A LA PRINCESSE DE GALLES
28 juillet 1716.
Le Dauphin {fils de Louis X!V) ne manquait pas d'esprit; 11 saisissait fort bien tous les ridicules, les riens aussi bien que ceux des autres. 11 racontait d'une manière plaisante quand il le voulait; mais il y avait en lui une paresse telle qu'elle lui faisait tout négliger. 11 aurait préféré la vie indolente à la possession de tous les empires et de tous les royaumes. De sa vie il ne s'est jamais opposé à aucune des volontés du roi, et il était soumis à la Maintenon autant que qui que ce soit. Ceux qui ont dit qu'il se serait retiré si le roi
* On lit dans plusieurs passages des Mémoires de Saint- Simon, que Louis XIV était très-«attaché au régiment du Roi, et <lu'U «'en oecupatt dans las meindrea détails.
176 00RRE6P0NDANX6
avait déclaré son mariage avec la gueoipe * ne le connaissaient pas ; il avait lui-même une vilaine guenipe pour maîtresse, et Ton pensait qu'il Tavait épousée en secret; elle se nommait M^* Choin ' ; elle est encore à Paris. Ce qui a empêché que la vieille Maintenon ne fût déclarée reine, ce sont toutes les bonnes raisons que l'archevêque de C^unbrai, M. de Fénelon, a données au roi; aussi a-t^Ue persécuté ce bon et respectable prélat jusqu'à sa mort.
A LA COMTESSE LOUISE
Marly, 8 août 1715.
Aussitôt que je serai de retour à Versailles , je ferai faire une copie de mon portrait par Rigaud, qui a saisi ma ressemblance d*une manière étonnante ; vous verrez alors, ma chère Louise, comme je suis devenue vieille.
11 ne faut pas être surpris si le prétendant a le désir de remonter sur un trône qui lui appartient par tous les dix>its de la naissance, et d'où sa retigion seule réloigne. Je ne sais pas comment les Anglais peuvent le haïr ; c'est un des meilleurs et des plus honnêtes personnages que notre Seigneur Dieu ait créés. Je voudrais, comme j'ai dit quelquefois, que le roi
^ Die %oie, la vilaine, la sale; c'est ainsi que Madame désigne sans cesse M^e de Maintenon. Nous avons dû reproduire ces injures dictées par une aveugle anlmosité.
* Marie-Émiiie Joly de Gboin ; on croit que le Dauphin l'avait épousée en secret; il en sera reparlé dans la suite de ces lettres. Elle survécut longtemps à son amant, et mourut en 17 4 i.
DE MADAME LA DUCHESSE d'orLÉANS. 177
George fût empereur romain, et le prétendant roi d'Angleterre; mais désirer ne sert à rien.
La femme de mon fils a un perroquet qui répète tout ce qu'il entend dire et qui imite tout le monde. Il sait les noms de toutes les femmes de chambre et de tous les valets, et il les appelle si bien qu'ils accourent, croyant que c'est la duchesse. 11 était dernière* ment dans une chambre où se trouvaient des ouvriers qui parlaient entre eux assez grossièrement , et lorsque la duchesse vint à lui , il lui dit : c Madame , baise mon cul. > Vous pouvez facilement vous figurer combien cela fit rire. J'ai deux perroquets; ils sont verts ; l'un me déteste comme le diable et souffre tout le mcmde, excepté moi ; l'autre n'aime que moi et déteste tout le monde.
Les lettres de la reine d'Espagne à Bayonne * ne consistent qu'en compliments et en commissions, parmi lesquelles il y en a de fort ennuyeuses ; elle demande un évèché pour celui-ci et un emploi de capitaine des gardes pour celui-là; elle veut une pension pour un tel et une abbaye pour un autre. Mais si je dis le mal, je dois aussi dire le bien; je suis fort obligée à cette bonne reine, car elle a beaucoup travaillé au raccommodement de mon fils avec le roi d'Espagne. Je voudrais qu'en m'écrivant elle n'employât pas des mots tout enfantins, comme petite maman; je n'ai pas été habituée à être appelée ainsi. Ses lettres ne me font pas grand plaisir, tandis que les vôtres, chère Louise, sont les plus agréables que je
* La Tcuve de Charles II.
} 78 C3RUESIK)XDANCE
puisise recevoir. Ma fille est dans une grande afflietion, car son beau*frère, le prince François, est mort de la petite vérole ; il n'avait que huit ans, lorsqu'elle alla on Lorraine; il était élevé près d'elle et elle le regardait aomme son enfant. Lorsque les catholiques anglais sont iei, ils se montrent comme pleins de piété. 11 y a quelques années, je vis chez ma tante, Tabbesse de Maubuisson, un homme que je pris pour un officier ; il avait une grande perruque et une cravate, et, çonune il ne portait pas d'épée, je crus qu'il était prisonnier; il avait bonne mine, quoiqu'il ne fUt pas jeune. )e demandai qui était cet officier; ma tante se ipit à rire et me dit que c'était un moine de l'ordre de Saint-François, qui arrivait d'Angleterre. Alors il me dit, en versant des larmes, que la religion catholique était tellement haïe dans ce pays, que les moines ne pouvaient y porter leur habit. Je répondis que s'il n'y avait que cela, il n'y avait pas grand sujet de plainte, car uqe perruque avait meilleure mine qu'une tête rasée. Pendant notre dialogue, ma tante était au moment de crever de rire. Les Anglais sont tous horriblement débauchés; c'est encore pis chez eux qu'en France et en Italie.
I^me d'Orléans n'est pas de mon avis à l'yard de ses filles ; elle voudrait qu'elles se fissent toutes religieuses : elle n'est pas assez bête pour croire qqe cela les menât au ciel ; c'est de sa part pure parusse, car c'est la femme la plus paresseuse du monde S et elle
^ Saint-Simon confirme en plusieurs endroits de ses Jfémoires ce que dit Madowç à Tégard de la paresse et de l'apallilQ
DE MADAME LA DDCHfiSSfi D^ORLÉANS. 170
craint, si elle les ayait près d'elle, d'avoir la peine de les élever...
Rien dans le monde ne me dégoûte plus que le tabac à priser; il rend les nez horribles et il répand une odeur infecte. J'ai connu des gens qui avaient l'haleine la plus douce; après s'être adonnés au tabac, six mois ont suffi pour les rendre puants comme boucs. Avec un nez barbouillé dci tabac, on a Tair, passez-moi Vei.-* pression, d'dtre tombé dans la fiente ^ Le roi le déteste; mais ses enfants et ses petits-enfants en prennent, quoiqu'ils sachent que cela lui déplaît '. Il faut s'en abstenir tout à fait, car si l'on ep prend un peu« on veut bientôt en prendre beaucoup; on l'appelle l'herbe enchantée, parce que celui qui a commencé à en faire usage ne veut plus s'en passer.
Je n*ai plus entendu parler de la comtesse de Wartenberg; mais on dit qu'i> y a d'étranges choses entre elle et son fils; c'est un jeune homme qui a quinze ans, et elle ne veut pas souffrir qu'il c-ouche ailleurs que dans son lit h elle; on lui a dit que cela faisait jaser, mais elle ne s'en soucie pas.
Je veux du bien à votre beau-frère parce qu'il est encore un bon Allemand ; je ne puis souflrir que les
de la ducbesse ; il en trace d*aiUeurs un portrait favorab'e : « Elle étoit grande et de tout point majestueuse ; la mesure et foute espèce de décence et de bienséance étoient chez elle dans leur centre » (Voir t. XXllî, p. 27, et sur son désir de contribuer à la grandeur du duc du Maine, p. 49).
^ ïm dreck.
* Saint-Simon (t, II, p. 122) raconte que les filles du roi envoyèrent un jour chercher des pipes au corps- de -garde dea Suisses et se mirent à fumer.
180 CORRBSPONDANCE
Allemands veuillent être autre chose que des Allemands et qu'ils méprisait leur nation.
Venailles, 15 août 1715.
Notre roi n'est pas bien; cela me tracasse au point que j*en suis à moitié malade ; j'en perds l'appétit et le sommeil. Dieu veuille que je me trompe» mais si ce que je crains arrivait, ce serait le plus grand malheur qui pût m'arriver. Si je vous expliquais tout cela, ce s^ait si abominable que je ne puis y penser sans devenir toute chair de poule. Ne dites à persoune, en Angleterre, ce que je vous mande là, mais j'en suis fort troublée.
Si vous saviez, chère Louise, comment tout va ici, vous ne vous étonneriez pas de ce que je vis très-retirée, le ne peux ni ne veux jouer, et l'on ne vient pas volontiers auprès de ceux qui ne jouent pas ; la conversation n'est plus à la mode; tous les hommes sont tellement effrayés et ils craignent si fort de parler, qu'ils se font peiu* mutuellement. Je n^ai jamais aimé à frayer avec la jeunesse; les personnes de mon âge sont à l'écart, ou bien auprès de la toute-puissante dîime dont je ne suis pas la favorite* Il faut donc que je reste toute seule; mais cela ne me contrarie pas, car des sociétés où l'on ne peut parler franchement et où il n'est possible de causer que de la pluie et du beau temps, du jeu et de la toilette, sont pour moi chose très-peu agréable; elles me fatiguent, et je préfère ma solitude; vous trouverez, je crois, que je n'ai pas tort; quant aux intrigues, je ne peux ni ne veux m'en mêler en rien.
Venailles, 20 août 1715,
On peut avoir fait beaucoup de choses au nom du roi Jacques sans qu*il en ait eu oxmaissance; les prêtres en sont très-capables ; toutes les querelles qu'il y a au sujet de la religion viennent de la faute des prêtres de tous les côtés; au lieu de chercher les mc^ens de rétablir la paix, ils cherchent (je le dis de ceux de tous les côtés) uniquement les moyens d'animer tous les chrétiens les uns contre les autres; ils pensent ainsi réussir à dominer sur les personnes les plus élevées; ils sont tels que sur cent à peine en trouve-t-on un seul qui ne soit pas plein d'ambition. Je suis persuadée que si l'on voulait s'entendre mutuellement de bonne foi, toutes les religions pourraient se réunir et ne former qu'un troupeau et qu'un pasteur.
Vous avez vu, par ma dernière lettre, que j'ai reçu une lettre tort polie et de la propre main du roi George.
Madame de Maintenon n'a point été malade ; elle est fraîche et en bonne santé ; plût à Dieu que notre roi fût aussi bien ; j'aurais alors moins de soucis que je n'en ai.
4 Versailles, 27 août 1716.
Ma chère Louise, je suis tellement troublée que je ne sais plus ce que je fais ou ce que je dis; il faut cependant que je réponde à votre bonne lettre le mieux qu'il me sera possible. Je dois d'abord vous dire que nous avons eu hier le spectacle le plus triste et le plus touchant qu'on puisse imaginer; le roi, après s'être préparé à la mort, après avoir reçu les derniers sacrements, s'est fait apporter le Dauphin, lui a donné sa bénédiction et lui a parlé; il m'a fait venir ensuite,
Ift2 flOARESPONDANCE
ainsi que la duchesse de Berry et toutes ses autres filles et petits-enfants; il ni*a dit adieu avec des paroles si tendres que je m*étonne de n * être pas tombée à )a renterse sans èoanaissaace. 11 m'a assuré qu'il m'avait toujours aimée et plus que je ne le croyais moi-môme, qu'il regrettait de m'avoir quelquefois causé du chagrin. 11 m'a demandé de me sQuvenir qudquefois de lui, ajoutant qu'il pensait que je le ferais volontiers, car il était persuadé que je Favaiâ toujours aimé; il a dit de plus qu'il me donnait sa bénédiction et qu'il faisait des voeux pour le bonheur de toute ma vie. Je me suis jetée à ses genoux, et, prenant sa main, je l'ai baisée. 11 m'a embrassée et il a ensuite parlé aux autres. Il leur a dit qu'il leur recommandait Tuni^m. J'ai cm qu'il disait cela pour moi, et je répondis que pour cet objet cornine pour tous les autres j'obéirais à Sa Majesté tant que je vivrais ; il s'est mis à rire et il a dit : a C^ n'est pas pour vous que je parie aiu» ; je sais que vous n'airek pas besoin de pareilles recommandations; mais je le dis aux autres princesses. » Vous pouvez ciboire daas qpel état tout cela m'a mise. Le roi a une fermet.é aj|i delà de toute expression; il donne ses ordres con)ipe s'il n*était question que d'u|i voyage. Il a dit adieu à tous ses ^ens; il les a recpmmandés à mon fils et V^ fait fégent, avec ijne telle tendresse qu'elle pénètre l'âme d^ part en part. Je crois que je serai la première personne de la famille royale qui suivra le roi s'il meurt; il vit encore^ mais il devient de plus en plus faible pt il n'y a plus d'espojr. Quand je dis que je crois que je serai la première à suivre le roi, c'est d'abord mon âge avancé; ensuit^, aussitôt (jue
le roi sera mort, on mènera le jeune roi à Vincèiiiiès, ei nous irons tous à F^aris, dont l'air est mauvais pour moi; je resterai là dans mon deuil, privée d'exercice et de boii air, et, selon toute apparence, je tomberai malade. 11 h'ésl pas vrai que llif"^' de Itiainiënoh sôit morte; elle est en parfaite santé ei ddiiâ là chambre du roi, qu elle ne Quitte ni jour ni niiii.
Si le roi meiirt, comme il n'y a pas inoyeri d'éii aouter, c'est pour moi un malheur dont vous ne pouvez vous faire une juste idée, et cela k cause de i)éaùcoup de raisons qui ne peuvent s'écrire, iè iie vois devant moi que misère et malheur; le séjour de Paris m'est insupportable.
A H. DE HARLTNG;
N'avais-je pas raison d'avoir des inquiétudes pour le roi George lorsqu'il est devenu roi a'Àngleierre et de désirer qu'il eût été souverain dans un tout autre pays plutôt que dans celui-là? Je connais trop bien ces diables d'Anglais pour leur confier un cheveu. Cieu préserve Leurs Majestés et les princes et toute la famille, mais J'avoue que j'ai de justes inquiétudes à. leur égaid.
A LA COMTESSE LOUfSB. f
Veniiileé, 6 septotHlife 17J^.
Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, mais cela m'était impossible, tant j'étais accablée et dansun trour ble inexprimable. Le roi est mort dimanche dernier, à neuf heures du matin. Vous pouvez croire que j'ai
184 COBRESPONDANGB
eu bien des visites à faire et à recevoir, et que j'ai r^tt et écrit bien des lettres. Avant-hier et aujourd'hui j'en ai reçu deux de vous, mais je ne suis pas en état d'y répondre, car je suis extrêmement troublée, et de la perte du roi, et de ce qu'il faut que j'aille dans ce maudit Paris; si j*y passais un an, j'y tomberais horri* blement malade; je veux donc le quitter le plus tôt possible et aller à Saint-Cloud. Tout cela m'intrigue fort, mais se plaindre n'amène à rien; il vaut mieux que je réponde à votre lettre. Je suis très-franche et très-naturelle, et je dis tout ce que j'ai'sur le cœur; je vous dirai que c'a été pour moi une grande consolation de voir tout le peuple, et les troupes et le Parlement entier, venir voir mon fils et le reconnaître publiquement pour régent. Ses ennemis, qui s'agitaient tout autour du lit de mort du roi, ont été tout déconcertés et leur cabale a dû lâcher le terrain. Mais mon fils prend les afiaires tellement à cœur, qu'il n'a plus de repos ni jour ni nuit; j'ai peur qu'il ne tombe malade, et bien des idées tristes me viennent dans la tète, mais je ne peux les dire.
Mon fils a prononcé un discours au Parlement, et l'on assure qu'il n'a point mal parlé. Le jeune roi est fort délicat; les ministres qui gouvernaient sous le feu roi ont conservé leurs places, et comme ils restent sans aucun doute tout aussi curieux qu'ils Tétaient, les lettres continueront à être ouvertes. Il est tout à fait impossible qu'à Paris je conserve ma santé; car ce qui me la conservait, c'était l'air et l'exercice, la chasse et la promenade; et à Paris, je n'aurais ni air ni exercice. Mais je dois apprendre à me résigner à la
DE NAUAHE LA DUCHESSE D'oRLÉANS. 185
Tolonlé de Dieu ; Taffreuse méchanceté et la fausseté de ce monde dégoûtent d'ailleurs de la vie, et je ne puis me flatter d'être aimée de tout le monde. J'apprends avec plaisir que le roi George se porte bien, ainsi que la famille royale. Dieu les conserve! Je ne sais si je vous ai écrit que l'ambassadeur de Portugal a fait ici son entrée avec tant de magnificence, qu'il jetait au peuple des monnaies d'or et d'argent de son souverain. Milord Stairs m'a remis. les poilraits des deux petites princesses; remerciez bien la princesse de Galles de ce charmant cadeau. On m'appelle pour me mettre à table; je ne puis relire ma lettre; excusez* en les fautes.
Paris, lOseplembre 171S
Nous sommes enfin depuis hier dans cette triste -ville. J'ai, hier soir, passé mon temps à pleurer, et je me suis donné une forte migraine. Mon fils m'a donné un appartement nouveau, qui est, sans comparaison, bien supérieur à l'ancien; j'espère que ma santé s'en trouvera bien; mais je me déplais beaucoup ici. J'ai, ce matin, commencé à écrire ; mais je n'ai pu achever que quelques lignes, car j'ai eu autour de moi effroyablement de monde, et la tête me fait tant de mal que je ne sais ce que je dis ou ce que je fais. C'est un vrai supplice que d'être ici; mais il est est inutile de se plaindre, et le mieux est de tacher de se résigner. On a hier porté le feu roi à Saint-Denis ' . Toute la maison
' On sait que Louis XIV fut enseveli avec peu de cérémonie et qo*il ne fut nullement regretté ; les recueils do Vépoque contiennent de nombreuses pièces satiriques et d'une insolence sou-
royale est dispersée : le jeune roi a été coiiduit hier à Vihcennes ; M"*' de Bèrry, à Saint-Cloud ; la femme de mon fils et moi, ici ; mon fils y est venu après avoir accompagné lé roi à Vincennes; je ne sais où les autres ont été.
Je n*ai point vu lé duc de Leeds, et je n'en ai pas entendu parler. Il me semble que la mode, en Angleterre, est de boire beaucoup; lorsque le duc de Riehmohd était ici, il s'enivrait tout ie long dû jour. Je n'ai pas entendu dire qu'il fût arrivé ici de nouveaux lords; mais, à dire vrai, depuis trois semaines, je ne sais trop ce qui se passe, et c'est bien naturel , car j'ai
vent très-blâmable. Nous en prenons quelques-unes comme au hasard :
Non, Louis n*étoit pas bî dur qa*il le parut. Et ion trépas le justifie, Puisqu*au88i bien que le Messie, Il est mort pour notre salut.
Htejacet insignUprœdOy convicl'or, adulter ; Hune ma§wam iriplici dicere /«repofeff.
Un chansonnier rima sur les derniers motnenta du monarque des couplets qui ne manquent pas d'une certaine ferve et qui obtinrent une grande vogue :
Il se tourne xers le Dauphin
Bt loi tient ce luigi^e :
Higpaon, je vous laisse à la fin
Un charmant héritage ;
^rofitex-en, car il est bon,
La faridondaine, la faridondon;
Depuis la paix tout y fleurit, /
A la façon de Biribi, ^
Barbarî, (
Mon ami.
Ensuite il parle à son ueTen Et lut dit ce qu'il pense .
Je meurs content, puisque sous pco Tous aurez la régence ;
DE MADAME LA DUGHESSB D'oRLÉANS. 18f
été dànâ âë hiéti grandes pëiiles. Ah! Vdilft la femme de môh fils qui Tient ; j'sâ étë aujourd'hui iniëi^romplië plus de trèiite fois ; mais c*eât ainsi ft t^àiis.
Paris, 13 septembre 17 15.
Je ne suis pas étonnée» ma chère Louise que la mort du roi vous ait été au cœur; ce que je tous ai écrit n'esi rien auprès de ce que nous aTons tu et entendu. Le roiy de luirmême, était bon et juste; mais la rieille femme l'avait si bien dominé, qu'il ne faisait rien que d'après sa vdonté et celle des ministres, car il n'avait confiance qu'en elle et en son confesseur; et comme le bon roi n'était pas fort instruit» le jésuite et la vieille
Mon tëiitameiit toqs en fait doo; La faridondaine, la faridondon, tion dernier codicille aussi, A là fafou de Blribi,
Barbarif
Mon amî.
François,* préparei-TOÙs au deuîl.
Je le toii, it expire :
U entre 6nfin dans le eereueil . ,
En héros qu'on admire :
Plongez-tous dans Taffliction;
la faridondaiiie^ la faridondos,
A la façon de Biribi,
Barbari,
Mon fltnt. .
PBSsaittsj d>gtt Lodts le 6nnd ^
Çui fit plus qu* Alexandre ; '
Quand il mourut, ce conquérant ]|*àtblt {(las rien à prendre ; Hommes, femmes, filles, garçons, La faridondaine, la faridondon.
Dites de prùfwidU pour lui, A la façon de Biribi,
Barbari,
Mon ami.
femme d'un côté, les ministres de loutre, ont fait faire au roi tout ce qui leur a plu; les ministres n*étaient, la plupart du temps, que les créatures de la vieille vilaine; aussi je puis dire avec vérité que tout ce qui a été fait de mal ne provenait pas du fait du roi, mais on Tabusait et on l'égarait.
On a conduit hier le jeune roi au Parlement, pour son lit de justice ; la régence de mon fils a été enregistrée : c'est donc chose sûre et certaine.
Je suis certaine que mon fils voudrait que je trouvasse ici de l'agrément; mais cela n'est pas en son pouvoir. Je voudrais avoir la fièvre, car j'ai promis de ne pas quitter Paris si je n*y tombais pas malade; la migraine, que je suis sûfe d'avoir tant que je serai ici, ne compte pas; mais dès que j'aurai la fièvre, je m'en retourne à notre cher Saint- GloudJ Mon fils a bien autre chose à faire qu'à songer à mes plaisirs et à mes convenances; il a grandement besoin qu'on prie bien Dieu pour lai; il me parait bien résolu à suivre les derniers ordres du roi et à vivre en bonne amitié avec ses parents. Je crois que ce qu'il pourra diriger luimême ira bien; mais beaucoup de choses échapperont nécessairement à sa direction. Pour montrer qu'il ne veut pas gouverner sans autre règle que son caprice, il a déjà créé divers conseils : l'un pour les afiaires civiles, l'autre pour les affaires ecclésiastiques ; il y a aussi le conseil des affaires étrangères et celui de la guerre; il ne peut faire que ce qui y a été décidé, et il est difficile de croire que le conseil des affaires ecclésiastiques, qui est composé de prêtres, se montre favorable aux réformes. Je suis bien décidée à ne me mêler
m MADAME LA DUCHESSE D*ORLÉANS. 18d
de rien du tout ; la France a été trop longtemps, et pour sou malheur, gouvernée par des femmes; je ne veux pas, en ce qui me concerne, donner des motifs pour qu'on fasse à mon fils pareil reproche; je veux que mon exemple lui ouvre les yeux, et qu'il ne se laisse gouverner par aucune femme.T^aint-Cloud est pour moi un endroit enchanteur, et c est avec raison, car il n'y a pas au monde de séjour plus agréable; mais si j'y avais été, tout Paris m'aurait détestée, et en considération de mon fils, il a fallu m'en abstenir. Ne croyez pas, chère T^ouise, que la mort du roi me rende libre de mes actions comme je le désirerais; on est tenu de vivre d'après les usages du pays et on n'est nullement maître de sa conduite. Dans ma situa-* tion, on est vraiment victime de la grandeur, et il faut se résigner à faire ce dont on n'a aucune envie. N'ayez point pour moi de reconnaissance si je vous écris au milieu de mes chagrins; rien ne soulage plus le cœur que de faire part de ses peines aux personnes qu'on aime, et qui portent à nos afflictions une sympathie réelle. 11 est vrai que tout le monde croyait le roi mort lorsque M°** de Haintenon s'est retirée; il avait perdu connaissance pendant un long moment, mais il est ensuite revenu à lui.
Je ne veux plus parler de choses aussi tristes et qui m'affectent cruellement ; le roi a montré la plus grande fermeté jusqu'au dernier moment; il a dit en riant à M°>® de Maintenon : < J'avais entendu dire qu'il était difficile de mourir; je vous assure que je trouve que c'est chose très-aisée-. » 11 est resté vingtrquatre heures sans parler à personne, et durant ce temps il n'a fait
190 CORRESPONDANGB
que prier et répéter : « Mon Dieu, ayez pitié de moi; Seigneur, je suis prêt à paraître devant vous; à quoi tient-il, mon Dieu, que vous ne me preniez? » 11 a ensuite répété avec beaucoup de piété TOraison dominicale et le symbole, et il a expiré en recommandant son âme à Dieu.
Paris, il septetnbre 1715.
Le Parlement a reconnu les droits dé mon fîls pour là régence, droits que sa naissance lui confère incohtesiablemeht. Le roi lui avait dit ^\i*i\ avait fait un testament dont il n*aurait pas à se plaindre; et ce testament s'est trouvé en entier en faveur du duc du Maine ; il n*est donc pas difficile de deviner qui Ta dicté; mais n^en parlons plus. Mon fils m'a trop Souvent entendue parler de vous pour ne pas vous connaître et vous apprécier, et il m'a chargée de vous présenter ses compliments les plus affectueux. La besogne dont il est chargé actuellement n'est pas chose facile; il trouvé tout dans un bien triste état; il faut du temps pour réparer Une situation pareille ; rien ne se présente si ce h'est pehie et soucis, et pour mon fils comme pour moi, l'avenir ne se montre pas sous de flatteuses couleurs. On a répandu dans la ville plus de quarante placards contre lui, et les ducs et pairs ont voulu cabaler dans le Parlement ; mais comme mon fils est fort aimé du peuple et des troupes, ils en ont été pour leur peine, et ils en ont en toute là honte. J'avoue cependant que je suis fort inquiète en le voyant eh butte à tant d'animosité.
Paris, 24 Mptembre 1715.
Je ne vois mon fils qu'une fois par jour, et fl ne reste
DE MADAMB LA ÛUGHBSSB D*ORLÉANS. }91
avac moi çpfikne 4êini-heure. Je prefi^s pii^ fçpas $@ule à t^bie, ayant autpur de moi pent per$pmia§ aiaqudle» il faut que je p^rle, que j'ep aie e][^¥ie ou XLQfL; fout Je IpQg du jour j^ reçois des visites qpi m'interrompent pendant que j'écris, et il f^^ut f^ire )^ conversation : cela dure jusqu'à huit heures du soir. En somme, je n'ai que vexation et ennui ; pas le moindre contentement : telle est ma misérable vie; mais il faut s^ résigner i^ la volonté de Dieu. Ah! ma chère Louise, vous ne connaissez pas ce pays ; on porte n^on fils aux nues, mais c'est dans le but d'en tirer avantage chacun à son profit; cinquante personnes veulent le même emploi, et comme on ne peut le donner qu'jk un, on se trouve faire quarante-neuf mécontents qui deviennent des ennemis acharnés. Mon fils travaille tellement depuis six heures du matin jusqu'à minuit, que je crains que sa santé n'en souffre fbri*.
Paris, 27 septembre 1715.
Toute la journée je reçois la visite de gens importuns avec lesquels il faut s'entretenir. J'ai peur que l'excès du travail ne rende mon fils malade, car il ne pourra soutenir une occupation aussi prolongée. J'ignore s'il deviendra roi, c'est le secret de Dieu ; mais le deviendrait-il, il ne pourrait faire que ce que lui suggérerait son conseil de conscience sur lequel, comme vous pensez bien, je n'aurai aucune influence; ce qu'il y a de s<!|r, c'pst que s'il poiîvait suivre sa propre inçlipatioa, perspiine au monde no serait tracassé h
^ Ged 8'accorde peu avec gq que ^it Saint-Siijion : « n n'y eut Jamais chez le diic d'Orléans ni pluoie, ni encre^ ni papier. »
192 COBRESPONDANCB
cause de la religion. Je trouve que l'empereur a fût très-sagetneut de défendre les disputes tfaéologiques. Cela me paraît un excellent exemple et une chose trèschrétienne : je voudrais qu'il en fût de même dans tous les pays chrétiens.