LAW
Ah! que vois-je, seigneur? et quel sort est le TÔtre?
LE RÉGE7IT.
Cessez et retenez vos larmes l'un et l'autre ;
Mon cœur de sa fureur et de tous ses forfaits
Veut d'autres sentiments que de tristes regrets.
Ma régence, plutôt digne d'être abhorrée.
Par des pleurs aujourd'hui doit-elle être honorée?
J'ai désolé la France autant que je l'ai pu;
La mort dans mes projets m'a seule interrompu ;
Le Ciel n'a pas touIu qu'achevant mon dessein
Je versasse à mon roi un poison de ma main.
Mais au moins quelque chose en mourant me console ;
J'expire environné des rentiers que j'immole....
C'est à la même époque qu'il faut rapporter une autre pièce de vers, le Rcgcnt malade, que nous trouvons dans les manuscrits :
Lorsque tu livres à la Parque Trois dauphins et notre monarque.
Crois-tu le faire impunément?
Leurs ombres demandent vengeance.
Tremble, car tu touches au moment Qui, par ta mort, sauve la France.
l'n rimeuT, non moins acharné, s'écriait : Je Tois tous nos malheurs finir.
Le Ciel nous est propice,
256 CORHKSPONDANCI-:
plus clcvc que celui auquel elles sont iei; pareil spectacle dégoûte de la vie. Les femmes qui sont ici jalouses de leurs maris le sont par ambition plutôt que par amour, car elles veulent toutes gouverner, et il n'est pas de cuisinière qui ne se croie capable de gouverner l'État; de sorte que si elles n'ont pas d'empire sur leurs maris, elles sont furieuses. Le mieux est
Que le Tout-Puissaut soit béni,
Honorons sa justice.
Fléaux vomis de l'enfer,
Abandonnez la France; Il meurt, et va chez Lucifer
Exercer la régence.
On allait jusqu'à reprocher au Régent des épidémies qui exerçaient de cruels ravages :
Après avoir pris notre argent
Par un conseil inique,
Chassé le parlement
Pour être despotique,
Fait publier impunément
Cent arrêts qu'on déleste, Il te manquait, maudit Régent,
De nous donner la peste.
De nombreuses estampes satiriques furent dirigées contre le système. M. L. de Laborde, PnlaisMazarm, notes, p. 390, en énumère soixante-dix, presque toutes d'origine hollandaise. Du reste, en opposition à toutes ces satires, il se trouva quelques flatteries. On sait que dans certains exemplaires du Dictionnaire de Bayle, édition de 1720, dédiée au Régent, on rencontre, au bas du portrait de ce prince, dix-neuf vers qui font l'éloge du système de Law ; il fallut les supprimer après la déconlilure (voir M. L. Laborde, Palais-Mazarin, p. 39G). L'épilre dédicatoire, rédigée par La Motte, est fort ridicule; elle s'exprime ainsi : « Les plus grands hommes regardent les louanges comme la récompense de la vertu, mais il semble que pour vous elle n'en soit que l'incouvéuicnt. » Tout le reste est de tcUe force.
DE MADAME LA DICHESSE D'om.ÉANS. 257
d'aimer son mari par devoir, et non par passion, de vivre avec lui en paix et amicalement, mais de ne pas se fracasser du cours qu'il donne à ses passions. De celte manière, on reste toujours bons amis, et la paix et l'harmonie se maintiennent dans le ménage.
30 juillet 1720.
Salvatico avait déjà commencé ses folies ici; il voulait à tout instant entrer dans la chambre de la princesse, et il en était même très-jaloux ; elle s'en est plaint à son mari, et celui-ci l'a dit à son père en le priant de renvoyer ce méchant diable. C'est ce que le père ne veut pas l'aire ; il veut même faire de Salvatico son majordome.
30 juillet 1720.
Quand mon fils donne du désagrément à quelqu'un, il est certainement plus i)ciné que celui qui tombe ainsi en disgrâce. 11 ne se soucie nullement des bijoux et il aime peu la toilette. Le petit corbeau noir {la Parahère) n'est pas désagréable, mais elle passe pour sotte. Elle est capable de beaucoup manger et boire et de débiter des étourderics ; cela divertit mon fds et lui fait oublier tous ses travaux.
A M. DE HARLING.
1«'- août 1720,
Je connais quelqu'un à Paris qui a été l'ami intime d'un savant abbé. Cet abbé avait connu très-particulièrement Descartes, et il a souvent dit que Descartes avait ri avec lui de son système, et qu'il disait : « Je
leur ai taillé de la besogne ; nous verrons qui sera assez sot pour y donner. »