‹ Correspondance complète de la marquise du Deffand avec ... le présidentChapitre 34 sur 53 · II · texte numérisé non relu

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65S COailESl^NDAKCE COMPLETK

nages; je reviendrai avec eux, j'aurai fût dix lieues et passé quatre heures avec cette agréable oonapagnie pour aller trouver des personnes asses aimables, mais qui se soucient de moi cosi cosi, et dont je ne me soucie pas davantage; cette action et beaucoup d'autres me démontrent bien que je n'ai pa6 le 6en.> conuaQun; mais je proteste bien a£rmativeiiient que ce sera ma dernière sottise dans ce genre. Ces SchouwalofF sont des neveux de notre ami.

MADAME LA MARQriSE DU DEFFAND A M. HORACE WALPOLE.

Paris, (limanclie S juillet 1778 ^

Âh! vous n'êtes plus dans le doute; vous n^ auriez |)as dû Tétre il y a longtemps* : c'est pour cela que je commençai ma dernière lettre où je répondais à vos (]uestions sur cet article par cette espèce de dicton : Pourquoi le dire, on le voit bien. Vous ne comprîtes peut-être pas ce que cela voulait dire; il m'en vint lapensé.e en relisant ma lettre; mais les quatre pi^es étaient remplies; il aurait fallu y ajouter une explication ou en recommencer une autre, je n'en eus pas le courage, ei vous vous seriez bien passé que je Taie aujourd'hui. Laissons cet ennuyeux verbiage €l parlons du grand événement, du combat naval du 27 juin', à onze heures du matin, qui a duré trois heures. On prétend ici que nous avons eu tout l'avantage; mais comme il n'y a pas en \m Tatsseau de pris de part et d'atrtre, cela n'est pas bien démontré ; il n'y a qne la volonté oîx nous étions de recommencer et la retraite de votre flotte qui en soient un indice.

M. de Beauvau m"* avait promis vendredi Bii soir qull m'enverrait une relation le lendemain; je Fattendais hier : je ne l'ai point reçue; si elle ne jn' arrive pas par lui, je tâcherai de l'avoir par d'autres, et de la jot^dre à cette lettre. Voilà un

^ Il faut qu*il y ait erreur dans lu date de oettc lettre du 2 juillet , puisque l'action entre l'amiral Keppel et la flotte françnige n'a eu lieu que le ST de ce mois, et non de juin. Mais comme 'rédftcor n'a pu par^'cnir à déterminer, avec la certitude qu'il aurait désirée, In rentable dade de cette lettre, Il Ta laissée telle qu'elle se troave dans le oianusorit. (A. N.)

^ Elle veut dire relativement à la paix ou ù la guerre entre la France et l'Angleterre. (A. K.)

3 A Ouessant, entre le comte d'-Orvillicrs et l'amiral Keppel. (A. Bi.)

DE MADAIVTE LA MARQUISE DU ©EFFA^D. 65f

grand événement, mais qui peut-être amènera la paix ; je l'espère, non par raisonnement, nais par instinct. Je serais bien ajBQigée que la guerre continuât ; je ne prévois pas cependant qu'elle nuise à notre correspondance, et vous savez bien qu'elle ne dérangera rien à nos projets.

Milady Gadi^e a reçu de son fils une lettre du 24 juin, datée êe 'Phfladelpïiie ; îl tf avait pas beaucoup d^espérance de réussir Aans sa négociation -, elle avant reçu aussi une lettre du Selwyn, Il m'y faisait des compliments ; je ne sais cPoà vient 31 ne m'a pas écrit : il lui marque aussi qu'il passera par Paris en retournant à liOndreB. Je ne tiotrte pas tqpe je ne puisse trouver quelques occasions pourrons faire tenir la Bibliothèque des Romans, j'en ai quatre ou cinq feijâles <]ue je ne saurais lire. Un de mes plus grands chagxrns, c'est de ne trouver aucune lecture qui ne m'ennuie à la nH>rt; je trouve que les vivants et tes morts sont presque égsAemenft emiuyeux. Retomberai-je dans mes anciennes vapeurs? «'«ât <à ma crainte-; mais n'ayez pas peur que je vous en entretienne.

Mnden^oiseSle Sanadon part mardi ou mercareffi potir PrasKn, eu elle restera quinee ^tyors. L'habitude me Ta rendue nécessaire ; je sonflfrirai de son absence. Mon neveu arrivera à la fin de celte senmine ou au comntencement de Fmïtre ; je ne sais s'il me sera d'une ^grande ressource. La Kberté, qu'on regarde comme le plus grand bonbeur, a bien ses inconvénients ; être isolé né me paraîtras tm bien. 9e serais portée à croire qoe des devoirs qui ne tiennent pas à la servitude sont nécessaires. Dans tes couvents, -te coup de cloche est ce qui rend la vie des religieuses supportabte; le désœuvY^ement enfin ne me parait pas un bien.

Les Mémoires de Rerusseau ne pasaissent point, on en a seulement la Préface, je vorus l'envoie ; je crains de vous F avoir déjà envoyée.

Je ne fermerai cette lefttre que ce soir, pour y pouvoir joindre te relation du combat; si je ne pois favoir aujourd'hui, je vous renverrai l'ordmaire prochain.

ïjmvài i sept hemres.

Il n'y a point eu hier de relation ; il en doit paraître une cette après-midi, je vous f enverrai jeudi : te temps presse, bonjour.

Pans, 22 juillet 1778.

Je ne vous ai point écrit dimanche, parce que je n'eus point de vos lettres. Je me suis prescrit de suivre votre marche ; vous avez mille rapports avec la Divinité, mais particulièrement celui qu'on ne sait avec vous, non plus qu'avec elle, si l'on est digne d'amour ou de haine. Votre lettre du 13 n'est arrivée qu'aujourd'hui 22. La correspondance ne sera point vraisemblablement interrompue ; on ne peut, ce me semble, être plus en guerre que nous ne le sommes : si la paix succède , et que ce soit bientôt, ce ne sera pas, selon toute apparence, M. de Ghoiseul qui en aura l'honneur. M. de Maurepas se porte à merveille, et son crédit, loin de s'affaiblir, augmente tous les jours.

Notre ministère n'est pas brillant; mais ne vous para(t-il pas assez raisonnable? On aura un arrêt dans deux jours, que j'aurais pu vous envoyer aujourd'hui ; les Necker, chez c[ui je soupai hier, me le devaient donner; je l'oubliai, mais vous l'aurez incessamment : il s'agit d'im grand changement dans Fadminis-^ tration. Je n'entreprendrai pas de vous dire quel il sera , je m'embrouillerais , et vous vous moqueriez de moi. Je pense quelquefois au genre d'esprit que la nature m'a donné, car l'art n'y a rien ajouté, et le nombre de mes années n'est pas assurément celui de mes connaissances. Je pense quelquefois dans mes insomnies aux différents jugements que l'on porte de moi; ils sont presque tous £aux : vous-même vous vous y trompez. Tout ce que je conclus sur mon sujet, c'est que j'aurai mené une vie bien inutile, bien puérile, et que ce n'était pas la peine de me foire vivre aussi longtemps ; il y a cependant un nombre de gens qui me croient beaucoup d'esprit, et ceux-là en ont si peu, qu'ils loueraient et approuveraient tout ce que je pourrais dire de bote et d'absurde.

Je me fais lire actuellement ma correspondance avec Voltaire; je ne doute pas qu'on ne fasse un recueil de toutes ses lettres; mon recueil en pourra fournir plusieurs de très-bonnes. Ce sera à vous à en faire le choix. J'aimerais fort à vous voir encore une fois, non pas par un mouvement de cette passion folle que vous me supposez toujours et que vous croyez incurable, mais parce qu'à beaucoup d'égards je vous trouve du bon sens; je vous en trouverais peut-être encore davantage, si vous me

disiez naturellement tout ce que vous pensez ; mais la prévention que vous avez de mon imprudence borne infiniment votre confiance, surtout par lettres.

A propos de cela^ j'en ai un sî grand timas des vôtres, que je compte les brûler; celles que f aurais du plaisir à relire, et que j'ai remises entre vos mains, le sont sans doute : celles qui sub^ sistent dans les miennes, dont un grand nombre sont remplies d'esprit et d'idées, ne sont pas propres à satisfaire mon amourspropre ni mes sentiments, si sentiment il y a.

Mais» dites donc, est-ce que vous ne voyez ni n'entendez parler du jeune duc^^ Il a ici une correspondance très-ëtablie , et à laquelle il est très-exact; c'est un homme d'esprit, sans doute, mais en le comparant à un ouvrage, est-il bien fin? N'y aurait-il pas quelques coups de crayon ou de rabot à y donner? Je crois son cœur excellent ainsi que sa morale, mais n'y a-t-il rien à désirer à son entendement? Je m'en rapporte à vous. J'aimerais bien à causer avec vous, et quoique vous détestiez la causerie, à ce que vous dites, vous vous en acquittez fort bien. Il n'y a que vous avec qui je puisse jaser, il n'y a que vous à qui j'écrive sans peine et sans effort; toute autre correspondance me fatigue et m'ennuie; presque personne ne pense, et qui que ce soit ne dit ce qu'il pense; enfin, étant bien persuadée du peu que je vaux , je ne trouve néanmoins personne qui vaiHe quelque chose.

LA MÊME AV MÊME

Paris, dimancbc 23 août 1778.

Je fis hier un tour de force le plus singuUer du monde; presque toutes mes connaissances sont absentes; j'avais la crainte de souper seule; j'écrivis à M. le Roy qu'il me ferait plaisir de me venir tenir compagnie; je ne comptais que sur lui, il vint. Madame de Mirepoix vint en visite; je lui proposai de rester à souper; elle s'excusa sur ce qu elle avait promis à madame de Tavannes ' de souper chez elle. — Faites-la venir.

1 Madame du Dcffand fait sans doute allusion ici au duc de Laazun, qui à cette époque se trouvait k Londres. (A. N.)

Je croirnîii plutôt qu'il s'agit du jeune duc de Richmond. (L.) » Née de Léyis. (A. N.)

662 CORUESPO.NDANCE COilFLETR

— Cela ne se peut , dit-elle , ikmis devons aller chea Nicole! * voir le Siège d'Orléans, — Je vous y aecompagnemk — Bmi, cela n'est pas possible. — Pardonnez-moi, rien Br'est si ipraic Elle envoya son carrosse à madame de Tavannes; nous soupâmes,, et je fus avec elles^ M. le Roy et mon neveu ^ diea Nîeolel, à ce Cameux Sîége. Je ne ai*'y ennuyai peint» J 3<>Be la masique nîUtairtt, c estÀKlire le bndi : qb ne parle ni ne dkante à ce spectade, il a est que pantomime; la musique n'est que les vaudevilles les plus aneiens; beaucoup de tambouts» de tiaibaies, de bruit, de tiniamarre. Oa me disait ce que Fon voyaût ; cela me fit passer use soirée tout aussi aiausanÉe, pour le moins, que eelle que j'avais passée laineiUe à jouer a« loto.

J'ai commencé la lecture de votre HiaU)àre d^Amérùfue, mtm fe ne puis m' intéresser à tous ces événements; ks seules lee^ tores qui m'amusent, ce sont les mémoires, les vies partîcnr lierez, les lettres et les romans : tout ce quk est histoire d'une nation me parait un recueil de gazettes, que les auteurs ajnrangent pour autoriser leurs systèmes et. faire briUeB leur eqpnt. S ai velu ces jours-ci le recueil de ma eorrespo^dmimû avec ¥oU taire : êouie personnalité et vanité à part, j'en ai été très^cat^ tente; elle pourrait soutenir l'impression.; ce ne sera cependant pas certaimemeni de son vivant, mais je la laisserai à la grand*maman^. Il y a plus de ^atre-vingts lettres de Voltaire à elte et d'elle à Voltaire.

Vous ne me dites rien de votre santé; est-ce boa signe? n'avez-vous point d'annonce de goutte?

Dimanche 6 septembre f 779.

Je suis fort aise que la grande chaleur vous ait été fovorable ; mars la voilà passée, et le (î*oid qui y a succédé a été plus v9 (|u*on ne s'y attendait; il a fallu foire du feu. Tattenu parole, et le premier four quej''en ai allumé, tout a été consumé^ ; Une reste plus aucune traée, si ce n'est un certain portrait dont Fobjet et Fauteur sont anonymes et ne seront point reconnus,

. < Xliéâtre deé bonierards. (A^ N..) 2 Elle a changé depuis de sentiment; ear elU a laiiisé toutes cm lettMft ^ M. Walpole. (A. N.)

> C'étaient toutes leslcttrct; qu'elle n'avait pas rcnvoy^sàM. Wal|)ole.(A. II.)

Depuis dix jours, c'csl-4-dii*e depuis le 25 du mois passe, j'ai été fort incommodée, j'ai {[«rdé la chambre et presque toujours le lit. Je me porte mieux at^ourd'lmi, j'« dormi cette nuit, ce qu'il y a lonçlemps qui ne m'était arriéré.

Je suis fort de voire avis sur toni ce que vous me dites de vos lectures» excepté sur le livre de M. Gibbon ; j'ar essayé à phi-* sieurs reprises de le lire, et le livre me tombe des mains. Il parait deux nouveaux volumes de veère Slu^peare : le prcv mier contient Coriolan, qui me semble, sauf votre re^ect, épouvantable, et qui* n'a pas le sens commun. La seconde pièce est Macbeth; on la lit avec horreur et effroi, et intérêt. Je lis actuellement Cymbeline, qui m'intéresse et me plaît.

Jamais je n'ai tant lu, et jamais je n'ai eu moins de plaisir à lire; jamais je n'ai eu tant besoin de société, et jamais la société ne m'a paru moins agréable. C'est ma faute, me direz-vous; vous me démontrerez que ce sont mes défauts et non ceux des autres qui me rendent malhenrense. Je vous croirai volontiei*s, et il ea résultera que pouvant moins me séparer de moi que de qui que ce soit, je serai encore plus malheureuse. Je n'ai qu'à me corriger, me dire»>votts ; c'est ce qui est impossible. Si jr pouvais devenir dévote, c'est tout ce qu'il y aurait de plus heu* reux. Ce ne serait certainenient pas une fausse honte qui m'en dëtontnerait ; car quoique ma sincénlé et ma vérité m' aient causé et me causent jounidlement bien des chagrins et des dégoûts, je ne m'en départirai jamaû. Je hais tant les masques, que quelque hideuse que je puisse être, je n'en porterai jamais : j'ai trop de mépris pour ceux qni en font usage. J'ai perdu mon dernier anu en perdant Po«t-de-Veyle ; il n était point aimable, j*en conviens; mais je le voyais tons les jours, il était de bon conseil; je lui étais nécessaire, et il me Fêtait aussi. Aujourd'hui je ne tiens à rien , je n'ai que ma videur intrinsèqne , et c'est être réduite à moius que rien.

Je ne sais si nous aurons la g«erre ou la paix ; notre ministère a Pair assex sage, mais je ue n»'y connais pas.

LA UÊME AU MÊME

Dimandie M* septembre 1778.

Ma petite maladie a été assez longue, elle a duré près d'un mois; je la crois finie; elle m'a fait faire le dernier pas à la

664 GORHESPOiNDANCE COMPLETE

décrépitude. Je suis maigrie, faible, et mon àme a pris à peu prés la même allure que mon corps; je projette cependant de sortir mardi, et ce sera la première JFois depuis un mois. J'ai soupe tous les jours chez moi, et j'ai eu presque tous Içs jours compagnie; mon neveu, qui est ici depuis les premiers jours d'août, me paraît déterminé à faire venir sa femme et à ne me plus quitter; c'est un homme très-doux, sans prétentions, sans affectation ; il n'est ni embarrassé ni empressé ; ce n'est pas un grand génie ; ce nest pas un grand esprit; mais il a le sens droit. Ce qu'il y a de fâcheux, c'est qu'il a une fort mauvaise santé; il est forcé à vivre de régime et à se coucher de très-bonne heure; il aime beaucoup sa femme; il est nécessaire qu'elle vienne ici pour qu'il y reste, et comme ils ne sont pas riches, ce sera pour moi une assez grande augmentation de dépense; mais il m'est nécessaire de tenir à quelque chose et d'être soignée : c'est assez vous parler de moi.

Je pense sur Don Quichotte tout comme vous ; il n'y a' que le premier volume de supportable, et qui ne fait rire que la première fois. L'article des lectures me désole; je n'en trouve presque aucune d'intéressante, et c'est pour moi un véritable malheur.

Je viens de recevoir une lettre du camp du maréchal de Broglie '. On y fait les plus belles manœuvres; il restera assemblé tout ce mois-ci : les plus grandes , belles et jolies dames y ont suivi leurs maris. Le maréchal de Broglie y tient un état magnifique; M. et madame de Beauvau y font la meilleure chère.

Notre cour s'établira à Marly tout le mois d'octobre : il y aura pendant ce temps-là assez de monde à Chanteloup ; il s'y fera le mariage de la fille afnée de M. de Stainville avec le fils unique de M. de Ghoiseul la Baume '. Vers la fin de ce mois d'octobre, tout le monde se rassemblera, toutes les campagnes seront finies, et peut-être alors tout le monde sera d'accord, c'est-à-dire nos deux nations ; je le souhaite fort, et je l'espère.

J'ai reçu, il y a quelques jours, une lettre de Pétersbourg du bon Schouwaloff : il est dans la plus haute faveur; l'impératrice l'a fait son grand chambellan. Le premier jour qu'elle lui fit prendre du thé avec elle, elle lui dit : « Je veux que vous

^ A Dayeux, cq Normandie, où le mai'échal de Broglie commandait une armée d'observation. (A. N.)

* Qui, en 1785, fut créé duc de Ghoiseul, après la mort du duc de Ghoiseul, ministre. (A. N.)

soyez à votre aise avec moi comme vous l'étiez avec madame du DefFand. » <

Il m'envoie des peaux de renard bleu pour me faire une pelisse. Nous avons ici son neveu qui est fort riche, fort laid, bel esprit , et point du tout aimable ; sa femme est fort polie, fort malade et fort insipide.

MADAME LA MARQtTISE DU DEFFAND A M. HORACE WALPOLE.

Samedi 24 octobre 1778.

Ce n'est point notre gouvernement qui nuit à notre correspondance, ce ne sont point les bureaux qui examinent nos lettres, c'est le vent qui nous est contraire; il doit par conséquent vous être favorable. La lettre que je devais recevoir dimanche, je ne l'ai reçue que le mardi.

Je ne sais d'où vient , mais j'imagine que vous craignez le retour de la goutte ; vous terminez votre dernière lettre d'une fiaiçon plus brusque qu'à l'ordinaire. Si c'est une vision, tant mieux; vous me la pardonnerez ainsi que bien d'autres.

Je ne vous ai point assez parlé de M. de Selwyn; je vous ai mandé son arrivée ' ; mais je ne vous ai point raconté qu'en faisant sa route il a passé par Grignan, qu'il a été reçu dans le château par une sorte d'intendant ou de concierge qui lui a donné une chambre pour passer la nuit, la même où madame de Sévigné est morte; qu'il y a vu son portrait", celui de madame de Grignan , et ceux de tous les Grignan dont elle parle dans ses lettres. De plus, il lui a fait présent d'un petit cabinet d'ébène qui lui a appartenu ; il doit le recevoir ici incessamment, il me le confiera jusqu'à ce qu'il revienne le chercher dans le mois d'avril, qu'il passera par Paris pour aller recevoir à Lyon sa petite-KlIe', qu'il mettra à Panthémont. Soyez sûr que sou principal séjotir sera à Paris, jusqu'à ce qu'il puisse emmener

* Dans une lettre qu'on ne publie point, parce qu'elle ne contient d'ailleurs rien d'intéressant. (A. N.)

2 Ce portrait est un admirable original qui a été peint par Mignard , et qui AC trouve actuellement à Nice, entre les mains du comte de Châteauneuf, dont le père avait épousé mademoiselle de Vence, rarrière-pelite-fille de madame de Sévigné. 18Î7. (A. N.)

3 Mademoiselle Fagniani, qui fut mariée depuis au comte d'Varmoutli, fils unique du marquis d'Hertford. (A. N.)

666 CORHESPOTÎDANCE CQMPLETB

cet enfent à Loadres. C'est bien cette passion qn^on peat trnier

d'ineffable.

DÎMonckt S.

Voilà* te quatrième dimanche qu'il n'arrive pomt de courrier. Je dirai» sur le vent ce qne Pauline dk sur Poiyeiicte :

.... Mon devoir ne dépend pas du sien ; Qu'il y manque s'il veut, je veux faire le mien.

Ainsi , contre vent et marée, je composerai une épftre pour la poste du lundi,, c'est-à-dire tant que vou» n'en serei pa« fatigué et ennuyé.

Je' viens d'écrire au Schouwaloff , pour le remercier d'une fourrure de renard bleu qu'il m'a envoyée ; je lui dis qu'il y a souvent un article pour lui dans vos lettres.

J'écris aussi à M, Fullerton, qui m'a fait présent d'une garniture de cheminée de sept vases étrusques, sur lesquels il y a de très-jolies peintures \ je crains que cela ne soit fort cher.

Vous ne m'avez point mandé si milord North était à votre fête, et vous n'êtes point entré dans les détails que vous m'aviez promis. J'aime Les minuties, parce que j'aime tout ce qui ressemble à la causerie.

Tout Ghanteloup reviendra cette année un mois plus tôt que la précédente , et cela à cause des couches de la reine. M. de Maurepas a un accès de goutte assez fort, ce qui inquiète bien des gens, et de bien des feçons différentes.

Adieu jusqu'au jour des Morts.

LA M^MK AU MÊME

Paris , dimanche 6 novembre 1779.

Vous voilà donc pris de votre détestable goutte! je le prévoyais ; Ta nouvelle ne m* a donc pas surprise, mais efie ne m^en a pae moÎBS afiligée.

Je crois que le SeWyn partira d'aujourd'hui ov de demam en huit; il sera en état de répondre aux questions qu'il vous plaira de lui faire sur moi, il m'a vue tous les jours. II se platt ici parce que sa petite-fiile doit y venir l'année prodiaine; il n'a d'autre idée» d'autre pensée et d'autres seotîmeiils qu'elle. Qu'on m'explique cela, on me fera plaisir; je ne sais d'où cela

vieAt, à quoi cela tient; où cela va : y a-t-il bien loin de là à l'aoïoiu* de Dieu, tel. qite l'entendait les quiéti^tes?

Je suis fiàttkée, moii ami, de vou» avoir écrit quelques lettres qui viMis auvontdéplu; jene sms pas maîtresse de mon humcnr, je ne puis pas plus la cacher que la réprimer. Mes lettres tccos doivent être désagréables, vous voudriez quif elfes vesscmblasBcnt à celle» de atadame de Sévigné. ludépemlammeiit que' je n'ai pas son e^rit, je n'ai pas l'àme qu'elle mettait à tout, rinlérét cpft'eUe prenait à tout ce qu'elle voyait. Moi, je suis d'une indi^ férence eziréme pour tout ce qui arrive, ua asses grand mépris pour tout ce que y entends, nul désir de le répéter; et puis je suis retenue de. vous parler des uns et deS' autres, parce «pe vous inféireriez de tout ce que j'en dirais, des moti£s qui tourneraimt à mon désavantage. Vous aves beaucoup de penchant à me croire non-seuleBuaat jalouse, mais envieuse; avonez la Write : vous m'aviez crue meilleure dans les commencements de notre connaissance, que vous ne me trouves aujourd'buv'^ La résolution où vous êtes de ne me plus jamais voir, et l'aveu que vous ne voulez pas m-'ea bîre, mais que vous sentez bien que je devine, met une sorte de brouillard dans vos dispositions pour moi» qui vous fait mal interpréter tout ce que je vous dis.

Est-ce là de la métaphysique? j'en ai peur.

Adieu, à demain matin.

Paris, mercredi il no%'embre 1778.

Il n*y a point de courrier aujourd'hui, et j'en suis presque aussi fiîcbée que si j'avais la certitude qu'il' m^eùt apporté de vos nouvelles. Âh ! que huit jours paraissent loii{;s à passer quand omeal dans l'inquiétude!

J'aurais du plaisir à vous écrire, si je peuirais me ilatlier que votre état fftt assez bon pour que ma lettre ne vous importunât pas, et pouvoir la remplir de quelque chose qui pût vous amu^ser. Je ne saurais me persuader (]ue vous puissiez pi^endre part à tout ce qui se passe ici. Qu'est-ce que cela vons fait, par ezaoïple, qne le prince de Lambeso soit tombé de cheval et qu'il se soit cassé un petit os du bras gauche? qne la fille de

068 COBBESPONDANCE COMPLETE .

mon voisin, M. de Grave, épouse le frère de M. de Gambis, beau-frère de mon amie? que milady Garlisle parte ces jours-ci pour s'aller établir à Avi{j[non, d'où ma nièce madame d'Àulan reviendra et log[era à Saint-Josepb , dans un logement que je loue tout meublé? Elle et son mari seront pour moi ce que sont les haies qu'on place sur les grands chemins bordés de précipices ; elles ne garantissent pas du danger, mais elles en diminuent la frayeur. J'attends cette nièce au printemps, je m'accommode assez bien de son mari. — Je m'occupe actuellement à empaqueter les brochures que je vous envoie.

Si vous m'aimez un peu, et c'est ce dont je ne doute pas, prouvez-le-moi en me donnant de vos nouvelles le plus souvent que vous pourrez, et dans quelque langue que ce puisse être ; je vois des gens de toutes nations , et le vrai moyen de me les rendre agréables , c'est de les rendre vos traducteurs.

Voici deux petits quatrains à l'occasion de l'élection d'un successeur à TAcadémie pow* la place de Voltaire :

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