‹ Correspondance complète de la marquise Du Deffand avec ses amisChapitre 40 sur 52 · LE T TUE · texte numérisé non relu

LE T TUE

LA MÊME AU MÊME

Lundi 21 avril 1766, en réponse à votre lettre d'Amiens.

Si vous étiez Français, je ne balancerais pas à vous croire un grand fat; vous êtes Anglais, vous n êtes donc qu'un grand fou. Oîi prenez-vous, je aous prie, que ^e suis livrée à des indiscrétions et des emportements romanesques? Des indiscrétions, encore passe : à toute force cela se peut dire ; mais pour des emportements romanesques, cela me met en fureur, et je vous arracberais volontiers ces veux qu'on dit être si beaux, mais qu'assurément vous ne pouvez pas soupçonner de m'avoir tourné la tête. Je clierche quelle injure je pourrais vous dire, mais il ne m'en vient point; c'est que je ne suis pas encore à mon aise en vous écrivant ; vous êtes si affolé de cette sainte de Livry ^ que cela me bride 1 imagination; non pas que je prétende à lui être conqiarée, mais je me persuade que votre passion pour elle vous fait paraître sot et plat tout ce qui ne bii

1 II s'agit ici d'une petite machine à écrire, une sorte de rè{;le creuse dont madame du DefCand se servait pour {juider sa main et suppléer à ses yeux aveuj;ies. Madame de Genlis en parle dans ses Mémoire!; sans la décrire. (L.)

2 Le valet de chambre de madame du Deffand, et qui lui servait en même temps de secrétaire. Il entra à son service avant l'année 1758, demeura avec elle jusqu'à sa mort, en 1780; il parait avoir été un fidèle et zélé serviteur. (A. '2s.)

■^ .Madame do Sévijijné, que ^L VValjiole avait coutume d'appeler Notre- Dame-de-Livry. (A. iS.)

DE MADAME LA MARQUISE DU DEFFAiND. 343

ressemble pas. Revenons aux emj)ortements romanesques : moi, l'ennemie déclarjîe de tout ce qui en a le moindre trait, moi qui leur ai toujours déclaré la guerre, moi qui me suis tait des ennemis de tous ceux qui donnaient dans ce ridicule, c est moi qui en suis accusée aujourd'hui! Et par qui le suis-je? par Horace Walpole, et par un certain petit Craufurd ', qui n'ose j)as s'expliquer si clairement, mais qui y donne un consentement tacite. Ah! ti, fi, messieurs, cela est bien vilain; je dirai comme mes chers compatriotes, quand on leur raconte quelque trait dur et féroce : cela est bien anglais; mais apprenez, et retenez-le bien, que je ne vous aime pas plus qu'il ne faut, et je ne crois point par-delà vos mérites. Revenez, revenez à Paris, et vous verrez comme je me conduirai. J'ai, je vous l'avoue, une grande impatience que vous puissiez juger par vous-même du succès de vos leçons et des effets de mon indignation. Je commence dès à présent un nouveau plan de conduite; je ne prononce plus votre nom ; cela m'ennuie un peu, je vous l'avoue; j'aurais bien du plaisir de pouvoir lire vos lettres avec quelqu'un qui en sentirait le mérite, et avec qui j'en pourrais rire; mais en vérité, quand je me livrerais, à bride abattue, à toute mon imprudence naturelle, je ne trouverais personne qui fût digne de cette confidence. Depuis votre départ, tout ce qui m'environne me paraît être devenu encore plus sot; je crains de tomber dans un ennui insupportable. Ouand vous étiez dans les mêmes lieux que moi, je devinais ce que vous pensiez, vous saviez ce que je pensais, et nous ne tardions pas à nous le dire. Ce temps est passé , et Dieu sait quand il reviendra. Soyez Abailard, si vous voulez, mais ne comptez pas que je sois jamais Héloïse. Est-ce que je ne vous ai jamais dit l'antipathie que j'ai pour ces lettres-là? J'ai été persécutée de toute» les traductions qu'on en a faites et qu'on me forçait d'entendre; ce mélange, ou plutôt ce galimatias de dévotion, de métaphvsique, de phvsique, me paraissait faux, exagéré, déjjoûtant. Choisissez d'être pour moi tout autre chose qu' Abailard ; soyez,

1 Jean Craulincl , Esq., d'Ancliinames, en Ecosse, de la même famille que M. Ciaufuid, mort à Paris il y a un an. Ce dernier, co!inii par sa {grande intimité avec M. de Tallevrand, avait épousé une demoiselle Sullivan, qu'il avait retirée de l'Opéra, où elle H{;urait dans les cliœurs de la danse. De ce mariajre est née madame la comtesse d'Orsay, mère de madame la diirliesse de Guiche. Le duc de Guiclie est ?\h du dur do Gramoni, capitaine de l'une des compagnies des yardes du corps du roi (1827). (A. X.}

34V r.ORRKSPONDANCE COMPLETE

si vous voulez, saint François de Sales; je l'aime assez, et je serai volontiers votre Pliilotliee '. Mais laissons lout cela.

Savez-vous que j'espère une lettre de vous, de Calais? mais celle que j'attends avec le plus d'iMij>atience, c'est celle qui sera datée de Londres.

Mon dimanche, hier, lut pifovahle; je comptais sur trois Bropflie " qui ne vinrent point, parce que leur vieil oncle l'abhé était à l'a^jonie, et il est mort aujourd'hui à six heures du matin; madame d'Aijjuillon ^ ne vint ])oint. Je remplaçai tout cela par le duc de Villars '" et par M. SchouwaloFt". Je veux qu'on dise de ce dernier que j'en ai la tête tournée, et que j'ai absolument ouhli(' les .Vujjlais pour les Russes. Mais je me laisse aller à un sot habil, et j'ouhlie Jean-Jac(|ues. J'approuve vos réflexions; mais la {gentillesse de votre lettre, une petite pointe de mali^jnité, étouffaient en moi le sentiment intérieur (pie ce n'était pas hien de tourmenter un malheureux qui n'avait eu aucun tort avec vous '^ . Si madajne de Forcalquier en était digne, je vous demanderais la permission de la lui faire voir; mais elle n'entend rien à rien, et je vois avec beaucoup de cha.jjrin que le |)remier jugement qu'en avait porté M. Crauturd était la pure vérité. Elle me lut, samedi dernier que je soupai avec elle chez sa bonne amie madame Dupin, un petit ouvrage de sa façon en forme de lettres, qui est une apologie de la vieillesse, par où elle prouvait qu'on pouvait être amoureux de quelqu'un de cent ans; cela me dégoûta si fort,

' Madame de Cliuntal. Voltaire dit. dans une «'piirc à madame de Saint- Julien , née de la Tour du Pin :

Il n'est point de t'iançfiis d(î Sales

Sans une dame de Cliantal.

Tout dévot peut sonfjor à mal.

Mais ne cause point de scandales. (A. 3y.)

- Le maiéclial, le comte et l'abbé de Biojjlic, (jiii étaieni frères. La famille de Broglie est d'on{;ine piémontaise. (A. >".)

3 I^a duchesse douairière d'Aijjuillon , née Cliabot, était la mère du duc d'Aijjuillon, (jui fut ministre des affaires étran{;ères après la clmte du duc de Clioiseul. (A. .\.)

4 l'ils du maréchal de Villars. (A. >'.)

^ Une lettre que M. Wal pôle avait écrite à J. J. lîousseau, sous le nom d'Emile, en réponse à une lettre de Rousseau à l'éditeur du Morninij Chronicle , dans laquelle il se plaint sérieusement de la |)uliiica(i(jn d'une lettre que M. VV'alj)ol<! lui avait adressée sous le nom du roi de Prusse. — M. Walpole n a jamais fait imprimer cette seconde lettre, et ne l'a jamais rendue publique, pour les raisons qu'on vient de lire. (A. iN.) — Nous la donnons plus loin.(L.)

ni: M ada:\ie la marquise du défi and. sv.'j

(jur je fus sur le })oiiit tle chercher à lui démontrer «ju'on ne pouvait pas l'être de quelqu'un de quarante. Go bel ouvra^je m'était adressé; je la pressais de nie le donner, mais elle fit <enil)lant de le jetei- au feu, et moi de croire cpTil était hrùlé; cela vous éparjrnera l'ennui de le lire, car je comptais bien vous l'envover.

Donnez-moi i|uelques instructions sur les jours (ju'il faut mettre mes lettres à la poste.

Paris, lundi 5 mai 1766, à midi.

J'ai un million de choses à vous dire, et j'ai une extinction de voix, et peut-être un peu de fièvre. Mou vova.jje de A ersailles s'est passé à merveille; je n'ai point vu la reine; elle se porte fort bien, mais elle ne voit encore personne. .l'ai été plus d'une jjrande heure tête à tête avec la gi-and'maman' ; elle a

' La dmhessc di- Choiseul, née du Cliàtel. J^e duc son époux .1 été premier ministre eu France, après l'exil du cardinal de Beriiis, en 1758. Nous rappelons qu'elle était, par sa {jrand'mère, alliée, à un de(;ré éloi{;né, a\ec le duc* lie Choiseul, et que c'est là la raison pour laipielle elle appelait M. et niadauio de (Ihoiseul son grand-papa et sa jjrand'maman , nouis par lesquels ils sont toujours désignés dans cette correspondance.

M. Walpule fait le portrait suivant de la duchesse de Choiseul, dans nue lettre écrite cette année de Paris à M. Grav :

« La duchesse de Choiseul n'est pas fort jolie, mais elle a de beaux yeux, et c'est un petit moilcle en cire, qui, pendant (piehjue temps, n ayant jias en la permission déparier, comme en étant incapable, a contracté une modestie qui ne s'est point jierdue à la cour, et une hésitation (pii est couqiensée par le plus intéressant son de voix, et effacée par l'expression la plus convenable. Oh! c'est la plus gentille, la plus aimai)le et la pins honnête petite créature qui soit jamais sortie d'un œuf enchanté! si correcte dans ses expressions er dans ses pensées! d'un caractère si attentif, si bon ! Tout le monde l'aimi: excepté son mari, qui lui préfère sa propre sœur, la duchesse de Gramoni , espèce d'Amazone, d'un caractère fier et hautain, également arl)itraire dans son amour et dans sa haiue, er qui est détestée. Madame de Choiseul, (pn aimait avec passion son mari, fut martyre de cette préférence, à laquelle elle se soumit à la fin de bonne gîàce; ce qui a servi à la remettre vu\ peu dans son esprit, et l'on croit qu'elle l'adore toujours. Mais j'en doute. Elle prend trop de peine à le persuader. « Voyez l<;s OEuvres de lord Oxford, vol. V, p. 365.

Les remarques suivantes, sur les portraits de la duchesse de Choiseul et de la duchesse de Graniont, sont d'un prélat français ', distingué et fort respec-

L'cditeiir ne iionniic pas ce pn-lat. (L.)

été charmante : concluez de là qu'elle m'a beaucoup parlé de vous, et comme il me convient qu'on en parle : son nmri est prévenu que vous êtes très-aimable. Madame de Beauvau', chez qui j'ai soupe, vous aime autant que feu mon ami Formont, c'est-à-dire à la folie. Pont-de-Vevle* ne cesse de vous

table, qui a vécu lougU'uips Jaus la société de ces deux dames, ainsi que dans celle de madame du Deffand. C'est à son esprit ol)Sc'rvateur et à sa grande mémoire que les j)remiers éditeurs des Lettres i\c madame du Di'ffaiid ont dû plusieurs notes que nous avons conservées après en avoir vérifié l'exactitude.

« La duchesse de Clioiseul était telle que l'a peinte ^L Walpoie, et mérite tout le bien qu'il en dit : son mari, sans avoir i)our elle un amour égal à celui qu'elle avait pour lui, avait néanmoins envers elle les plus justes égards et la plus grande considération ; il n'a jamais cessé de les lui marquer. Par la dernière dis])osition de son testament, il veut que son corps et celui de madame la duchesse de Clioiseul soient enfermés dans la même tombe, à côté de laquelle sera planté un cvprès; il se plait dans la pensée qu'il reposera, après sa mort, à côté de celle qu'il a tant chérie et respectéii pendant sa vie.

<• L'extérieur de madame la duchesse de Gramont semblerait justifier ce qu'en dit M. Walpole. Sa personne était grasse et forte, son teint éclatant, ses yeux vifs et petits, sa voix rauque; son abord et son maintien pouvaient, au premier coup d'oeil, paraître repoussants; mais lesrpialités intérieures étaient bien différentes de ce qu'en pensaient ceux dont parle >I. ^Valpole. Son àme était élevée, généreuse et vraie, douce, francVie et pleine de charmes pour ses amis et sa société en général ; son caractère fort et décidé, son affection vive, ferme et attentive à tout ce qui pourait être utile ou agréable à ceux qui la possédaient; on ne perdait son amitié que par des actions basses, ou par une conduite perfide. Elle no manqua jamais aux égards que méritait madame la duchesse de Ghoiseul, et elle était bonne et affectionnée pour sa nombreuse famille. Madame la duchesse de Gramont se conduisit devant le tribunal révolutionnaire avec une dignité et une noblesse qui étonnèrent ses juges. Elle ne dit pas un mot pour sa projire défense, et ne manifesta son énergie que pour sauver son amie la duchesse du C.hàlelet, traduite comme elle devant le même tribunal, lequel condamna l'une et l'autre à périr sur le même échafaud. » (A. ^'.)

* La princesse de Reauvau, née Rohan-Chabot , mariée d'aijord au comte de Ctermont d'Araboise, et ensuite au prince de Beauvau. — ] oyez son portrait dans les Mémoires de Marmontcl, t. III, p. 156.

~ M. Walpole dépeint ainsi la personne et le caractère de Pont-de-Vevle :

« Elle (il parle de madame du Deffand) a un vieil ami dont je dois faire mention : c'est M. de Pont-de-Vevle, auteur du Fat puni et du Complaisant, ainsi que des jolis contes du Comte de Com.minges, du Siège de Calais , et des Malheurs de l'Amour. iNe vous imaginez cependant pas que ce soit un vieillard fort aimaljle : il peut l'être, mais il l'est rarement. Il possède un autre talent fort différent et fort amusant, l'art de parodier. H est unique en ce genre; il compose des contes sur les airs de longues danses; il a entre autres adapté le Daplmis et Ckloe'du Régent à l'un de ces airs, et l'a rendu dix fois plus indécent; mais il est si vieux, (;t le chante si bien, qu'on lui permet de le faire entendre dans toutes sortes du comjjagnies. C'est dans lus Caractères de la danse

louer; enfin tout ce cjui m'environne vous regrette, vous désire et est charmé de vous. Jugez, mon cher tuteur, comhien cela me rend heureuse! Expédiez toutes vos affaires, et revenez me trouver; vous aurez mille et mille agréments dans ce pavs-ci, je vous en suis caution. Un motif de })lus doit vous v engager; vous êtes le meilleur des hommes du monde ; ce doit être pour vous un grand plaisir de faire le bonheur de quelqu'un qui n'en a jamais eu de véritable dans sa vie. 2sotre pavsan ' devient déjà celui de tout le monde; on rit des succès qu il a eus. Il y

surtout, auxquels il a adapté des paroles (lui expriineut toutes les nuances de l'amour, (piil a réussi le mieux. Mais il n'a pas le moindre talent d'animer la conversation : il ne parle que rarement, si ce n'est sur des olgets sérieux, et même peu encore. Il est bizarre, morose, et plein d'admiration pour son propre pays, comme le seul oià l'on puisse jufier de son mérite. Son air et son regard sont froids et repoussants; mais lors([u'on le prie do chanter ou qu'on loue ses ouvrages, ses veux brillent aussitôt et ses ti-aits s'éj)anouissent. En un mot, vous le verrez bien exactement reiirésenté, en jetant les veux sur le poète extasié de son piopre mérite, dans la seconde planche de la Vie du libertin de Hogarih, auquel il ressendtle si parfaitement par ses traits et par sa perruqne même, que vous ne pouri'iez manquer de le reconnaitre sur-le-champ, si vous veniez dans ce pays, car il n'ira certainement pas dans celui où vous êtes. "

ISous avons cité dans notre Introduction son portrait par madame du Delfand en 1774. (L.)

1 David Hume, l'historien, né à Edimbourg en 1711, et mort dans la même A'ilie en 1776. On le destinait au commerce, son goût l'entraîna vers les lettres. Il vovagea longtemps en France et en Ein-ope. Il fut secrétaire d'ambassade a Paris, lorsque le comte de Hertfort y était ambassadeur de la Grande-Iîretagne. Dans la société de madame du Deffand, on lui donna le sobriquet de Paysan du Danube, jiarce qu'il était d'un extérieur lourd et grossier. Il parait même que ce célèbre historien n'était guère estimé à sa juste valeur dans cette société frivole; son compatriote, Horace Waljiole, bien qu'il lui témoignât^ amitié, ne lui rendit pas justice; car lorsque madame Belot et l'abbé Prévost ' publièrent la traduction de son Histoire d'Augleterie, Horace Walpole écrivit : « Le goût des Fi'ançais est on ne jieut plus mauvais. C.roiricz-vous que Hume est un de leurs auteurs favoris? Son histoire, si falsifiée en maint endroit, si partiale en d'aulres, si incohérente dans ses parties, passe à Paris pour un modèle. » Horace Walpole dit ailleurs : « Je ne suis pas du nombre de ceux ■fjui admirent Hume. Dans la conversation il était on ne peut plus épais. Je crois qu'il n'entendait guère un sujet avant d'avoir écrit dessus. » On lit en outre dans une des lettres d'Horace Walpole à (ieorges Montagu : « Les Jésuites, les Méthodistes, les Philosophes, les Politifjues, Rousseau rilvpocrite. Voltaire le Railleur , les Encyclopédistes, Ica Hume , les Frédéric, tous ne sont à mes yeux que des imposteurs. L'espèce en varie; voilà tout. Ils n'ont pour l)ut que la renommée et l'intérêt. »

Si Hume eut l'intérêt en vue, il dut être satisfait; car il .^(; retira à Edimbourg avec plus de dix mille livres sterling «le rente, que lui avaient valu ses ouvrages; et cc|)cn(lant il avait icllenicnl fait la fortunt," de s(!S libraires, qu'a-

3V8 COIlIŒSPOM^AiNCK CU.MI'LKTE

a uu autre hoiuuie i(i, mi Irlandais', à qui je ne veux pas de bien, mais qui va avoir du chajjrin : sa protection et celle de son tière" ne sauveront pas leur parent^; les conclusions du rapporteur concluent à la mort, et il sera interrojjié aujourd'hui sur la sellette; toutes les apparences annoncent sa condamnation, et on dit <|u'il sera ju{jé mercredi.

Je vis aussi hier le maii ^ de la fjrand'maman et la Ijeilcsœm' ^ ; il est (piestion d'un souper chez moi pour la fin de la semaine prochaine : je fus contente de tout le monde, mais pour la {jrand'maman , elle n'est rpiadorahle; elle aime mon tuteur, comme si elle avait autant de discernement que moi. Donnez-moi donc vile la permission de lui lire la lettre d'Emile" ; elle est dijjne de cette confidence, et je vous réponds de sa discrétion ; je ne veux jamais rien faire sans votre aveu, je veux toujours être votre chère petite, et me laisser conduire comme un enfant : j'ouhlie <ji!e j'ai vécu, je n'ai (jue treize ans. Si vous ne chan{jez point, et si vous venez me retrouver, il en résultera que ma vie aura été très-heureuse ; vous effacerez tout le passé , et je ne daterai plus (pie du jour rpie je vous aurai connu.

Si j'allais recevoir de vous une lettre à la{]lace, je serais ])ien fâchée et hien honteuse. Je ne sais point encore quel effet

[)i'ès sa ri'tiaite ceux-ci lui ccriviiciil jhjiu' l'ciij;aj|cr à travaillci' encore pour eux : mais il refusa, disant nuil ('lail irn|> paicsseux, rrop vieux, trop {{l'as et trop riclie. (A. >'.)

1 M. Dillou, arclievéquc de ^Nariioune. /A. \.j

2 Lord Ddlon. (A. ^i.)

•^ Le comte de Lallv. qui a commandé à Pondichérv, si fameux par son affreux supplice. Il était le père de M. de I^allv Tollendal, aujourd'hui pair de France. On ne peut songer au supplice de Lally sans se rappeler le taljleau éueijjique tracé par Gilbert, dans sa Salirc du x\i\i'^ siècle , de ces femmes d'alors dont les nerfs délicats et les habitudes vaporeus(>s se conciliaient avec les terribles émotions de la place de Grève.

Chacun paile d'Iris, chacun la prône et l'aime;

C'est un co'ur, niais un cœur!... C'est l'humanité même.

Si d'un pied étourdi (pielqui' jeune éventé

Frappe en courant son chien qui jappe à son c"ilé,

Elle mem't aussitôt de tendresse et d alarmes :

Un jiapillon souffrant lui fait verser des larmes.

Il est vrai ; mais aussi, qu'à la mort condamné,

Lally soit en spectacle à l'échafaud traîné,

Elle ira la première à cette horrible fètc

Acheter le plaisir <li; voir tomber sa tète. (A. !N.)

* Le duc de Choisenl. (A. >.)

^ La duchesse de Gramont, sœur du duc de Chois(!ul. (A. ^i.)

^ La lettre à Rousseau sous le nom d'Emile. (A. N.)

1>K MADAME LA MARQUISE DU DEFI A>D. nV9

raLseiice })eut produire eu vous; votre amitié était peut-être nu teu de paille : mais nou , je ne le crois pas; quoi que vous m'ayez pu dire, je n'ai jamais pu penser que vous fussiez insensible; vous ne seriez point heureux ni aimable sans amitié, et je suis positivement ce qu'il vous convient d'aimer. N'allez pas me dire (pi'il v a du roman dans ma tète; j'en suis à mille lieues, je le déteste; tout ce qui ressend)le à l'amour m'est odieux, et je suis presrjue bien aise d'être vieille et hideuse, pour ne pouvoir pas me méprendre aux sentiments qu'on a pour moi, et bien aise d'être aveugle pour être bien sûre que je ne puis en avoir d'autres que ceux de la plus pure et sainte amitié; mais j'aime l'amitié à la iolie; mon cœur n'a jamais été fait que pour elle. Mais voilà assez parlé de moi; parlons de voiîs et de vos affaires. Avez-vous vu votre cousin'? quelle est sa position? en est-il content? étes-vous content de lui? Je ne suis pas assez au tait des choses que je désire savoir, pour pouvoir vous bien interro.'jer : dites-moi tout ce qui vous intéresse, si vous voulez me satisfaire. Adieu pour le moment présent; je reprendrai cette lettre demain après l'arrivée du focteur, pour vous répondre ou pour me j)laindre.

M.irdi 0, à truis heures et demie.

A'oilà le facteur, voilà une lettre; dois-je dire me voilà contente? je n'en sais rien. Ou vous êtes au point (pie je désire, on vous vous jouez de moi; je ne sais pas lequel c'est des deux; est-ce vérité, est-ce contre-vérité? suis-je à vos veux intéressante ou ridicule?

Vous êtes pour njoi un lo(}0[|riphe; j'en tiens tous les rapports, toutes les lettre>, et je n'en puis com[)Oser le mot; je n'ijifnorais pas (|ue vous eussiez infiniment d'esprit, mais je n'eu connaissais pas tous les jjenres; vous nj'en découvrez un nouveau; il m'étonne, il m'embarrasse; le Walpole d' Aiijjleterre n'est pas le ^Valpole de Paris; enfin, enfin vous troublez mon pauvre jjénie : les em|)ortements <pie vous ne cessez de me reprocher, cette discrétion ([ue vous ju^jez si nécessaire, tout cela m'est un peu suspect; mon amour-propre en est un peu blessé; j'aimerais mieux la vérité toute crne on toute nue; je n'ai pas l)esoin

1 Feu Henri Scvmmii- Cninv;iy, lelcl-in.nécli.ii di" 1 iinni'e ;m{;l;iise, alors secrétaire d'Elal au dépailenieiit des alTaires clian{jèie,s ; ii l'était dejiuis 17(55 el lut remplacé en 176S par lord Weymoutli. 11 rendit do'i services à liousseau et ne |)arta{;ea pas la liaine de Hume contre ce plulosoplie. Il vint à Paris en 1774. Madanie du DelTand en parle à celte épocjuc. (A. N.)

350 C0RRES1'0M).\>CE CO.MPLETE

(iii'on me dore la pilule. Eciive/.-moi donc comme à une bête, mais à une bête bonne enfant, à qui l'on peut tout dire, pourvu qu'on lui dise la vérité. Est-ce que vous pensez que je croie devoir être aimée de préférence à tout? non, non, je me rends plus de justice, et je suis bien décidée à me contenter de tout, à me résoudre à tout, et je m'attends à tout. Ne serait-ce pas une folie à moi de prétendre trouver en vous ce f|Me vous prétendez qui est en moi, du roman, de la folie, des cbimères, etc.?

Vous êtes donc assez content de l'état des affaires? Tant mieux; je m'intéresse à votre gouvernement plus qu'au nôtre'; M. de Lallv est actuellement sur la sellette; il sera peut-être jugé dés aujourd'hui ; je vous dirai son sort avant de fermer cette lettre.

Adieu, mon cher tuteur; ne m'inspirez pas tant de crainte ni de respect.

Il faut que je vous dise une chose que je répugne à vous dire ; je garde vos lettres, et je ne serais pas fâchée que vous gardassiez les miennes; je me flatte que je n'ai pas besoin de vous assurer que ce n'est pas (pie je pense qu'elles en vaillent la peine, mais c'est pour me préparer l'amusement de revoir par la suite ce que nous nous sommes dit l'un à l'autre ; je viens d'acquérir im petit coffre pour serrer les vôtres : encore un roman, direz-vous; allez, allez, mon tuteur, vous êtes insupportable.

-Mercredi, à dix heures du in.itiii.

\r. de Lallv fut hier jugé à trois lieures et demie, voilà sa sentence : ils étaient trente-cinq juges, toutes les voix ont été à la mort, et deux à la roue; les gens du roi, au nombre de quatre, délibérèrent pour leurs conclusions; il v en eut trois pour la mort et un à l'absolue décharge : tous les Dillon et leurs amis partirent pour Versailles inmiédiatement api'ès le jugement : on dit qu'ils n'obtiendront point la grâce".

' Voici qui donne une Ijonne idée du patiiotisme de la bonne rompagnio d'alors. Avec de tels sentiments, on pouvait se faire aimer d'un Anfjlais; pouvait-on s'en faire estimer, et n'est-ce pas justifier ceu\ qui nous appelaient alors une nation de maîtres à danser? (A. ]\'.)

^ On est étonné de la léjjèreté avec laquelle madame du Deffand parle de cet cvénement, dans lequel on a vu, selon l'expression de M. Sénac de Mcilhan, 1 élévation du rang devenir fatale à un liomine malheureusement célèbre. « M. de Lallv, dit-il, paraissant sur la sellette en cordon roufje ; Lallv, rej;ardé comme un roi dans l'Inde, était un trophée pour la vanité de ses ju{;es. Celui qui connaît les replis secrets du creur humain sera porté à penser que

« La Cour, etc. déclare Thomas -Arthur Lallv dûment » atteint et convaincu d'avoir trahi les intérêts du roi, son état î) et la conipajjnie des Indes; d'abus d'autorité, et de plusieurs » exactions et vexations envers les sujets du roi, étranjjers et ') hal)itants de Pondichéry; pour réparation de <[uoi et autres « cas résultant du procès, l'a privé de son état, honneur et » dignité; l'a condannié et condamne à avoir la tète tranchée '> sur un échafaud, qui j)Our cet efîet sera placé en place de !' Grève ; ses biens acquis et confisqués au profit du roi ; sur ') iceux préalablement levé dix mille francs au profit des pauvres ■» de la Conciergerie , et trois cent mille livres aux pauvres de » Pondichéry, suivant la distribution qui en sera ordonnée par M le roi. »

LA M F. MF. Al' MÊftIE.

Paris, samedi 10 janvier 1766 ', à quatre heures après iiii(Ji.

Vous ne sauriez imaginer à quel point je vous respecte et je vous suis soumise. Je réprime tous mes premiers mouvements de haine, de colère, d'impatience; vous jugez bien que ce n'est que de ce dernier que j'ai à me défendre avec vous. Il est quatre heures; j'avais l'ésolu de ne point demander si le facteur avait des lettres; et j'ai exécuté pendant trois heures cette résolution ; à la fin j'ai succombé en mourant de peur de faillir inutilement ; me voilà bien rassurée. Je suis on ne peut plus contente de votre lettre du 5; j'en avais besoin. Mille nuages s'étaient formés dans nia tête ; j'avais relu ces jours-ci toutes vos lettres; je ne sais dans quelle disposition j'étais, mais j'en avais conclu que vous me trouviez une folle, une extravagante, une ridicule. Je prenais le parti de ne vous jamais écrire plus d'une page; je ne voulais plus abuser de votre patience ni de votre excessive bonté, je ne voulais rien devoir à vos vertus.

l'orgueil d'avoir à prononcer sur le sort d'un lioinnie élevé en dijjnité et si supérieur aux accusés nui paraissent d'ordinaire sur le même théâtre, a ])u déterminer l'extrême et injuste rigueur du tribunal. " (A. IS.)

1 Cette lettre, datée du 10 janvier 1766 dans l'édition <le Londres et du 10 janvier 1769 dans l'édition IVaneaise ih- 1812 et de 1827, est en réalité du ÎO mai 1766. On voit f|ne nos devanciei-s ne nous ont pas épargné les erreurs. (L.)

352 r:OnRESPO>DAN(:E COMPLETE

Je me flatte jKMit-étrc trop aujoiircrhui, mais je suis rassurée; je vous jure, je vous promets, mon cher tuteur, de ne me jamais fâcher contre vous; je vous avoue que je serai attristée et ennuvée quand je n'aurai point de vos nouvelles , mais je serai ti'és-persuadée que vous n aurez pas eu le temps de nveu donner. Je sais aussi que vous n'abuse/, point de l'excès de cette confiance et de cette facilité.

Je puis donc me dire, pendant mes insomnies et dans toules moments de la journée, que j'ai un ami sincère et fidèle, qui ne clian^rera jamais parce que je ne puis changer ; il connaît mes défauts, mes désa(]rénients, qu'est-ce que le temps peut y ajouter? Ilien, cela est impossible.

Je ne puis concevoir ce que le peu d'habitude que vous ave/ de notre lanjfue peut vous empêcher de dire; personne, non, personne au monde ne s exprime mieux que vous, avec pkis de clarté, plus de facilité et d énergie; vous serez ravi de revoii' vos lettres, je vous en réponds. Yous peignez le tourbillon où vous êtes, de façon que je crois vous y voir '. Il vous fatigue, j'en conviens, mais il ne vous emuiie pas; vous aurez trop de peine à le quitter. Comme vous ne voulez pas me tromper, vous ne me dites pas un mot de vos projets de retour; ce que vous en écrivez aux autres ne me persuade point; si je perdais l'espérance de vous revoir, je toml)erais dans labime des vapeurs. Depuis quelques jours il n'v a que votre idée qui m'en {garantit; je ne me })orte pas bien, mais cela ira mieux à l'avenir.

Je suis obligée d'interrompre cette lettre, parce qu'il faut (jue je me lève; demain je la reprendrai, et je vous parlerai de Lallv, et je vous donnerai des nouvelles de la reine; le président " est allé la voir aujourd'hui.

DiiiiaiK lie. à deux heures.

La reine est guérie, mais elle est encore faible, elle a reçu le président à merveille, et lui a demandé quand je pourrais la

1 M. W;ilj)()lc avait dit. : " Je vis dans nii toiirl)ilii)ii dont il m est impossible de vous rendre compte. Je vais à la cour, je reçois des visites, j en rends , je cours toute la matinée, je dinc, jejoue, j'entends parler de politique, on nie demande des conseils, je les donne, on ne les suit pas. — EuHii, comment vous détailler tout cela? Si vous avez des fois trouvé ina tète troublée, actuellement c'est un cliaos. " (A. I\.)

- Le président Ilénault était surintendant de la maison de la reine Mari.- Leezinska. éjionse di' Louis XV. (A. ?\.)

i>i: >r\DAME LA MAnorisr nr df.iiand. 353

voir; ce ne sera pa;^ sitôt : elle n'a pas encore vu les princes du

Lally l'ut exécuté a\ aiit-liier. vendredi, à cinij henres du soir; le roi avait accordé à sa t'aniille (|n'il le serait à la nuit. Il fit jdusieurs tentatives pour se tuer; la prcMniére fnt un coup rpi il >e donna, à deux doi{;fs au-dessous du < omu", avec la moitié <run compas qu'il avait cadié dans la doublure de sa redinjjote; la seconde, en voulant avaler un petit instrument de fer, <|ue les uns disent avoir été t'ait exprés, et d'autres que ce n'élait qu'un cure-dent; enlin la crainte qu'il ne trouvât quelque n»oven de finir avant l'exécution, et de perdre une telle occasion pour l'exemple, détermina à envoyer à Choisy rej)résenter ;!U roi cpt inconvénient. Il ordonna qu'on avançât l'exécution, et comme on eut peur aussi ([u'il n'avalât sa lanjfue, on lui mit un l>àillon. Il est mort comme un enrarjé. Il devait être conduit à l'échafaud dans un carrosse noir; mais comme il n'airiva pas à temps (l'heure étant avancée), on le mit dans un tombereau; il a reçu deux couj)s; le peuple battait des mains pendant lexécution. On a jugé hier trois autres officiers, r4adeville, ( '.haponnav et Pouilly ; le premier à être blâmé , les deux autres bors de cour et de procès. Le public crai{;nait que Lally n'obtint sa fjràce, ou (|u'on ne commuât sa peine; il voulait son supplice, et on a été content de tout ce qui l'a rendu plus i;;nominieux, du tondtercMii, i\o< menottes, du bâillon '; ce

' M. Walpolf, en rc|)i)iisc à ct-l,! .dit : « Ali! iiiadatiio, iiiadainn, ([n»-lies liKirciirs me lacoutez-vous là! Oti'oii iiu dise jamais ([no les Anjjlais sont durs rf iV'ioces. — Vérifalilcincnt ce sont les Français qui io sont. Oni, oui, vous itcs des sanvajjes, des Iioqiiois, vous autres. On a l)ien massacré des {;ens clicz uous, mais a-t-on jamais vu l)attre dos mains pendant (ju'oii mettait à mort iMi pauvre mallieureux, un oUicier {;énéral qui avait laujjiii pendant deux ans .'U prison'/ un honnne, enfin, si sensible à l'tionneur, qu'il n'avait pas voulu -e sauver! si tonclié de la dis{;race , qu'il dierclie à avaler les {;rilles de sa prisuu |>lutôt (juiî de s<î voir exposé à l'ignominie puliliqne, et c'est <'\acteirient cette hoiiuète pudeur qui lait qu'on le IrainiMlans un toml)ereau,et qu'on lui mei un haillon à la houclic comme au dernier des scélérats. Mon Dieu! ifuc j:- suis ai^e d'avoir (piitté Paris avant celte Iiorriid(! scène! je ine serais Tait déchirer, ou mettre à la Itastille.» I^ne infamie n'en justifie pas une autre; mais si Horace Walpoh; vivait actuellement, que dirait-il de son couqialriote sir Iludsou I.owe, prolonj;eani pendant plus de quatre ans le sup[)lice d'un liomme liien aulrenuMit élevi- que ne le fut M. diî Lally? (A. N.)

M. de Meilhan a raconté les particularités suivantes sur la mort de .\L di; Lallv :

.1 .Ii'lais un soir eliez n)ad nue la duchesse <le (>ramonl , où se trouvait .uissi madame la maréchale de l'.cunau. M. fh- Chni-cul ctilrc par une petite

deviiier a rassuré le confesseur, qui craignait d'être mordu; il a été seulement envoyé par delà des monts. Il y a quelques personnes qui sont affligées, mais en petit nombre; c'était nu prand fripon, et de plus, il était fort désagréable; il a été condamné tout d'une voix. Cet événement est l'unique objet des conversations.

LA MÊME AU MÊME

Paris, mercredi 21 mai 1766 '.

Il n'y eut point hier de courrier d'Angleterre; il arrivera sans doute aujourd'hui : je ne compte pas qu'il m'apporte rien. Ce qui vous surprendra , c'est que je ne serai point du tout fâchée ; tout au contraire , je serai ravie que vous vous mettiez bien à votre aise avec moi , et que vous ne m'écriviez jamais que quand vous n'avez rien à faire. Vos lettres me feront mille fois plus de plaisir, parce qu'alors elles auront été un amuse-

nortc aver un air triste et un pajjier à la main. Qu'avez-vons, mon frère? lui demanda la duchesse. — Voilà l'arrêt de Lallv que je porte an Roi; et il se met en devoir de le lire; puis me regardant : C'est de votre compétence ceci, monsieur, me dit-il; voulez-vous Lien lire et nous dire votre avis? Je lis, et quand je suis à ces jjaroles : atteint et convaincu d'avoir trahi les intérêts du Boi , de r Etat et de la comparjnie , je demeure surpris et indif|né. Eh hien ! dit -M. de Choisenl, continuez. — .Te n'ai pas besoin, réplnjuai-je, monsieur le dut, d'aller plus loin pour voir que cet arrêt est la plus atroce di-s iniquités. On peut trahir les intérêts du roi par un excès de zèle, ijjnorance ou ijnjjéritie. Une phrase aussi équivoque montre 1 embarras des juges, qui n'ont pu le convaincre de trahison. S ils en avaient eu la preuve, ils se seraient exprimés positivement. Tout homme qui entre en contrebande ime perdrix ou une bouteille de vin, trahit les intérêts du Roi, ceux de l'Etat et ceux de la compagnie des fermes. Suivant l'horrible dispositif de cet arrêt, il mérite donc la mort? Mon avis Ht quelque impression. M. de Choiseul monta chez le Roi, tâcha de le Héehlr, mais le trouva trop fortement prévenu contre l'infortuné Lallv pour obtenir grâce. «

M. de I,allv-TollendaI, dans une lettre éloquente, insérée le 30 septembre 1811 dans le Joujfia/ </t' l'Empire, a réclamé avec autant de force que d indignation contre cette lettre de madame du Del'fand, et rappelle que le 25 mai 1778, soixante-huit conseillers d'Etat ou maîtres des requêtes cassèrent l'arrêt de condamnation de M. de Lallv, sur le rapport de M. Lambert, I ini des magistrats les j)lus recommandables de son temps, et après trente-deux séances de commissaires nommés à l'effet de reviser cette cause importante,

1 Lettre datée fautivement, dans 1 édition française, de 1768. (L.)

ment pour vous, et non pas une jjéne; pour moi, je veux vous écrire tant qu'il me plaira : je n'ai rien à faire; je nai ni de princesse Amélie, ni d'ambassadeui's, ni de bals, ni de jeux, ni de Strawberry-Hill; je n'ai que mon effilage et mon (bien. Je fais l'un sans v j)enser, et je ne pense yuère plus à l'autre.

Presque toutes les fois que je réponds à vos lettres, que l'on a fermé mon paquet, qu'il est à la poste, je m'avise que je vous ai dit mille inutilités, et que j'ai omis de vous dire tout ce qui était le plus iniportant et le plus nécessaire. Par exemple, dans ma dernière lettre, je n'ai point réj)oiidu à la votre du 13, aux articles qui en valaient bien la peine. Qui m'a dit, ditesvous , que ce n'est que par complnisance (\ue vous m'avez lâché le mot d' amitié'} Eb l)ien , je n en doute pas; mais je doute que vous aimiez ceux qui vous baissent : je crois que vous ne pensez point du tout être obligé de me rendre compte de vos pensées, de vos occupations, projets, etc., etc., mais je vous prie de croire que je suis bien éloignée de l'exiger. Ob! non, non, je ne suis pas folle, ou du moins ma folie n'est })as la présomption ni la prétention, et je n'ai point à vous rcprocber de m'induirc à tomber dans cet inconvénient. Tout en badinant, tout en jouant, vous me faites entendre la vérité, et vous trouvez le moyen d'en envelopper l'amertume; mais je comprends trèsbien que mes premières lettres ne vous ont pas plu : je ne suis pourtant point fàcbée de les avoir écrites, je n'en rougis })oint. J'ai connu une femme à qui on faisait quelques remontrances sur ce qu'elle n'avait pas un air assez réservé avec des personnages graves et à qui on devait du respect : elle répondit qu'elle avait vingt-neuf ans , et qu'à cet âge on avait toute honte hue; et moi je dis qu'à mon âge on ne pèche point contre la décence en se laissant aller à des etufjortements d'amitié, et ils ne doivent point effrayer, quand il est bien démontré qu'on n'exige rien. Je ne vous connais pas, ajoutezvous ; peut-être me tromj)é-je à votre caractère comme je fais à votre esprit. Vous ne me donnez pas beaucoup d'inquiétude d'avoir porté un faux jugement .• je ne me suis point trompée à votre esprit; mais je pourrai me tromper à votre caractère. Cependant permettez-moi de croire f|ue vous n'êtes ni volage , ni ingrat, ni méchant: vous êtes singulièrement bon, et vous êtes, ainsi que feu mon ami Formont, la bonté incarnée, le plus reconnaissant des hommes et le plus éloigné de toute méchanceté. C'est cette connaissance que j'ai de votre caractère qui me

.•;5a CORRESPONDANCE COMPLETE

t'ait et (jiii me fera toujours vous dire tout ce que je j)ense, <|ni me lait applaudir de vous avoir doiiué mou amitié : il ue peut y avoir (lu'uu seul iueouvéuicut , ([ui est jjraud , il est vrai, mais (ju'on ne ])eut pas appeler daii.'|ereux, c'est de ne vous plus revoir. Si cela arrixc, je pourrai avoir à Uie reprocher de mètre laissi'-e aller au ^unit que j'ai j)ris pour vous, mais non pas d avoir lait un mauvais choix, ni d'avoir été indiscrète en vous donnant toute ma confiance.

Je suis connue était le feu Régent', je ne vois que des sots ou des Iripons; tous les ju{;ements que j'entends porter me sont insupportahles; quehjues personnes qui paraissent assez raisonual»!('s parlent de vous, vous louent à peu près bien : j'écoute, i'ai)prouve, je suis contente, et l'instant d'après on vante .M. K... : il a bien de l'esprit, dit-on, de la force, du nerf, mais il est bien Anfjlais; il n'est pas si aimable que ^i. ^Valpole. Celui-ci a bien plus de douceur, de politesse, bien plus d'envie de plairt^ : oh! il est tout à fait Français. Je me mords les lèvres, je me tords les mains, je me tais, mais j'enrage, et il me prend un dégoût j)our ces geus-là, que je voudrais ne leur parler de ma vie ; cependant je n'ai rien de mieux à faire que de vivre avec eux. Allez, allez, mon tuteur, ne me reconnnandez pas de parler de vous ; à qui voulez-vous donc que j'en parle? Sera-ce à madame de Luxembourg^, qui n'a d'estime et de vc'uération <[ue pour l'biole''? sera-ce à madame de Mire-

' 1,1' iliic d"()rléans, qui disait que la société était coiii[)0.sée de doux classes iriiouimes, les sots et les fripons. Le Réjient était un homme d'esprit. (A. N.)

- La maréchale duchesse de Luxembourj;. Elle était la sœur du duc de Villerov, et avait épousé en premières noces le duc de Bouftlers , de qui elle <ut uu fils, qui mourut à Gênes de la petite vérole. Elle fut ensuite mariée au maréchal duc de Luxembourg, h la terre duquel (à Montmorency) J.J. Rousseau deiueura lonfjtemjis. — Voyez ses Confessions, ainsi que ses Lettres à madame la maréchale de Luxembourf[, dans le volume de Lettres oriçjinales de ./. J. Rousseau, publiées à Paris en 1798. Voici le portrait que l'ait M. Walpole de madame de Luxembour;;, dans une lettre écrite de Paris en 1765 : .1 Elh" a été fort jolie, fortadonné(> au plaisir et fort malicieuse. Sa Ijeauté est passée, elle n'a plus d'auiants, ei craint l'approrhe du diable. Cette situation a adouci son (caractère, et l'a rendu plus agréable ; car elle a de l'esprit et de l)()nnes manières. ^Liis en voyant son agitation lontinuelle et les inquiétudes lUielle ne saurait cacher, ou serait tenté de croire qu'elle a signé un pacte avec l'esprit malin , et qu'elle s'attend à devoir le remplir dans une huitaine de jours. 11 Voyez les OEuvres du lord Orford, t. V, p. 3(56. (A. N.)

•* I^a comtesse de BoufHers, née Saujon, était l'amie intime du dernier prince de Conti, et cherchait à s'en faire épouser. Comme ce prince était ;;raiid pricMir de l'oi-tlre de Malte en France, et qu'il habitait b; Temple, ma-

DE MADAMK LA MAROTISE Dl KKI iA.M>. :')ôT

poix ', pour qui tout, est lanterne majjique? sera-ce :i madame fie Beauvaii -, qui est toujours dans l'enivrement de ses succès? qui, mnl(jrc son attachement pour son mari, veut plaire à tout le monde, sans choix, sans discernement? sera-ce à madame de Jonsac'? elle est un être d'une espèce différente de la nôtre; elle est impassihle, c'est-à-dire sans passion, sans sentiment; et si elle n'était pas si souvent enrhumée, je croirais que son corps est comme son àme , qu'elle ne sent ni froid ni chaud. Sera-ce enfin à madame de Forcalquier '? ce pourrait être à elle plus qu'à personne; mais sa madame (hi l'in , et peut-être aussi son miroir lui ont persuadé «ju'elle n'est pas dans la région comnume. Ou démêle cependant qu'elle a de la sensihilité, et la lettre qu'elle m'a charj^ée de vous envoyer en peut servir de preuve ; car assurément tout ce qu'elle vous dit de moi n'est pas vme suite des confidences que je lui ai faites; je ne lui parle jamais de vous que pour lui répondre, et je n'ai point avec elle, non plus qu'avec nulle autre, de-rf-ynsioiis de cœur.

Encore un autre article à traiter .je dois de la reconnaissance à l'Omnipotence. Je vou> écrivais il y a (juelque temps que jtreconnaissais sa providence; mais si je lâchais la hride comme Voltaire, je dirais que j'ai hicn à m'en plaindre. Quel esprit m'a-t-il donné? celui qui fait (pi'on ne |)eut être content de soi ni des autres. J'aimerais bien mieux qu il m'eût tiaitée connue

dame de Ronftlers devint, dans riiiia{;ination vive de inadaiiK- du Defland, V idole du Temple; et c'est sous le nom d'idole (jiiClli- la (li'si{;ne KjuJoui > dans sa corresjxjndancc.

M. Walpolc j)ailc d'elle de la nianièic suivante dans inie lettre éei-ile ilc l'aris : « Madame de Bouitteis, qui a été en Angleteire, est inie savante, maîtresse du prinee de Conti, dinit. elle désire beaucoup de devenir la femme. Elle est un composé de deux femmes, celle d'en haut et celle d'en bas. Il est inutile de vous dire que celle d'en Las est galante et forme encore des |)rétentions. Celle d'en haut est également fort sensible, et possède une éloquinice mesurée, qui est j'.iste et qui plaît; mais tout est gâté par luie j)rétention continuelle d'obtenir des lonanjjes. On dirait qu'elle est toujours posée pour faiiitirer son portrait par stjii bi(»graplie. «

Elle passa une seconde; fois en Angleterre au coinmejicemeiit de la révolution de Franc-e, en 1789, et demeura (juelque temps à Londres avec sa b<-lletille la comtesse Amélie de lîoufflers, j)etite-fille de la maréchale tle Luxembourg et dui-hesse de Lauzun. (A. N.)

' La maréchale duchesse de Mirepoix. (L.)

- La piincesse de Fieauvau. (L.)

3 La comtesse de Jonsac, sieur du président Hénault. ^L.)

^ La comtesse de Forcalipiier. L.)

358 CORRESPOND A.NCE COMPLETE

M. de Sault ' ou comme l'Idole, qui toujours s'aime et s'admire, et qui dans cette contemplation ne voit et ne sent rien que ce qui peut augmenter sa oloire. (Jue je suis différente d'elle, mon cher tuteur! tout m'ed^at, tout m'accable; si je ne fais pas cas des autres, j'en fais encore moins de moi.

L'héréditaire ' dîna chez M. de Pauhny% il y avait vinfjt-deux personnes; il avait demandé M. d'Alend^ert, il l'avait déjà vu à l'Académie des sciences, et l'avait comldé de louanges et de caresses. Le président donne im pareil dîner samedi prochain. On tuera votre héréditaire à force de repas ; son succès est prodigieux : le grand feu de Paris a pourtant fait tomber celui de la Cour. Je n'ai vu ni entendu parler de la grand'maman, depuis le i de ce mois que je la vis à Versailles ; il n'est plus question de la lettre * ; le moment de la faire voir est manqué ; vous ne vous souciez pas qu'on v revienne. Belles nouvelles à vous apprendre : les capucins se donnent les airs d'imiter les Anglais : le gardien du couvent de Saint-Jacques, ces jours-ci, s'est coupé la gorge. Vous n'êtes pas curieux de savoir pourquoi, ni moi non plus. Pour le coup, adieu; je finis en vous disant que je suis femme, très-femme, et femmelette et nullement Française.

LA MÊME AU MÊME

Paris, dimanche 25 mai 1766.

Je ne sais pas si les Anglais sont durs et féroces, mais je sais qu ils sont avantageux et insolents. Des témoignages d'amitié, de l'empressement, du désir de les revoir, de l'ennui, de la tristesse, du regret de leur séparation, — ils prennent tout cela pour une passion effrénée; ils en sont fatigués, et le déclarent

1 ^[. de Saiilt-Tavannes. Il se jilai^jnait un joui- à M. de Lamhert de ce que quelqu'un du nom de Sault voulait prendre le nom de Tavanne.s. « Il a tort, dit M. de Lambert, tous les Tavannes sont Sault, mais tous les Sault ne sont pas Tavannes. » (A- IS.)

- Feu le due de Brunswick, alors prince héréditaire, mort en 1800. (A. iX.)

3 Le marquis de Paulmv, fds du comte d'Ar»enson, ministre d'Etat. Il avait été lui-même ministre de la guerre en 1736. 11 était de l'Académie française et bel esprit. (A. N.)

^ I^a lettre déjà mentionnée, adressée à Rousseau sous le nom d'Emile. (A. N-.)

DE MADAME LA MAHOnSE DT DEFFAND. 359

avec si peu de nieiia^einent, (|u ou croit être surpris en fla|;raut délit; ou rougit, on est honteux et contus, et Ton tirerait cent canons contre ceux qui ont une telle insolence. Voilà la disposition où je suis pour vous, et ce n'est que l'excès de voire folie qui vous fait obtenir {jrace : ce qui me pique, c'est que vous nie trouvez fort ridicule'. Je ne sais pas comment vous aurez trouvé ma dernière lettre; c'était un examen de conscience; elle vous aura peut-être ennuvé à la mort, mais je m'amusai beaucoup à l'écrire : je suis devenue si dissimulée depuis votre départ, que, quand je vous écris, je me laisse aller à dire tout ce qui me passe par la tête : s'il faut encore que je me contraigne, même avec vous, cela m'attristera bien. Vous voulez toujours rire; l'extravagance est votre élément, et moi je suis triste et mélancolique ; de plus, je ne me porte pas bien; je vous l'avais mandé, mais cela ne vous fait rien; vous ne vous informez pas seulement de mes nouvelles. Vous êtes un original où je ne comprends rien ; je crois quelquefois que vous avez de l'amitié pour moi, et puis tout de suite je pense tout le lontraire : je n'aime point tous ces virevousses-là; cependant, à tout prendre, vous me divertissez.

Vous êtes étonnant avec votre Lallv. Si vous saviez toutes les horreurs dont il était coupable, combien il a ruiné et fait périr de malheureux ! Joignez à cela que le public était persuadé que son argent le tirerait d'affaire, vous conviendrez

^ Voici comment M. AValpolc s'était exprimé : « A mou retour de Straw- Lerry-Hill, je trouve votre lettre, qui me cause on ne peut plus de cliagrin. Est-ce que vos lamentations, madame, ne doivent jamais Hnir? Vous me faites Lien repentii- de ma franchise ; il valait mieux m'en tenir au commerce simple; poin-<pioi vous ai-je voué mon amitié? C'était pour vous contenter, non pas pour augmenter vos ennuis. Des soupçons, des inquiétudes perpétuelles! — Vraiment, s; l'amiiié a tons les ennuis de l'amour sans eu avoir les plaisirs, je ne vois rien qui imite à en t;itei'. Au lieu de me la montr<?r sous sa meilleine face, vous me la présentez dans tout son ténébreux. Je renonce à l'amitié si elle n'enfante (pie de l'amertume. Vous vous murpicz des lettres d'iléloïse , et votre correspondance devient cent fois i)lns larmovantc. Reprends ton Paris; je n'aime pas ma mie au (jité. Oui, je l'aimerais assez <ni gai, mais très-peu au triste. Oui, oui, m'amie, si vous voule/, que noire commerce dure, montez-le sur un ton moins trajjique; ne soyez pas connue la comtesse de la Suzc-, qui se l'épandait en éléjjies pour un olijet l>ien ridicule. Suis-je fait [lonr être le héros d un roman épistolaire? et counnent est-il possilile, madame, qu'avec autant d'esprit que vous en avez, vous donniez «lans un stvie qui révolte votre Pvlade, car vous ne voulez pas que, je me prenne pour nu Orondate? l'arlez-moi en femme raisonnaiile, ou je copierai les réponses aux Lettres portu(jaiscs. n (A. ?i.)

360 CoUnKSI'iJNDA.M.I. TitM l'J.KTK

qu'il fallait un exemple : <|u'iiu|)oite ((u'il tiit officier {générai ? il en méritait davantape un plus {jiand ( hàîiment. Je suis persuadée que Pondiclu-rv n a été pris que par ses trahisons; enlii» on ne devrait jamais condamner au supplice aucun malfaiteur si on lui avait iiiit {jrâce. A l'égard des trois années qu'il a été en prison, elles ont été nécessaires pour l'information de sou procès; il fallait faire venii' les preuves des Indes; euHn, je suis, je crois, tout aussi compatissante que \ous, je ne pense pas qu'il soit, selon la loi naturelle de faire mourir personne ; mais puisque la loi civile s'en est arrojjé le droit, M. de Lallv a dû avoir la tête tranchée. X l'éjjard du haillon et du tomhereau , je les désapprou\e; mais ne crovez j)oint (pi'il v ait été fort sensiMe; il a Hni en enra};é : de tous les honunes c t'tait le moins intéressant, et je crois le plus coiq)ahle. Je me perds dans voir»' esprit; qu'inqiorte, je veux toujours vous dire ce que je pense.

Vous ne rcj))riKlrrz pas Par/s à cause de vos mies tant {^aie> que tristes ; jaiuai ce soir votre mie quie d'Aiguillon, et votr<' ;///e triste Forcalquier, et votre mie ténébreuse du Deffand aura quatorze personnes à souper, parce que maflame de Mirepoix lui en a euvové demander, ainsi (jue matlauie de Montrevel. Voilà votre monnaie; j'aimerais mieux vous pour toute pièce, <|uoi(pie vous no soyez pas assurément de hou aloi.

Xe m'écrivez plus d'impertinences ; il y a tel moment oii elle> me feraient heaucoup de peine. Ne me parlez plus de votre retour; il y a cinq mois d'ici au mois de novemhre, et sept jusqu'au mois de février ; je ne veux pas plus penser à cela qu'à l'éternité.

Je vous prie d'être infiniment persuadé (|ue vous ne m'avez point tourné la tête, et que je prétends hien ne me pas plus soucier de vous que vous ne vous souciez de moi : adieu.

r. A MÈMK W MK.MK.

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