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Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans, né princesse palatine, mère du régent \

Le siècle de Louis XIV est, depuis quelque temps, l'objet d'études sérieuses; des écrivains distingués travaillent à l'apprécier et à le faire mieux connaître qu'il ne l'a été jusqu'ici.

On cherche avec soin les documents inédits, on s'efforce de remettre exactement en lumière et à leur vrai point de vue les hommes et les choses de cette époque, dont la place est si grande dans notre histoire.

Ce mouvement de curieux et attentif examen nous donne l'espoir qu'on accueillera avec intérêt les révélations de la belle-sœur du grand roi, de la mère du prince qui gouverna la France sous le nom trop célèbre de Régent.

Les lettres de la duchesse d'Orléans ou de Madame (tel était le titre qu'elle portait) sont d'autant plus dignes d'attention, qu'écrites au fur et à mesure des événements et n'étant pas le moins du monde destinées à la publicité, elles sont l'œuvre d'une franchise souvent poussée jusqu'à la rudesse.

Pour bien apprécier cette étrange correspondance, il faut connaître la princesse dont elle émane et qui ressemblait si peu à ces beautés célèbres qui faisaient l'ornement des galeries de Versailles ou des appartements de Marly. Laissons parler un contemporain qui a su tracer un tableau impérissable de cette cour brillante.

« Madame tenoit beaucoup plus de l'homme que de la « femme; elle étoit forte, courageuse, Allemande au der- « nier point, franche, droite, bonne, bienfaisante, noble « et grande en toutes ses manières; petite au dernier « point sur tout ce qui regardoit ce qui lui étoit dû : elle « étoit sauvage, toujours enfermée à écrire, dure, rude, I. a

It AVËTlTÎSSKMENt.

« se prenant aisément d'aversion ; nulle complaisanoe, nul « (oiir dans l'esprit quoiqu'elle ne manquât pas d'esprit; « la ligure et le rustre d'un Suisse; capable, avec cela, d'une « amitié tendre et inviolable. » Saint-Simon, t. XXXVIII, p. llo; édition de Paris, 1842-43,40 vol. (c'est celle que nous citons pendant tout notre travail).

Un judicieux écrivain, que les lettres et l'histoire viennent de perdre, M. Walckenaër, s'exprime, de son côté, de la façon suivante dans ses Mémoires sur M"^^ de Sévigné :

« La duchesse d'Orléans se distinguait à la cour par une tt originalité que personne n'était tenté d'imiter; elle y « vivait dans un isolement complet, en véritable Allemande, « conservant ses goûts et sa rude fierté. Elle n'avait de « complaisance que pour le roi et pour son mari, qu'elle « parvint à s'attacher par sa soumission et sa résignation. « Louis XIV lui en savait gré et respectait, dans cette prin- « cesse, les droits éventuels qu'elle avait sur la Bavière et « le Palatinat, dont il sut tirer bon parti dans ses négoce dations.

«D'une laideur repoussante, elle déplaisait à tout le « monde par sa fierté maussade ; étrangère à cette cour « brillante oîi elle était forcée de vivre, elle fut toujours « Allemande en France. Pour son mari, qu'elle mépri- « sait ', elle était complaisante et douce, afin d'en être « bien traitée et de rester en repos. Louis XIV estimait sa « vertu, la loyauté de sa brusque franchise; ses goûts virils,

' Et ce n'était pas sans raison. Sainl-Siraon, d'accord en ceci avec les autres écrivains de l'époque, en trace le portrait le moins favorable : « Il n'y avoit personne de si mou de corps et d'esprit, de plus trompé, do pins méprisé par ses favoris. Tracnssicr, incapable de {farder aucun secret; avec cela des goûts abominables, rendus publics avec le plus grand siandale. C'éloit le prinri' le plus attaché à la vie, l'ayant toujours passée dans la plus molle oisiveté, le plus incapable par nature d'aucune application , d'aucune lecture sérieuse ; il étoit toujours paré comme une femme, plein de bagues, de bracelets, de pierreries, de rubans, partout où il en pouvuit mettre; plein de toutes sortes de parfums; on l'accusoitdc mettre iuiperceptiblenicnt du rouge, n

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