XVI AVERTISSEMENT
la belle-sœur de Louis XIY, toute !<a liberté du latin; mais nous avons dû nous souvenir que le lecteur français devait être respecté, et nous avons parfois rejeté dans les notes le texte de ce latin qui nous effrayait.
Quelques critiques avaient révoqué eu doute Tauthenticité des fragments de la correspondance d'Éiisabeth- Gharlotte, tels qu'ils ont paru de i788 à 1833; on a soupçonné qu'ils avaient été^ sinon fabriqués à plaisir, du moins fortement interpolés; on a désigné, comme l'auteur de pareille œuvre, un littérateur instruit, Sénac de Meilhan, connu par quelques travaux de ce genre. Ces soupçons pouvaient avoir une certaine vraisemblance en présence de la forme morcelée qu'on avait donnée aux extraits des lettres de Madame ; mais la publication entière et fidèle qu'a donnée M. Menzel ne laisse plus subsister le plus léger doute sur la parfaite authenticité de ce commerce épistolaire.
C'est avec raison que l'auteur d'un article inséré dans le Journal de V Empire {Journal des Débats), !«' octobre 1807, disait:
«Je ne conteste point l'authenticité de ces anecdotes; m elles ont, du moins pour la plupart, un caractère de « vérité, d'originahté et de franchise poussé très-loin, sou- « vent même beaucoup trop loin, mais très-conforme à « l'humeur de la princesse et répondant parfaitement à «i l'idée qu'en a donnée Saint-Simon. Ses ressentiments « s'expriment avec une franchise qui pourrait paraître « quelquefois brutale et grossière. Lorsque ses prétentions a sont choquées, lorsque sa hauteur n'est pas satisfaite, « elle tombe tantôt dans d'inconcevables petitesses, tantôt « dans des excès tout à fait condamnables. C'était, assuréa ment, une grande petitesse à la fille d'un électeur palatin tt de trouver qu'il ny avait pas assez de cérémonial et « d'étiouette à la cour brillante de Louis XIV, »
DE
A MADEMOISELLE D'oFFELEN.
Amsterdam 1 9 mars lôCt.
Ma bien chère demoiselle Offelen, je n'ai pas pu ne point vous faire savoir que je pense à vous plus que vous n'en avez l'idée, et je pense que vous songez aussi à moi ; j'ai à me plaindre des cousins qui m'ont bien piquée. Nous avons fait un voyage très-agréable ; il faut aussi que je vous demande comment se comporte mon petit cousin ; j'espère que nous nous reverrons bientôt; je n'ai pas à m'excuser de ne pas vous avoir écrit plus tôt, car vous savez bien que je ne puis faire mieux. Je vous dis adieu, ma chère demoiselle Offelen, jusqu'à ce que noua nous revoyions bientôt, et je jreste encore toujours votre affectionnée amie.
! A MADAME DE HARLIN6.
4 mars 1670.
II faut que je vous dise, ma chère dame Harling, que mon frère Charles et moi nous devions avoir une grande fête pour la soirée du mardi-gras ; nous devions être des flieux et des déesses , mais , comme il
2 CORRÈSPONDAXCE
faisait trop froid, la cérémonie a été retardée et elle devait avoir lieu d*hier en huit ; tous nos costumes étaient prêts; ils étaient superbes; mon frère était Mercure et moi l'Aurore; M"« Kolb faisait Cérès et une autre était IMane; enfin nous étions des dieux et des déesses, des bergers et des nymphes; les chars de triomphe étaient fort beaux ; tout était prêt , lorsque jeudi, quand nous allions commencer, survint la nouvelle de la mort du roi de Danemark. Il a bien falhi tout remettre à six semaines, s'il n'arrive rien dans l'intervalle. Voyez maintenant, ma chère dame Uarling, .si vous voulez vous lever de bonne heure ou non ; puisque je suis l'Aurore, j'ai à ma disposition les portes du jour, et je ne les ouvrirai que lorsque cela nous conviendra.
23 novembre 1672.
0 ma chère demoiselle llffel ! qu'il est gênant pour un entant bruyant, turbulent et fantasque de ne pouvbii plus courir, sauter, se promener en voiture ; il faut se laisser porter sur une chaise; encore si tout cela était bientôt terminé, on en prendrait son parti ; mais cela durera neuf mois, et c'est terriblement long et ennuyeux. Lorsqu'une fois cet œuf sera pondu, je voudrais pouvoir vous l'envoyer par la poste à Osnabnick , car vous êtes plus que qui que ce soit dans ce pays au fait de ce qu'il faut faire en pareil cas, et je suis convaincue par ma propre expérience que vous en auriez bien soin ; mais ici aucun enfant n'est en sûreté : les docteurs ont déjà expédié dans l'autre monde cinq des enfants de la reine; le dernier est
DE MADAME LA DUCHESSE D'oRLÉANS. 3
mort il y a trois semaines ; ils en ont fait autant pour trois des enfants de Monsieur, ainsi qu'ii le dit luimême.
SO nui 1673.
Je vous remercie de la confiance que vous me témoignez , ainsi que M. de Harling , en m'envoyant votre petit neveu ; soyez sûre que j'aurai pour lui tous les soins possibles , et c'est un fort joli enfant ; non-seulement Monsieur et moi, mais tout le monde ici l'aime. Il sert déjà comme un des autres (pages) ^ et il commence à parler français et à le comprendre. Je l'ai logé à part des autres dans une maison dont la dame a soin de lui ; elle fait blanchir son linge et lui fait faire ses prières. Je lui ai fait faire un petit lit avec des rideaux, et il mange à la table de mes filles d'honneur, où , à ce que je pense, rien ne lui manque. Le premier service dont il ait eu à s'acquitter a été de servir à table une des plus jolies demoiselles qu'il y ait en ce pays ; cela ne lui a point déplu , car sitôt qu'on s'est levé de table, la demoiselle l'a deux fois embrassé. Il faut qu'il ait trouvé cet usage de son goût, car, une fois qu'elle n'y pensait plus, le petit drôle s'est placé devant elle et lui a tendu la joue.
A MADAME DE HARLING.
6 jQillet 1673.
Je n'ai pensé à rien, si ce n'est à la joie que vous aurez éprouvée en recevant la nouvelle que je suis heureusement accouchée d'un fils. Comme j'ai toujours été comme votre enfant, c'est comme s'il vous
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était arrivé un petit-fils. Je suis bien sAre que vos souhaits en sa faveur sont comme les miens. Aussitôt que l'on aura fait faire son portrait, je vous l'enverrai; mais j'espère que vous aurez occasion de le voir et que vous le trouverez tel que vous pouvez le désirer. C'est un bel enfant bien frais et bien portant ; grâces à Dieu, il ne lui est survenu aucun accident depuis qu'il est né ; je suis enchantée de voir comme il est fort et gros. J'ai été seize heures en mal d'enfant, et j'ai éprouvé, durant cinq heures, les plus grandes douleurs; elles étaient si effroyables que j'ai toujours été comme folle jusqu'à ce que ce drôle soit enfin sorti.
A LA MÊME
20 avril I67G.
Il m'a été impossible de vous répondre plus tôt, car j'ai clé tellement troublée du coup imprévu dont Dieu tout-puissant m^a frappée ' que je commence à peine à m'en relever : vous voyez bien maintenant que j'avais grandement raison de souhaiter que mes enfants pussent être entre vos mains, car j'avais prévu mon malheur de loin. On a ici une singulière façon d'agir à l'égard des enfants, et je n'ai malheureusement que trop vu qu'en fin de compte, il ne peut en résulter aucun bien. Mon malheur est que je ne sais nullement comment il faut agir avec les enfants, et que je n'ai aucune expérience de ces choses-là ; il faut donc que je croie ce qu'on me recommande ici ; mais en voilà assez à cet égard, car plus j'y pense et plus je me
1 La mort du duo de Valois, de ce fils dont la lettre précédente annonçait la naissance.
trouve affligée. Je n'ai maintenant nulle consolation, car Monsieur est parti jeudi avec le roi pour se rendre à l'armée ; cela ne peut à la longue faire que du mal à mon lait, et quelque gaieté qu*il y ait naturellement dans mon caractère, il n'y a rien qui puisse vous soutenir dans d'aussi affreux malheurs. Je ne crois pas qu'on puisse mourir de chagrin, car, en ce cas, je ne serais assurément pas au monde , car ce que j'ai souffert est impossible à décrire. Si Dieu n'accorde pas sa protection tout« spéciale à l'enfant dont je suis enceinte en ce moment ', j'aurai bien mauvaise opinion de la santé et de la vie de cette pauvre créature , car il n'y a i>as moyen qu'elle ne se ressente pas de toutes mes peines.
A LA MÊME
30 mai 1676.
Je voudrais pouvoir vous envoyer le duc de Chartres ^ dans une lettre ; je serais sûre alors qu'il resterait en vie; il me cause beaucoup d'inquiétude, et je désirerais bien qu'il eût trois ou quatre ans de plus, afin de le voir sorti des périls de la première enfance. Ils (les médecins) n'entendent rien ici aux soins qu'il faut donner aux enfants ; ils ne veulent rien écouter de ce qu'on leur dit , et ils envoient dans Tautre monde un tas d*enfants.
10 octobre 1676.
J'ai déjà écrit à ma tante une longue lettre, une des
Sa fille, mariée depuis au duc de Lorraine. ^ (ic en 1674; et devenu célèbre sous le nom de Régent.
premières que j'ai écrites depuis mes couches, mais je ne veux pas laisser partir ce courrier sans vous remercier de tous les vœux que vous exprimez pour moi et pour mon nouveau-né dans votre lettre du 29 septembre; quant à moi, je me suis, grâce à Dieu, trouvée extrêmement bien depuis mes couches , et je n'ai pas eu la plus petite incommodité, quoique le mal d'enfant ait été beaucoup plus rude que les deux autres fois. J'ai été, durant dix heures, dans de grandes douleurs, ce qui, à dire la vérité, m'effraie tellement que je ne me soucie plus d'être un tuyau d'orgue, comme vous me l'écrivez. Les enfants sont trop durs à venii* ; s'ils vivaient, on prendrait son parti; mais quand on les voit mourir, comme j'en ai fait cette année la triste expérience, alors il n'y a plus aucun plaisir à tout cela. Le duc de Chartres est, grâce à Dieu, en parfaite santé, ainsi que sa petite sœur, qui est aussi grasse qu'une oie engraissée et très^grande pour son âge. Lundi dernier, on les a baptisés; on leur a donné mon nom et celui de Monsieur ; ainsi le drôle s'appelle Philippe et la petite fille Élisabeth-<]lharlotte. S'il vient maintenant une Uselette * au monde , Dieu fasse qu'elle ne soit pas plus malheureuse que moi, et elle n'aura pas de molifs de se plaindre.
A LA MÊME
3 janvier IG77.
Je vous remercie bien de vos souhaits do bonne
^ Petit nom d'amitié que les parents de la ducUcsàc lui donnèrent lorst^u'elle élail enfant.
année ; je désirerais extrêmement avoir l'occasion de vous témoigner ma reconnaissance, car si nous en venions à régler nos comptes, nous trouverions que vous avez fait plus pour moi dans ma Jeunesse que je n'ai fait pour vous en toute ma vie, et j'en suis honteuse ; le moins que je puisse faire est donc d'avoir pour vous l'affection la plus sincère.