‹ Correspondance complète de la marquise Du Deffand avec ses amis le président Hénault, Montesquieu, d'Alembert, Voltaire, Horace WalpoleChapitre 33 sur 38 · FOUTU AIT DE MADAME LA MAIIQT'ISK DO DEPTAHD FAIT PAU EI.LE-HKMK · texte numérisé non relu

FOUTU AIT DE MADAME LA MAIIQT'ISK DO DEPTAHD FAIT PAU EI.LE-HKMK

m 1TS8.

Madame la marquise du Deffànd parait difficile à définir. Le grand naturel qui fait le fond île son caractère la laisse voir si différente d'ellemême d'un jour â l'autre, que quand on croit l'avoir attrapée telle

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qu'elle est, on la trouve l'instant d'après sou» une ferme différente. Tous les hommes ne seraienl-il* pas de même s'il* se montraient tels qu'ils «ontî Hais pour acquérir de la considération, ils entreprennent, pour ainsi dire, de jouer de certains rôle» auxquels ils sacrifient souvent leurs plaisirs, leurs opinions, et qu'ils soutiennent toujours au-dessus de la vérité.

Madame la marquise du Deffànd est ennemie de toute fausseté et affectation ; ses discours et son visage sont toujours les interprètes fidèles des sentiments de son àme ; sa ligure n'est ni bien ni mal, sa contenance est simple et unie, elle a de l'esprit; il aurait eu plus d'étendue et plus de solidité si elle se fut trouvée avec des gens capables de la former et de l'instruire; elle est raisonnable, elle a le goût juste, et si quelquefois la vivacité l'égaré, bientôt la vérité la ramène; son imagination est vive, mais elle a besoin d'être réveillée. Souvent elle tombe dans un ennui qui éteint toutes les lumières de son esprit! Cet état lui est si insupportable, et la rend si malheureuse, qu'elle embrasse aveuglément tout ce qui se présente sans délibérer; de là vient la légèreté dans ses discours et l'imprudence dans sa conduite, que l'on a peine à concilie! avec l'idée qu'elle donne de son jugement quand elle est dans une situation plus douce. Son coeur est généreux, tendre et compatissant ; elle est d'une sincérité qui passe les bornes de la prudence; une faute lui coûte plus à taire qu'à avouer. Elle est très-éclairée sur ses propres débuts, et découvre très-promptement ceux des autres, et la sévérité avec laquelle elle se juge lui laisse peu d'indulgence pour les ridicules qu'elle aperçoit; de là vient la réputation qu'elle a d'être méchante; lice dont elle est très-éloignée, u'ayant nulle malignité ni jalousie, ni aucun des sentiments bas que produit ce défaut.

POPlTritri DB MADAME LA MAUQtrSE DE IIEFKAÏI) PAIT PAR ELLE-MÊME, 1774.

On croit plus d'esprit à madame du Deifnnd qu'elle n'en a .- on la loue, on la craint, elle ne mérite ni l'un ni l'autre; elle est, en fait d'esprit, ce qu'elle a été en fait de figure et ce qu'elle est en fait de naissance et de fortune, rien d'extraordinaire, rien de distingué; elle n'a, pour ainsi dire, point eu d'éducation, et n'a rien acquis que par l'expérience : cette expérience a été tardive, et a été le fruit de bien des malheurs.

Ce que je dirai de sou caractère, c'est que la justice et la vérité, qui lui sont naturelles, sont les vertus dont elle fait le plus de cas.

Elle est d'une complexion faible, toutes ses qualités en reçoivent l'empreinte.

Née sa» talent, incapable d'une farte application, elle est très-susceptible d'ennui, et ne trouvant point de ressources en elle-même, elle en cherche dans re qui l'environne, et cette recherche est souvent sans succès; cette même faiblesse fait que les impressions qu'elle reçoit, quoique très-vives, sont rarement profondes ; celles qu'elle fait y sont sise/, semblables; elle peut plaire, mais elle inspire peu de sentiments.

C 'est m tort qu'on la soupçonne d'être jalouse, elle ne l'est jamais du mérite et des préférences qu'on donne à ceux qui en sont dignes, mais

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elle supporte impatiemment que le charlatanisme et le» prétention* injuste* en imposent; elle est toujours tentée d'arracher les masques qu'elle rencontre, et c'est, comme je l'ai dit, ce qui la fait craindre des uns et louer des autres.

ESQUISSE 111! POHT1U1T DE M. DE FOST- JJE-VEÏLE PAR illDIMB LA M111QC1U; DU DEFFASD, 1774.

L'esprit et les talents de M. de Pont-de-Veyle méritaient toutes les distinctions qui font l'ambition des gens de lettres; mais sa modestie et son amour pour l'indépendance lui firent préférer les agréments de la société aux honneurs et à la célébrité. Il évitait tout ce qui pouvait exciter

Ce fût malgré lui qu'on découvrit qu'il était l'auteur de trois comédies qui eurent un grand succès. La crainte de déplaire le rendait fort circonspect dans la conversation.

Ceux qui ne le connaissaient pas pouvaient penser qu'il n'était pas frappé des ridicules, et il les démêlait plus finement que personne. On pouvait penser aussi qu'il n'était pas bon juge des ouvrages de goût et d'esprit; il avait l'air de tout approuver, il ne se permettait aucune critique, et personne n'était plus en état que fui d'en faire de bonnes, puisque tous les ouvrages qu'on a de lui sont du meilleur ton et du meilleur goût.

Son extérieur était froid, ses manières peu empressées : on aurait pu le soupçonner d'une grande indifférence, et l'on se serait bien trompé ; il était capable de l'attachement le plus sincère et le plus constant. Jamais aucun de ses amis n'a eu le moindre sujet de se plaindre de lui. Aucune raison, aucun prétexte ne le refroidissait pour eux. Il connaissait leurs défauts, il cherchait à les en corriger en leur en faisant sentir les inconvénients; il n'acquiesçait jamais au mal qu'on pouvait dire d'eux. Enfin, l'on peut dire de M. de Pont-de-Veyle, qu'il était estimable par son esprit, par ses talents, par ses vertus et par l'extrême bonté de son cœur.

Madame la comtesse de Rochefbrt est jeune et dans l'âge où le goût ne se déclare encore que par les premiers mouvements, où l'âme n'a que de l'instinct, où enfin on sent, eu attendant que l'on réfléchisse ; cet âge est à la vie ce que le printemps est a la natnre; les fleurs font le seul ornement de cette saison, tout n'y est que pour les plaisirs, tout le respire, tout l'annonce.

Pour commencer par la figure de madame la comtesse de Rochefbrt, elle n'a rien de frappant ni qui surprenne; mais elle acquiert à être regardée ; c'est l'image du matin, où le soleil ne se lève point encore, et

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où l'on aperçoit conforment mille objets agréables. Quand elle parle, ion visage s'éclaire; quand elle s'anime, sa physionomie se déclare; quand elle rit, tout devient vivant en elle, et on finit par aimer à la regarder, comme on se plaît à parcourir un paysage où rien n'attache séparément, mais dont la composition entière est le charme des yeux.

On ne comprend pas comment, en arrivant dans le inonde, madame la comtesse de Rochefort a pu connaître sitût et ses usages et les hommes qui l'habitent; tout a l'air en elle de la réminiscence; elle n'apprend point, elle se souvient, et tout ce qui la rend, malgré cela, si agréable aux autres, c'est que sa jeunesse est toujours à coté de sa raison ; elle n'a l'air sensé que par ce qu'elle dit, et jamais par le ton qu'elle y donne; elle juge comme une autre personne de son âge danse ou chante; elle ne met pas plus de façon à raisonner qu'à se coiffer ; aussi est-elle aussi naturelle dans ses expressions que dans sa parure; la coquetterie est un défaut qu'elle n'aura pas de mérite à vaincre, elle ne la connaît pas plu» que la recherche des pensées et le tour maniéré des expressions.

Quelque indiscrétion qu'il y ait à oser prononcer sur le caractère des jeunes femmes, on peut quasi promettre à madame la comtesse de Rochefort de n'être jamais malheureuse par les passions folles et inconsidérées. Si jamais un homme parvenait à lui plaire, j'ose l'assurer qu'il n'aura à craindre ni orages ni écueils; son âme est aussi constante que décidée.

Ce qui doit le plus surprendre. en elle, c'est la fermeté de son caractère ; ses résolutions sont promptes et justes ; l'expérience, en fait d'esprit, c'est ordinairement la comparaison qui prépare et qui assure nos jugements; elle a su se passer de tous ces secours présentés aux âmes ordinaires; elle jugera sûrement du premier ouvrage, tout comme elle a pris des partis sensés dans des affaires où, toute jeune qu'elle est, elle s'est trouvée obligée de se décider par son seul conseil.

Si jamais elle jetait les yeux sur ce portrait, je lui apprendrais des nouvelles d'elle-même, car elle ignore tout ce qu'elle vaut, et c'est ce qui la fait si bien sentir aux autres. Je ne dirai plus qu'un mot, c'est que son cœur est sensible à l'amitié comme si elle n'avait que cela à faire; la vivacité dont elle aime ses amis n'a rien de ces saillies impétueuses qui font craindre que les sentiments ne soient pas durables ; les siens ont un air posé sans en être moins vif», qui, joint aux charmes de la jeunesse, donne à ce que l'on sent pour elle un degré de chaleur, que l'on peut appeler comme on voudra.

MADAME DU DErFAND.

ÉTAT CIVIL DE MADAME DO DEFFAtfD.

Extrait du registre des convois de ta paroisse de SainlSulpice pour 1780.

Le 24 septembre 1 780, a été bit le convoi et enterrement, dans l'église, de très-haute et très-puissante dame Marie de Vichy de Chararon, veuve de très-haut et très-puissant seigneur H. iean- Baptiste-Jacques de la Lande, marquis du Defiând, brigadier des armées du Roi, lieutenant général de l'Orléanais; décédée hier, rue Saint-Dominique, dans le couvent des Dames de SaLnt-Josepil . âgée de 84 ans. Témoins : M. Nicolas de Vichy -Chamron , conseiller du Roy en tous ses conseils, trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, frère ; M. Abel-Claude-Marie-Go rie-Cécile, comte de Ylchy- Charnron; H. Gaspard -Félix, vicomte de Vichy - Chamron , petits-neveux; M. Roch-Étienne de Vichy, diacre du diocèse de Saint-Plour, parent, et M. François-Abraham-Marie Mouchard, écuyer, conseiller secrétaire du Roy, maison couronne de France, et de ses finances, receveur général des finances, l'un des exécuteurs testamentaires de la défunte; qui ont signé :

L'abbé be Chamron.

Vicht C. Vrem V".

L'abbé de Vicni. Mouchard.

Reps, vicaire.

1 Nous avoua fait les plus grands efforts pour reconstitue! l'état civil itr madame du Deff.ind, c'est-l-dire découvrir son acte de baptême, son contrat de mariage, son testament et son acte mortuaire. Jusqu'ici nos découvertes M bornent à la dernière de ces pièces seulement , dont noua devons la communication à l'obligeance de M. Ch. Re.id, noue savant confrère.

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