I.E PRÉSIDENT HÉNAl LT A MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND
20 juillet.
M. d'Argenson vint hier matin chez moi avec le Grand Prieur* qui l'était venu voir, et qui l'amena pour éviter les compliments qui sont insupportables quand on est véritablement afdijjé : ils restèrent avec moi tout le temps de ma toilette; le Prieur s'en alla, et nous partîmes pour Auteuil, d'Argenson et moi. Il y dîna, nous y passâmes une partie de la journée, ensuite nous allâmes faire un tour dans le bois de Boulogne; nous repassâmes à ma porte , où je trouvai une lettre de vous , et puis nous revînmes souper chez lui, avec madame d'Argeuson, le Prieur, le Normant ^ et Moncrif. Voilà toute ma journée. Il v a tant de variation dans les nouvelles de tous les genres, que d'un jour à l'autre tout change de face. Pour commencer par
1 « Je viens (rapprendre seulement nne nouvelle bien triste. Il a fait ce •1 mois-ci, à Prague, un orage affreux. Le clievalier d'Argenson,ofticier dans le » Picgiment du Roi, second fils de M. le comte d'Argenson, conseiller d'Etat, » intendant de Paris, ci-devant chancelier de M. le duc d'Orléans, était à un » poste avec des soldats. Le tonnerre a tombé, dont il a été tué avec quatorze 11 autres hommes. Oh! parbleu, on ne va pas à la guerre pour être tué d'un >' coup de tonnerre. Cela est ridicule à tous égards. » (Barbier, juillet 1742, t. III, p. 303.) (L.)
2 Fils naturel et reconnu du Ilégent et de la comtesse d'Argonton. (L.)
3 Le célèbre avocat. (L.)
les {générales, on frémit de songer à ce qui nous menace; les troubles des Gévennes sont l>icn sérieux; il y a plus de rjuatre mille hommes armés , et il n'y a pas cinq cents hommes de troupes dans tout le Lan(juedoc. Nos côtes courent de {grands risques, et on parle beaucoup de Dieppe. Le roi de Sardaigne a, dit-on, fait insinuer qu'il ne lui convenait pas que l'Infant restât plus longtemps en France.