‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans, né princesse palatine, mère du régent \ (volume 2)Chapitre 10 sur 21 · A LA PRINCESSE DE GALLES · texte numérisé non relu

A LA PRINCESSE DE GALLES

2 août 1720.

Le prince et la princesse {de Modène) s'aiment beaucoup, mais on dit qu'ils se moquent ensemble du vieux père.

3 août 1720.

Lorsque le roi d'Espagne partit ' , notre roi pleura amèrement, M. le Dauphin pleura beaucoup aussi, et précédemment il n'avait jamais donné à aucun de ses fds la moindre marque qu'il eût de rattachement pour eux; on ne les avait jamais vus dans son appartement, ni le malin, ni le soir^ quand le Dauphin n'était pas à la chasse, il était toujours chez la grande princesse de Conti, et ensuite chez W^^ la Duchesse. On n'aurait pu deviner que ses enfants fussent à lui, car il vivait avec eux comme s'ils avaient été des

• Le Bulletin des comités historiques {iSbZ, p. 94 et suiv.) renferme des lettres de Louis XIV et du maréchal de Noailles, pendant le voyage des ducs de Bourgogne et de Bcrri aux frontières d'Espagne, 1 7 00-17 0 1 . Les originaux de ces lettres font partie de la bibliothèque du Louvre. Parmi beaucoup de détails minutieux relatifs à l'étiquette, au régime et à la santé des princes, détails dans lesquels se complaît la courtisanerie déliée du maréchal et la gravité oflicielle du monarque, on retrouve des éléments et des traces de grandeur. Voir aussi l'écrit intitulé : o Journal du voyage où j'accompagnai le roi d'Espagne dans ses Etals. »Ce document se trouve au t. II, p. 93 à 250 des Cîiriosili's historiques, oit recueil de iiièccs utiles à l'histoire de l'rancc, 17 5y, 2 vol. in-12.

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étrangers; il ne les appelait pas mon fils, mais M. le duc de Bourgogne, M. le duc d'Anjou, M. le duc de Berri, et ils l'appelaient monseigneur.

Saint-Cloud, 4 août 1720.

Vous auriez tort de croire que je ne chante jamais les psaumes ou les cantiques luthériens; je les chante souvent et je les trouve fort consolants. Il faut que je vous raconte ce qui m'est arrivé à cet égard, il y a plus de vingt-cinq ans. Je ne savais pas que M. Rousseau, qui a peint l'orangerie, était un réformé : il était à travailler sur un échafaudage, et moi, me croyant toute seule dans la galerie, je me mis à chanter le sixième psaume. J'avais à peine achevé le premier verset, que je vois quelqu'un descendre en toute hâte de l'échafaudage, et tomber à mes pieds : c'était Rousseau; je crus qu'il était devenu fou. « Bon Dieu! lui dis-je, qu'avez -vous, Rousseau? » Il me répondit : « Est-il possible, madame, que vous vous souveniez encore de nos psaumes, et que vous les chantiez? Que le bon Dieu vous bénisse et vous maintienne dans ces bons sentiments. » Il avait les larmes aux yeux; il partit quelques jours après; je ne sais ce qu'il est devenu; mais, en quelque lieu qu'il se trouve, je lui souhaite toute espèce de prospérité et de bonheur; c'était un homme très-estimable et excellent peintre à fresque.

Il y a peu de médailles antiques que je n'aie déjà, car j'en ai déjà près de neuf cents. J'ai commencé par deux cent soixante, que j'ai achetées, et qui avaient été volées au duc de Savoie , j'écrivis à la reine ac-

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tuelle de Sardaigne, et j'offris de les renvoyer au roi. La reine me répondit qu'elle était enchantée de pouvoir m'engager à garder celles que j'avais acquises; je les avais eues à bon marché, rien que pour le poids, et il y en avait de rares parmi elles.

C août 1720.

Personne n'a entendu ce que le roi a dit à la vieille ; elle s'était sauvée à Saint-Cyr avant qu'il ne fût morl. On l'a ramenée, mais elle n'est pas restée jusqu'à la fin. Je crois que le roi s'est repenti d'avoir fait la folie de l'épouser. En effet, quoi qu'elle ait fait, il n'a pas voulu publiquement déclarer le mariage. Elle a pleuré à la mort du roi, cependant elle n'a pas été aussi affligée qu'elle aurait dû l'être. Elle s'est toujours flattée de régner avec le duc du Maine.

Saiiit-Cloud, 8 août 1720.

Je ne peux dire ni bien ni mal du système de M. Law, car il est complètement incompréhensible pour moi; mais je vois qu'il en résulte pour mon fils toutes sortes de tracas et de soucis ; je voudrais donc qu'il n'en eût jamais été question. Avec des gens aussi intéressés que les Français, depuis M. le Duc jusqu'au dernier laquais, on n'est jamais en sûreté lorsqu'ils pensent qu'ils ont quelque chose à gagner à votre mort; cela m'inquiète fort, car cela me romi)lit de crainte pour la vie de mon fils , quant à moi, je n'ai rien à craindre, car ma mort ne profiterait à personne. Plût à Dieu (jue j<! n'eusse à m'inquiéter que pour moi ; cola ne me donnerait pas une minute de préoccuitation! 11 y a

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encore beaucoup d'argent en France, mais chacun U» cache par malice, et ne veut pas le mettre clans le commerce; on ne s'inquiète pas des lois de M. Law à ce sujet. Personne n'a de goût ici pour la guerre, mais bien pour le luxe, qui n'a jamais été porté au point auquel il est à présent; le tenq)s montrera ce qui en résultera.

13 août 1720.

Law est dans de telles angoisses qu'il n'a pu se résoudre à se rendre à Saint-Cloud auprès de mon fils, qui lui avait cependant envoyé son carrosse ' . La malice des ennemis de mon fils ne diminue pas; on répand sans cesse contre lui des écrits horribles où il est attaqué avec acharnement '. Je ne comprends pas qu'il

* Donnons ici un échantillon des vers que les recueils manuscrits nous présentent comme circulant alors à Paris,

Puisque nous u'avous plus d'argent, Le diable emporte et Lass et le Kegent, Le premier est un animal.

Fripon, ignorant et brutal.

Qui nous réduit à l'iiôpilal ; Le second rit de voir le mal;

Dieu nous fasse

Bientôt la grâce

De voir déconfit

Ce couple maudit.

Condé, Dubois et le Régent

Sout, ma fol, bien faits l'un pour l'autre;

L'un bruta' et l'autre méchant.

Le tiers en crapule se vautre ;

Tous trois le fléau des iiuniaiiis ;

Pauvres Français, que je vous plains !

' Il y aurait un curieux travail à faire sur les livres dont le Régent est le sujet; parmi beaucoup de faussetés et d'exagérations, ils ne renferment que trop de vérités. On trouve dans le

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