous ne l'avez pas , ou si cela n'est pas vrai, à quoi servirait une protestation? Je me tais donc sur ce sujet. Adieu.
7 octobre 1775.
Madame du DefFand était très-bien hier, et à près d'une heure , ce matin, j'ai laissé le duc de Choiseul, la duchesse de Gramont , le prince et la princesse de Beauvau , la princesse de Poix, la maréchale de Luxembourg^, la duchesse de Lauzun, les ducs de Gontaut et de Chabot, et Garaccioli autour de sa chaise longue; elle-même au milieu de ce cercle n'était pas un personnage muet. Je ne sais pas encore comment elle a dormi, et il faut que je fasse partir ma lettre au moment même, parce que je dois m'habiller pour aller dîner avec M. de Malesherbes chez madame de Villegagnon. J'aurai besoin de prendre un long repos après cette vie ^ dans le monde , et mon intention est de n'y plus retourner que fort peu , d'autant plus que je n'admire guère la façon française de brûler sa chandelle jusqu'au bout en public
Mon laquais arrive de Saint-Joseph, et dit que Marie de Vichy* a passé une très-bonne nuit et qu'elle est tout à fait bien. — Philippe*, ayez soin que ma chaise de voyage soit prête pour jeudi.
Jeudi, 8ix heures (12 octobre 1775).
Adieu', ce mot est bien triste; souvenez-vous que vous
laissez ici la personne dont vous êtes le plus aimé , et dont le
bonheur et le malheur consistent dans ce que vous pensez pour
elle. Donnez-moi de vos nouvelles le plus tôt qu'il sera possible.
Je me porte bien , j'ai un peu dormi, ma nuit n'est pas finie;
' Nom de fille de madame du DefFand. (A. N.) ^ Valet de chambre d'Horace Walpole. (A. N.)
^ Madame dn DefFand adressa cette lettre à Horace Walpole le jour de son départ de Paris. (A. K.)
je serai très-exacte au régime, et j'aurai soin de moi, puisque vous vous y intéressez.
LA MÊME AU MÊME
Lundi 23 octobre 1775.
Quinze heures en mer, une nuit sans vous coucher, voilà ce dont j'ai été l'occasion ; des marques de votre souvenir dans tous les lieux où vous vous êtes arrêté , voilà ce que je ne puis assez reconnaître.
Enfin vous êtes arrivé en honne santé, vous jouissez du plaisir de revoir vos-amis ; ne perdez point le souvenir de ceux que vous avez quittés, ni les espérances que vous leur avez données.
Ma santé se fortifie tous les jours ; je vis du plus grand régime ; je prends tous les jours le petit bouillon en votre mémoire ; je ne suis pas absolument quitte de mes étourdissements, ni de certaines vapeurs noires ; il me semble que tout ce qui s'est passé depuis le 19 d'août soit un rêve dont le souvenir ne peut s' effacer , et qui fait regretter que ce soit un songe. Le Graufurd partira, à ce qu'il dit, dans le cours de cette semaine ; il se porte mieux.
Les Beauvau sont à Fontainebleau ; les maréchales vont au Baincy aujourd'hui. Celle de Luxembourg en reviendra samedi; nous irons souper à Saint-Ouen. J'y fus avec elle samedi dernier. C'était ma seconde sortie; j'avais soupe le mardi au Carrousel. Je soupai hier chez madame de la Reynière ' , à qui je dis que vous la trouviez la plus belle femme de France; en conséquence, elle vous croit l'homme du plus grand mérite; elle est au désespoir de votre départ, et elle ne doute pas que si vous revenez jamais ici , sa maison ne soit celle qui vous conviendra le mieux ; je l'ai bien laissée dans cette persuasion.
Point de ministre de la guerre ; on reviendra de Fontainebleau le 16. Voilà l'article qui me regarde et celui de mon pays coulés à fond. Adieu.
1 Madame de la Reynière, née de Jarente, nièce de Tévèque d'Orléans, était d*une famille noble de Provence. Elle épousa M. de la Reynière, l'un des fermiers généraux, et administrateur général des postes. Madame de la Reynière survécut à la Révolution, et occupait, en 1802, le plus haut étage de son bel bôtel sur les Champs-Elysées, dont elle avait loué les principaux appartements. (A. N.)
610 CO^lRESPO^DA^•CE COMPLÈTE
Mercredi 5K5 octobre 1775.
11 n'y a point de courrier, ce qui me déconcerte. Je comptais apprendre aujourd'hui des détails de ce que vous auriez fait, de ce que vous auriez vu.
Le petit Craufurd doit partir, mais je préfère de vous écrire par la poste. Sa tète est bien mal ran{;ée et ne se rangera jamais ; c'est dommag^e, car il est aimable ; mais je suis bien persuadée, ainsi que vous, qu'il ne peut y avoir de liaisons solides qu'entre les gens raisonnables.
Je soupai hier chez F Idole; le prince de Conti y vint manger sa soupe sans se mettre à table; il alla se coucher tout de suite; il me parait bien malade.
Le duc d'Orléans se porte mieux.
La nouvelle d'hier était que M. de Saint-Germain était ministre de la guerre; il est Franc-Comtois. Il avait commencé par être lieutenant de milice, était parvenu à être lieutenant général * ;
1 Le comte de Saint-Germain était né en Franche^omté, dans rannéel708. Il avait déjà acquis une grande réputation militaire , lorsqu'à Taffaire de Corbach, en 1760, où il commandait le corps de réserve , il sauva véritablement Tarmée en soutenant rarrière-garde, et en facilitant au corps entier sa retraite sur Cassel. Il se crut cependant maltraité par le maréclial de Broglie, qui commandait en cLef, et demanda sa retraite du service de France, pour entrer dans celui de Danemark. Il quitta le service de Danemark en 1774, et te retira dans un village en Alsace. Ayant converti en une somme d'argent la pension que lui faisait le roi de Danemark , il eut le malheur de tout perdre par la faillite du banquier de Hambourg à qui il avait confié sa fortune. Les officiers du régiment de Boyal-Alsace , autant touchés de son sort que convaincus de son mérite, formèrent sur-le-champ entre eux une souscription |H>ur lui faire une pension. Le comte de Muy, alors ministre de la guerre, en ayant été informé, déclara qu'une telle souscription n'était point admissible, mais que le roi assurait à M. de Saint-Germain une pension de dix mille francs, et le rétablissait dans son ancien grade à son service.
C'est dans ces circonstances favorables qu'à la mort du comte de Mny Turgot hasarda de proposer le comte de Saint-Germain pour ministre de b guerre, et Maurcpas le fit accepter à Louis XVI. La conduite du comte de Saint-Germain dans sa nouvelle position , les reformes qu'il fit , et la discipline qu'il chercha à introduire dans le service, ont été généralement recon* nues pour être d^nn officier intelligent et parfaitement instruit dans sa profession. Mais quelques-nnes des mesures qu'il voulut prendre essuyèrent de violentes contradictions, et forent justement accusées de sévérité. Obligé de quitter le ministère, il mourut peu de temps après, le 15 janvier i77S. (A. N.)
des dégoûts prétendus ou vrais PaYaîent fait quitter notre service; il était entré dans celui de Danemark; des banqueroutes, jointes au changement du ministère, l'en avaient fait sortir et revenir en France, où par des représentations, des sollicitations, il avait obtenu une pension de douze mille francs ; je saurai ce soir si la nouvelle est véritable.
Je reçois dans le moment une lettre de M. de Garaman , de Fontainebleau, qui m'apprend la nomination de M. de Saint- Germain. Peut-être vous écrirai-je demain par M. Graufurd; sinon, adieu jusqu'à dimanche.
Je me porte bien.
Jeudi, à six heures da matin.
Je ne sais rien de nouveau de M. de Saint-Germain , sinon qu'il a soixante-cinq ans, qu'il est estimé des troupes; on le dit fort dévot. On croit que M. de Malesherbes a infiniment influé dans ce choix.
Il y a aujourd'hui quinze jours que vous êtes parti , ce sont deux semaines de moins sur ma vie; je consentirais à en retrancher bien d'autres.
Adieu, il faut faire mettre ma lettre à la poste.
LA MÊME AU MÊME
Pjiris, dimanche 29 octobre 1775.
Enfin , voilà de vos nouvelles ; vous savez actuellement que j'ai reçu tous vos billets, et cette lettre-ci sera le cinquième volume de mon journal. Ce ne sera pas le dégoût que je trouverai à l'écrire qui en empêchera la continuation , mais la disette de faits et une sorte de crainte de vous fatiguer. Notre chose publique ne vous intéresse guère, et la mienne particulière vous déplatt; vous me l'avez dit; mais cependant cela ne m'arrêtera pas , et je vous parlerai de moi avec confiance , quand ce sera de ma santé et de ce que je fiais. En supprimant ce que je pense, ce que je sens, et les détails domestiques, TCMis ne me gronderez point. J'ai reçu depuis votre départ une lettre pleine d'amitié de votre cousin ' ; j'y ai répondu ; j'ai fort envie d'apprendre que vous les avez vus.
Je vous ai mandé la nomination de M. de Saint-Germain. Si
< Le général Conway. (A. N.)
512 CORKESPONDAiSCE COMPLETE
l'était diserte comme madame de Sévigné, je vous ferais de beaux récits. Je vous dirais qu'il arriva jeudi au soir, qu'il débarqua à l'auberge, qu'il soupa, que M. de Maurepas l'y vint voir, que le roi remit au lendemain* à le voir, qu'il l'a vu vendredi matin. C'est vous dire tout ; mais j'y joindrais des circonstances qui ne vous feraient rien , et que je n'aurais pas le talent de rendre agréables et intéressantes. Je crois que le choix de cet homme ne déplaît à personne, excepté à ceux qui étaient ses ennemis particuliers , et que tous les autres , surtout les prétendants à la place, à leur défaut l'auraient nommé; que le maréchal de Contades aime mieux que ce soit lui que MM. de Gastries, de Broglie, de Vogué, de Poyanne, du Ghàtelet, de Breteuil, etc., etc.; et chacun de ceux-là pense de même pour tous les autres. Ce qui est de singulier, c'est que j'ignore encore si l'on a fait quelques changements, et si l'on n'a pas séparé l'artillerie et quelque département de province ; quand je le saurai , je vous le manderai.
Je soupai hier à Saint-Ouen; j'y menai la maréchale, parce qu'étant revenue le matin du Raincy*, elle ne voulut pas faire faire à ses chevaux un second voyage , et moi qui ai beaucoup de considération pour mes petites juments, je ne voulus pas leur faire traîner tant de monde, je pris des chevaux de remise. La compagnie que nous trouvâmes était les StrogonofF, M. d'Albaret, l'abbé Raynal et Marmontel, qu'on engagea après le whist à nous faire la lecture d'une pièce de six cents vers sur l'éloquence; il y a quelques traits assez beaux, mais cependant rien n'est plus ennuyeux.
Jeudi S novembre 1775.
Je ne comptais point recevoir de lettres hier; j'appris sans chagrin qu'il y avait un courrier et qu'il n'y avait rien pour moi, c'était dans l'ordre; mais le soir je fus fort fâchée, fort inquiète de toutes les nouvelles que Ton débita. On prétendit que M. d' Aranda avait reçu un courrier qui venait d'Angleterre, qui lui apprenait qu'un ancien shérif dont j'ai oublié le nom,
> Ma^ifique lieu de plaisance à deux lieues de Paris : il appartenait au duc d'Orléans. (A. N.)
DE MADAME LA MABQUISE DU DEFFAIVD. 513
s'était approché de la personne du roi comme il rentrait au parlement, et qu'il avait dit au premier officier de ses {gardes de ne pas songer à s'opposer à l'entreprise que l'on allait exécuter, qui était d'enlever le roi et de l'enfermer dans la tour. Je vous laisse à juger si dans un pays tel que le nôtre cette nouvelle doit paraître absurde; je crois que vous me le trouverez moi-même en daignant la répéter, et en osant vous la raconter; mais quand ou s'est permis une sottise, il ne coûte plus rien d'y en ajouter une autre. Je me suis donc rappelé que pendant votre séjour ici, je vous avais raconté que j'avais rêvé qu'il y avait une conjuration en Angleterre; ce rêve m'est revenu dans l'esprit. Moquez-vous de moi, et s'il y a, non pas une conjuration , mais quelque chose qui ait donné occasion à cette prétendue nouvelle , mandez-le-moi ' .
J'aurai ce soir les Grenville* et peut-être M. Saint-Paul; c'est ce qui me fait vous écrire dans ce moment, parce qu'ils pourront peut-être me fournir une occasion de vous faire tenir cette lettre.
Notre ministre, de la guerre a beaucoup de succès ; cela ne vous feiit pas grand'chose ni à moi non plus. Je m'étonne quelquefois de l'inutilité de ma vie, et du peu de différence qu'il y a entre moi*et Tonton. Je crois qu'il n'y a que M. Gudin qui soit dans l'enchantement de son existence; pour moi, je suis bien éloignée d'y trouver du plaisir, je ne sais qu'en faire; cependant il n'est pas naturel, ou, pour mieux dire, il n'est pas raisonnable de ne pas savoir employer le temps, surtout quand il en reste bien peu. Vous savez en faire usage, vous avez des goûts en abondance qui vous tiennent lieu d'occupations.
Vendredi.
Nous fûmes hier treize à souper. Les Grenville avaient reçu des lettres, et nous avons aujourd'hui notre gazette, qui confirme ce que je ne croyais qu'un faux bruit. J'attends dimanche avec impatience, j'espère que vous m'apprendrez ce que je dois croire et penser de tout ceci.
Samedi.
Je passai hier la soirée avec madame de Marchais. Vous aurez vos graines de lis au retour de Fontainebleau. Ne vou-
^ Il a ctc impossible à Téditeur de rien découvrir qui ait pu servir ù donner lieu à ce brait étrange. (Â. N.)
2 M. Henri Grenville, père du feu comte Temple, son épouse, et sa fille, aujoui-d'hui comtesse Stanhopc. 1827. (A. "S.)