‹ Correspondance complète de la marquise Du Deffand avec ses amisChapitre 26 sur 52 · LE BAROX SCHEFFER ' A MADAME DU DEFFAND · texte numérisé non relu

LE BAROX SCHEFFER ' A MADAME DU DEFFAND

Compic'gne, 6 juillet 1751.

J'ai eu, madame, de si grandes preuves de vos bontés dans les occasions les plus intéressantes pour moi, que je regarde comme un devoir, en même temps que je trouve une consolation infinie, de vous faire part des malheurs affreux qui m' arrivent. M. deChambrier^ est mort à Wesel; la nouvelle ne m'en est parvenue que ce matin. Vous savez comme je pensais pour lui; mais je ne pourrai jamais assez vous dire combien j'avais de raisons pour lui être attaché : c'était la vertu même; la douceur, la sensibilité de son caractère égalaient les lumières de son esprit, et son amitié pour moi éiait sans ]>ornes. Je plains autant que moi plusieurs pauvres familles à Paris, qui ne subsistaient que par ses charités. Je ne l'ai jamais dit tant qu'il vivait; mais je dois le publier aujourd'hui, ne serait-ce que pour le bien que peut faire un tel exemple. Il entretenait dans sa maison une femme dont la fidélité lui était connue, et qui n'avait

» ministre qui s'est retiié , un chevalier de l'Ordre et même ambassadeur qui " s'est fait père de l'Oratoire, un fermier général, jeune et se portant bien, 1 qui a quitte, une dame du palais qui s'est faite Carmélite. » (^Mémoires du duc de Luyiies, t. XI, p. 30:3.) (L.)

^ Envoyé de Suède en France depuis 1744. jVommé sénateur, il dut retourner à Stockholm en 1752. Son audience de congé est de mars 1752. (L.)

^ Ministre de Prusse en France depuis vingt ans. Mort le 26 juin à Wesel, où il était allé joindre son souverain. Wesel est à trois lieues de Cologne, sur le Rhin et la Lippe. Le duc de Luynes fait son éloge. (L.)

d'autre fonction que de visiter tous les jours les pauvres ù qui il faisait des pensions, pour lui rapporter tous leurs besoins, et leur distribuer les secours dont ces mêmes besoins étaient la seule mesure.

Je vous demande mille pardons, madame, d'entrer dans tous ces détails : aous êtes sensible, et vous connaissez sans doute combien on trouve de plaisir à faire honneur à ses amis. Je souhaite de tout mon cœur que vous ne connaissiez jamais celui de les faire valoir après leur mort. Il me serait bien doux de pouvoir jouir dans ce moment du bonheur de vous voir et de vous entendre; il m'est cependant impossible de m'éloigner d'ici , et je suis réduit à vous offrir seulement mes hommapes de loin : je vous supplie de les faire agréer à madame du Chàtel, et d'être garante de mon respect et de mon admiration pour elle.

J'en appelle, madame, à votre justice surtout ce qui regarde mon inviolable et très -respectueux attachement pour vous.

LE MK3IE A LA MÊME

Compiègne, 14 juillet 1751.

Vous m'avez écrit, madame, la plus belle lettre du monde, et j'ai l'honneur de vous assurer que, dans iTion extrême affliction, j'ai trouvé un grand soulagement à voir avec quelle bonté vous voulez bien vous intéresser à ce qui me regarde. Je ne suis pas encore assez heureux pour pouvoir appliquer à mon mal le grand remède dont vous me dites un mot en passant, mais pour l'usage duquel il faut plus qu'une conviction purement intellectuelle, telle que la mienne. Il ne me reste donc que la ressource de l'amitié; vous me l'offrez en me permettant d'avoir l'honneur de vous écrire, et je profite de ce secours avec d'autant plus de plaisir, qu'il est bien A'rai que vous avez, madame, par les agréments de votre esprit et par la sensibilité de votre cœur, tout ce qui peut satisfaire davantage le goût et les sentiments de ceux que vous voulez bien admettre au nombre de vos amis. Si vous continuez à me trouver digne de vos bontés et de votre confiance, je sens que je me plaindrai infiniment moins de la perte dont j'ai osé vous parler dans la première vivacité de ma douleur. Nous avons vu mourir ici , ce matin , l'ambassadeur

d'Espa{jne, avec qui nous avons tous dîné avant-hier. Tout le monde est consterné : on accuse, comme à l'ordinaire, les médecins, qui sont, je crois, fort innocents de toutes les morts auxquelles ils contribuent; il y a sans doute un arran.'jement que leur capacité ou leur ignorance ne peut point chanjjer. Je n'i(}nore point tout ce qui peut se dire contre cette thèse; mais je sais aussi qu'il y a des choses très-fortes à répondre.

Au reste, madame, je ne vous dirai rien de ce pays-ci, où vous avez des correspondants plus instiuits que moi. A ous savez qu'il y a une belle édition des Mémoires de Brandebowg , laite à Berlin, avec une Epitre dcdicatoire et une Préface, où notre aimable président est nommé d'une manière qui fait tant d'honneur au goût du roi de Prusse, que je suis persuadé qu'il ne souffrira plus longtemps une maison qui porte le nom de Sans- Soiici , ni une société composée de M. d'Ar(jens et de ses pareils. (Juand ce grand monarque aura ajouté cette réforme à toutes ses connaissances et à ses talents, il sera sans contredit le plus rare génie de son siècle. Mais, pour revenir aux Mémoires de Brandebourfj , tâchez, madame, je vous en supplie, d'avoir la nouvelle édition de Berlin, et faites-moi la grâce de me dire ce que vous pensez des morceaux dont elle est augmentée.

Si vous voyez M. le chevalier d'Avdie, vous aurez bien la bonté de me rappeler à son souvenir. Je ne nomme plus madame la marquise du Châtel que pour vous supplier, une fois pour toutes, de me ménager la continuation de ses bontés. Vous n'accorderez jamais les vôtres, madame, à personne qui soit plus pénétré que moi du respect infini et de tous les sentiments qui vous sont dus.

Clérac en Agénois, 15 juillet i751.

Vous VOUS moquez de moi : ce n'est pas le premier président que je crains, c'est le président; ce n'est pas celui qui croit dire tout ce que vous voulez, c'est celui qui dit tout ce qu'il veut. J'aime bien ce que vous dites, que vous n'avez suivi vos compagnes que pour tuer le temps, et que vous n'avez jamais tant trouvé qu'il mérite de l'être. Eh bien, soit, tuons-le; mais je le

connais, il reviendra nous faire enrager. Je suis enchanté que vous ayez fait mon apologie : vous me couvrirez de votre égide, et, ce qui sera singulier, les Grâces y seront peintes. Je vous demande en grâce de me l'envover par le premier courrier avec une lettre de vous, s'il se peut.

Le chevalier d'Aydie m'a mandé qu'il avait gagné son procès. Le père bénédictin dont je savais si bien le nom et que j'ai oublié n'avait donc évité des coups de pied dans le ventre que pour tomber dans l'infamie de perdre un procès avec lequel il tuait le temps et le chevalier '. Je vous prie, madame, de vouloir bien parler de moi : c'est au chevalier. Je vous prie de parler aussi de moi à madame du Ghâtel. Je lui sais bon gré de vous avoir inspiré de me communiquer le secret. Mais pourquoi dis-je que \e lui sais bon gré de cela ? Je lui sais bon gré de tout. L'abbé Guasco me barbouille toute cette histoire : il me dit que c'est M. de Révol, conseiller au parlement, qui a donné le manuscrit, qui est, dit-i!, très-savant. C'est depuis qu'il a une dignité dans le chapitre de Tournai qu'il ne sait ce qu'il dit. Je vous j)rie, madame, de vouloir hien remercier M. d'Alembert de la mention qu'il a faite de moi dans sa Préface'^. Je lui dois encore un remerciment {)Our avoir fait cette Préface si Ijelle : je la lirai à mon arrivée à Bordeaux. Agréez, je vous prie, etc.

LE BARON SGHEFFKR A 3IADAJIE LA MARQUISE DU DEFFAND

18 juillet 1751.

Ma dernière lettre ne vous était donc pas parvenue, madame, lorsque vous m'avez fait la grâce de m'écrirele 15 de ce mois? Je me flatte cependant qu'elle ne sera pas perdue. Vous me donnez une nouvelle preuve de vos bontés pour moi, en vous intéressant à ce qui vient d'arriver à Stockholm : c'est un désastre affreux et sans exemple; ma maison est une des huit qui ont été sauvées dans une des plus belles rues de la ville, qui, à ces maisons près, a été entièrement réduite en cendres. L'ambassadeur de France occupe une autre de ces huit maisons. Nous ne pouvons pas douter de la source de tous nos malheurs ;

* Voir aux OEuvres de Montesquieu, les Letlret au rlievalier d'Aydie. (L.) 2 Voir aux OEuvres de d'Alembeit (éd. Bossant/e, 1821), t. I"", p. 80. (L.)

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mais il y a des choses qu'il faut i(jnorer jusqu'au moment où l'on se trouve en état d'en tirer vengeance.

Ma vie ici est très-uniforme et serait assez à mon goût, si vous étiez ici, madame, et votre société dont on ne trouve pas à se dédommager dans ce pays-ci , où vous savez qu'il n'y en a aucune. Les habitants de Bellecliasse n'ont point été à Paris, comme on vous l'a dit. Je souhaite fort de m'y retrouver; vous avez la meilleure part à ce souhait, et vous jugez trop bien ceux qui ont l'honneur d'être connus de vous, j)Our en douter.

En apparence, nous n'avons rien ici de nouveau; mais vous croyez bien que dans un pays où il v a tant d'intérêts divers, et où tout le monde s'occupe de ses intérêts, il y aurait toujours beaucoup à dire, si l'on pouvait tout dire. Ce sera à mon retour à Paris que j'aurai le plaisir de vous prouver cette vérité, et de vous faire part de toutes mes observations. Je vous conjure, madame , de ne me point oublier avec vos amis , et de compter sur mon respect, sur mon attachement les plus inviolables.

M. SALADIX A MADAME LA MARQLISE DU DEFFAND.

24 juillet 1751 K Je ne suis pas assez présomptueux, madame, pour croire que j aie pu contribuer par mes réflexions à vous rendre plus contente de vous-même et de votre position ; mais je suis charmé de voir que, vous rendant enfin plus de justice, vous ne formerez plus de plans nouveaux, et que vous vous laisserez aller au cours naturel de la vie de Paris et de vos sociétés , dont on ne sent jamais mieux l'agrément intrinsèque et le besoin qu'à une certaine distance, et après un certain temps passé ailleurs. J'avais hasardé une comparaison dans ma lettre précédente, qui me revint dans l'esprit après que la lettre fut partie. Je craignais qu'elle ne fût ignoble et dégoûtante; mais aous me lavez passée, vous avez eu la bonté même de me la rappeler : cela m'a fait un plaisir que je ne puis vous dire. Il est si aisé à certaines gens et à certains lieux de se rouiller, rpi'on est charmé de voir qu'on n'a pas été si sot qu'on l'appi^éhendait. C'est encore là un avantage de Paris, qui n'est pas médiocre. Quand on y est et ([u'on écrit, on n'a qu'à laisser aller sa plume : elle

1 Cette lettre est daté(> à tort, dans l'édition de 1809. du 24 juillet 1750. (L.)

DE MADAME LA :MA1{QUISE DU DEFFA^iD. 139

va toujoui's bien et intéresse toujours plus ou niojns ceux à (jui elle parle. A peine ose-t-on se nommer quand on écrit de la province; c'est presque un malheur de n'y être pas par lettre de cachet, le séjour en serait tout excusé, et l'on pourrait y être insolent tout à son aise. L'on pourrait se permettre de gloser sur ce qui se passe et sur ce qui se dit à Paris; mais il y aurait de 1 indécence d'en user de même lorsqu'on est absent par un exil voiontaii'e.

Je vous avais pourtant promis l'avis de nos gens d'esprit sur la Préface àe VEncjclopédic : on me l'avait dit arrivée ici; mais on se trompait, et l'on n'avait que le programme. J'espère que le retard ne sera pas long; car je suis sur que la pièce est en chemin.

On me mande que la mort de l'ambassadeur d'Espagne ' est attribuée à la bonne chère qu'il a faite à Séchelles : je ne crains pas que votre président ait donné dans le panneau; ce qu'il y a pourtant de vrai, c'est que la subtilité de l'air de Séchelles donne un appétit qui peut d'autant plus aisément se tourner en perfidie, que la chère est grande et les honneurs de la table faits avec séduction : j'y étais l'année dernière avec le chevalier de Tencin', qui ne pensait, peut-être alors, pas plus que moi, qu'il s'en trouverait à cent lieues l'année suivante. Ainsi va le monde. Je souhaite et crains d'apprendre l'événement du procès : je crois que Thiers a raison, et j'aime bien madame du Chàtel \ Je ne pense pas, comme vous, que les femmes soient des enfants éternels : 1" elles cessent de l'être avant nous, et d'ailleurs elles se retirent bien plus tôt que nous d'une certaine dissipation. Il est aussi commun aux hommes d'avoir des vapeurs qu'aux femmes. Celles de Paris m'ont toujours paru moins frivoles que les liomnies, qui pourraient être leur parallèle. Tous ne vous taxez de frivolité, d'enfance, que parce que vous descendez en vous-même, et qu'il peut vous arriver de vous prendre sur le fait. Madame, au nom de Dieu, comparez, et ne vous

1 Don François Piginitelli, moitié mercredi 14 juillet 1751. (V. Mémoires du duc de Lujnes, t. XI, p. 186, 187, 188.) (L.)

2 Le chevalier, puis Ijailli do Tencin , ambassadeur de la reli<;ion a Rome, venait d'être graiiHé d'une bonne commanderie. Il était fils d'un frère de la célèbre madame de Tencin. (Mém. du duc de Luynes, t. XI, p. 46, 88.) (L.)

•^ Il s'aj'issait d'un procès à l'occasion de la suci'ession de M. du Cliàtel , entre M. de Gontaut et madame de Staiuviile, et M. de Tliier.s, leur oncle, et M. de Béthune, son gendre. M. de Gontaut gagna son jirocès en août 1751. (Y. Mémoires du dur de Lufin-s, t. XI, j). 141, 206.) (L.)

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lassez pas de me répondre. Je ne suis que trop sûr que cela arrivera; mais je suis assez solide pour en écarter l'idée.

LE MÊME A I.A jMÈME.

GLMiève, 15 août 1751 1.

Au nom de Dieu, madame, ne vous en prenez (pi'à ma grande humilité et à la connaissance que j'ai du mérite de toutes vos relations, si j'ai prévu le cas on vous vous lasseriez d'écrire à un habitant de la plus petite de toutes les républiques. Je ne souhaite rien plus ardemment que de m'étre trompé : la crainte de j)erdre ce qu'on aime le mieux tait souvent faire des imprudences par excès de précaution et de défiance. Je suis précisément dans ce cas : flatté, comme je le suis, de AOtre correspondance et enchanté de chacune de vos lettres, je vous défie de pouvoir me prêter avec justice la disposition d'esprit dont vous me parlez; bien loin d'être refroidie par la conjecture que vous aviez faite, j'espère qu'après en avoir reconnu la fausseté, elle vous animera d'un nouveau zèle en ma faveur, et que, sûre de mon attachement et de ma reconnaissance, aussi bien que de ma franchise et de ma discrétion, vous trouverez toujours une sorte de satisfaction à vous ouvrir avec moi sur vos mouvements intérieurs, et à savoir ce que j'en pense. Ne pouvant avoir aucune idée du pays où je suis, je ne vous en parlerai (juère; l'amour de Paris et le regret de l'avoir quitté font une partie de mon existence : j'y ai vécu trop longtemps et en trop bonne compagnie, pour ne m'être pas attendu d'avance aux regrets éternels que j'aurais de l'avoir quitté. J'éprouve cependant ce que vous me dites : le désœuvrement est un grand mal ; une vie honnêtement et diversement occupée est par conséquent une sorte de nécessité pour un homme qui n'est pas né paresseux et qui ne s'entend pas aux bagatelles. J'avoue que la plupart des questions sur lesquelles j'ai à donner tous les jours mon avis, ne roulant que sur de petits objets, paraîtraient insoutenables à l)ien des gens; mais qu'il s'agisse de mille écus ou de cent mille écus quand on juge, je tiens qu'il est plus doux d'être juge dans le premier que dans le second, et sur toutes les matières d'Etat. J'ai vu de si près les mauvais quarts d'heure

' Datée à tort de 1750 dans l'édition de 1809. (L.)

de nos ministres de Versailles, dont lesuffra^je n'est jamais que consultatif, et qui ont toujours à se garer des piéjj^es qu'on leur tend, que je les compare à ceux qui vont en patins sur une grande mer, tandis que je marche siu' un chemin étroit, pavé et tout uni.

Vous gagneriez bien votre pari, si vous trouviez quelqu'un avec (jui faire la gageure dont vous me parlez. Il y a une (hfférence essentielle de lui à moi; j'ai toujours du plaisir à ce (lue je fais, je n'ai de peine que })ar la nécessité de changer d'attitude, et à lui c'est toute sa consolation; je me suis toujours trouvé plus heureux que je ne méritais, et il ne se trouve pas bien traité par la Providence; il est plus flatté des entrées du Louvre que d'être possesseur de tant d'avantages qui le mettent au-dessus des autres : c'est une sage conipensation du maître des destinées. Les femmes sont dans une situation ijarticuhère : exclues de l'administration extérieure, il fallait que l'inspection de leurs enfants et de leurs domestiques leur servît d'amusement ou de consolation pour tous les âges. Le bon air et l'opulence de Paris ne permettent guère les détails aux femmes de condition, quand elles n'ont point d'enfants à regretter : c'est réellement une privation, mais c'est qu'il faut qu'elles s'en consolent par la considération des mauvais moments <|ui en sont souvent inséparables. Il faut, pour bien faire, regarder ce monde comme une comédie; et pourvu que le corps ne souffre pas, on ne souffre pas trop à être persuadé qu'on n'a pas tiré vm mauvais l)illet. Il est plus aisé, selon moi, à un homme raisonnable de s'accommoder à la vie des provinces, qu'aux femmes qui ont vécu dans le grand monde; l'aiticle des regrets leur est immanrjuable : je ne connais que l'impuissance d'aller au bout de l'an dans l'état qti'on a, qui puisse faire un devoir à une femme raisonnable de ([uitter Paris pour aucune ville de province que ce puisse être.

Je me représente toute l'agitation où le manjuis du Ghâtel et les Thiers doivent être, à la veille d'une décision aussi intéressante; j'en ai peur d'ici [)our les uns et les autres : il est fâcheux que la minorité des parties n'ait pas permis un accommodement : c'était le cas, ou jamais, de terminer toutes les prétentions par une transaction. Ce que j'v trouve de consolant, c'est qu'il y a assez d'étoffe pour que toutes ces dames, mariées ou à marier, aient été les meilleurs j)artis de Paris.

Je vois avec peine le tintamarre que cause l'affaire des hôpi-

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taux' : si quelque cliose pouvait devenir sérieux en France, ce serait celle-là; car de part et d'autre l'on s'est bien avancé et bien ai^ri; mais quand même cette affaire sei-ait finie, vous en verriez bientôt renaître quelque autre, par le zèle de votre prélat. Il ne suffit pas d'avoir de bonnes mœurs, une bonne doctrine et de l)onnes intentions : il v a quelque chose de plus nécessaire que tout cela dans la place importante qu'il occupe, c'est de l'esprit.

Les commencements de V Encyclopédie ne sont point encore arrivés ici : je vous promets de vous en dire l'avis de nos savants d'ici, qui sont les meilleurs juges qu'il puisse v avoir dans ce genre, et qui ont l'avantage de n'avoir ni intérêt ni prévention. Paris est le lieu du monde où l'on a le moins de liberté sur les ouvrages des gens qui tiennent un certain coin.

J'ai plus manqué de sens que de sentiment en n'écrivant pas à madame Harenc; je savais qu'elle était fort occupée, et je craignis de la fatiguer. J'ai mille grâces à vous rendre d'avoir bien voulu me mettre en état de réparer ma faute.

Je reviens à V Encyclopédie . Il y a bien de la sévérité à ceux (jui ont critiqué l'expression : « qu'Adam était chef du gem-e humain, selon l'Ecriture ; » il n'y a, ce me semble, que ceux qui ne croient point à l'Ecriture, et qui voudraient passer pour orthodoxes, qui aient pu prendre ce mot en mauvaise part. Le malheur est que ce livre vient après plusieurs autres dont le mérite n'était pas dans un certain respect pour l'Ecriture, que les gens d'esprit sont facilement suspects de déisme dans 1 esprit des dévots, et qu'en gros, l'on ne demande qu'à blâmer. Je n'appréhende pas que nous manquions de livres , mais j'admire bien plus le courage que le savoir de ceux qui en font.

Je souhaite que vous soyez actuellement occupée à voir les illuminations d'un duc de Bourgogne*. Ce souhait vous paraîtra bien bourgeois et d'un homme bien oisif; il est pourtant vrai que j'attache une grande importance à cet événement, et que je le souhaite de tout mon cœur.

^ II s'agit d'un conflit entre le Parlement, rarclievêf(iic de Paris et la Cour, à l'occasion d'une déclaration du Roi en dis-huit articles, ré{;lant à nouveau l'administration des hôpitaux. Cette affaire, aigrie et envenimée par toutes sortes de rivalités et d'hostilités, passionna longtemps les esprits. (V. Mewo//-ex du duc de Lujncx, t. XI, ji. 19.3, 313, 315.) Voir surtout le Journal de Barbier, t. V. (L.)

2 Le duc de Bourgogne, frère aîné de Louis XVI, naquit dans la nuit du dimanche au lundi 13 S(>ptemhrc 1751, et mourut le 22 mars 1761. (L.)

DE MADAME LA MARQUISE DU DEFI A>;D. IkZ

Au reste, n'appelez poiiit vos lettres décousues : la variété n'est rien moins que décousue. Vous ne connaissez vos lettres que par la peine qu'elles vous donnent; celui qui les reçoit en juge autrement, et quand je vous jure en homme d'honneur qu'une de mes craintes était d'en recevoir plus rarement, c'est la meilleure preuve que je ne les trouve que divines , et que je vous aime de tout mon cœur.

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